Des vers, 1868‑1880
La chanson du rayon de lune
FAITE POUR UNE NOUVELLE
Sais-tu qui je suis ?‖ Le Rayon de Lune.Sais-tu d’où je viens ?‖ Regarde là-haut.Ma mère est brillante,‖ et la nuit est brune.Je rampe sous l’arbre‖ et glisse sur l’eau ;Je m’étends sur l’herbe‖ et cours sur la dune ;Je grimpe au mur noir,‖ au tronc du bouleau,Comme un maraudeur‖ qui cherche fortune.Je n’ai jamais froid ;‖ je n’ai jamais chaud.
Je suis si petit que je passeOù nul autre ne passerait.Aux vitres je colle ma faceEt j’ai surpris plus d’un secret.Je me couche de place en placeEt les bêtes de la forêt,Les amoureux au pied distrait,Pour mieux s’aimer suivent ma trace.Puis, quand je me perds dans l’espace,Je laisse au cœur un long regret.
Rossignol et fauvettePour moi chantent au faîteDes ormes ou des pins.J’aime à mettre ma têteAu terrier des lapins ;Lors, quittant sa retraiteAvec des bonds soudains,Chacun part et se jetteA travers les chemins.Au fond des creux ravinsJe réveille les daimsEt la biche inquiète.Elle évente, muette,Le chasseur qui la guetteLa mort entre les mains,Ou les appels lointainsDu grand cerf qui s’apprêteAux amours clandestins.
Ma mère soulèveLes flots écumeux ;Alors je me lève,Et sur chaque grèveJ’agite mes feux.Puis j’endors la sèvePar le bois ombreux ;Et ma clarté brève,Dans les chemins creux,Parfois semble un glaiveAu passant peureux.Je donne le rêveAux esprits joyeux,Un instant de trêveAux cœurs malheureux.
Sais-tu qui je suis ?‖ Le Rayon de Lune.Et sais-tu pourquoi‖ je viens de là-haut ?Sous les arbres noirs‖ la nuit était brune ;Tu pouvais te perdre‖ et glisser dans l’eau,Errer par les bois,‖ vaguer sur la dune,Te heurter, dans l’ombre,‖ au tronc du bouleau.Je veux te montrer‖ la route opportune ;Et voilà pourquoi‖ je viens de là-haut.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 7[abab] 1[abbaab] 1[aa] 1[abaccb] 1[aabbab] 1[abacbc] 1[ababa]
- Mètre
- Vers de 6, 10, 5 et 8 syllabes (18 de 6, 16 de 10, 15 de 5, 10 de 8)· profil 5, 6, 8, 5+5
- Mots à la rime
- a Lune / brune féminine, classiqueb là-haut / l’eau masculine, non classiquec dune / fortune féminine, classiqued bouleau / chaud masculine, non classiquea passe / face féminine, classiqueb passerait / secret masculine, classiquec place / trace / l’espace féminine, classiqued forêt / distrait / regret masculine, classiquea fauvette / faîte féminine, classiqueb pins / lapins masculine, classiquec tête / retraite féminine, classiqued soudains / chemins masculine, classiquee jette / inquiète féminine, classiquef ravins / daims masculine, classiqueg muette / guette / s’apprête féminine, classiqueh mains / lointains / clandestins masculine, classiquea soulève / lève féminine, classiqueb écumeux / feux masculine, classiquec grève / sève féminine, classiqued ombreux / creux masculine, classiquee brève / glaive féminine, classiquef peureux / joyeux / malheureux masculine, classiqueg rêve / trêve féminine, classiquec dune / opportune féminine, classiqued bouleau / là-haut masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.2· écart moyen à la rime classique 0.6
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
59 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, LOUIS CONNARD LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1908· numérisation ÉFÉLÉ· Sources