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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parfums, chants et couleurs, 1878· Parfums chants et couleurs

Un nom

Gustave Mathieu· 54 vers

Aux baisers du soleil, sur la colline en fleur,Arbres, inclinez-vous aux rhythmiques murmuresDe la brise et de l’eau ! Du fin fond des verduresAccourez, animaux ! Bœufs, mugissez en chœurUn nom cher à la forme ainsi qu’à la couleur,Un nom mélodieux, ton nom, Rosa Bonheur !

Ce nom, c’est le nuage égaré dans l’espace,Se mirant aux clartés de l’eau qui dort, ou passeAvec les blancs bouleaux, les saules bleus, l’oiseau,Le chaume, la bergère et son mouvant troupeau.Ce sont les beaux lointains, aux cimes empourpréesDes feux du jour naissant et des rouges vesprées…C’est l’heure où le soleil, à l’horizon luisantDans la pourpre et dans l’or, apparaît ou descend,Dardant ses longs rayons, que l’ombrage tamise,Au chant clair des oiseaux, aux frissons de la brise.Aux baisers du soleil, sur la colline en fleur,Arbres, inclinez-vous aux rhythmiques murmuresDe la brise et de l’eau ! Du fin fond des verduresAccourez, animaux ! Bœufs, mugissez en chœurUn nom cher à la forme ainsi qu’à la couleur,Un nom mélodieux, ton nom, Rosa Bonheur !

C’est le cheval fringant, qui se cabre ou qui rue,Hennissant aux juments ; ou bien, c’est la charrueQue promènent, fumants, six grands bœufs nivernais,Aux lueurs du soc clair traçant un sillon frais.C’est le chevreuil léger paissant sur la bruyère,Ou le grand cerf planté dans la pleine lumière ;Ce sont les taureaux roux, épointant les roseaux,Qui, se battant les flancs, du pied troublant les eaux,Et parfois de la brise aspirant les haleines,Mugissent aux senteurs des génisses lointaines.

Aux baisers du soleil, sur la colline en fleur,Arbres, inclinez-vous aux rhythmiques murmuresDe la brise et de l’eau ! Du fin fond des verduresAccourez, animaux ! Bœufs, mugissez en chœurUn nom cher à la forme ainsi qu’à la couleur,Un nom mélodieux, ton nom, Rosa Bonheur !

Ombres qui grandissez aux obliques clartésDu soleil s’abîmant dans les tranquillitésEt de l’air et de l’eau, des fleurs et des feuillages,Ombres, effacez-vous ! et, cessant vos ramages,Oiseaux, dormez ! voici l’étoile qui parait !A vous, doux rossignols ! emplissez la forêtDe vos fraîches chansons, et sans trêve, à voix pleines,Chantez Rosa Bonheur, à réveiller les chênes !Là-bas, sur le coteau, la lune en son croissant,Du beau Vesper suivie, à l’occident descend.

Partez, vers du poëte, en beaux rhythmes rustiques,Sur sa palette d’or ruisselez magnifiques,Pour que, de ce grand peintre atteignant la hauteur,Vous puissiez, vous aussi, le célébrer en chœur,Ce nom cher à la forme ainsi qu’à la couleur,Et qui vivra toujours, ton nom, Rosa Bonheur !

54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Parfums, chants et couleurs, Paris, G. CHARPENTIER, ÉDITEUR, 1878· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources