Des vers, 1868‑1880
Nuit de neige
La grande plaine est blanche,‖ immobile et sans voix.Pas un bruit, pas un son ;‖ toute vie est éteinte.Mais on entend parfois,‖ comme une morne plainte,Quelque chien sans abri‖ qui hurle au coin d’un bois.
Plus de chansons dans l’air,‖ sous nos pieds plus de chaumes.L’hiver s’est abattu‖ sur toute floraison ;Des arbres dépouillés‖ dressent à l’horizonLeurs squelettes blanchis‖ ainsi que des fantômes.
La lune est large et pâle‖ et semble se hâter.On dirait qu’elle a froid‖ dans le grand ciel austère.De son morne regard‖ elle parcourt la terre,Et, voyant tout désert,‖ s’empresse à nous quitter.
Et froids tombent sur nous‖ les rayons qu’elle darde,Fantastiques lueurs‖ qu’elle s’en va semant ;Et la neige s’éclaire‖ au loin, sinistrement,Aux étranges reflets‖ de la clarté blafarde.
Oh ! la terrible nuit‖ pour les petits oiseaux !Un vent glacé frissonne‖ et court par les allées ;Eux, n’ayant plus l’asile‖ ombragé des berceaux,Ne peuvent pas dormir‖ sur leurs pattes gelées.
Dans les grands arbres nus‖ que couvre le verglasIls sont là, tout tremblants,‖ sans rien qui les protège ;De leur œil inquiet‖ ils regardent la neige,Attendant jusqu’au jour‖ la nuit qui ne vient pas.
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 5(abba) 1(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a voix / bois masculine, classiqueb éteinte / plainte féminine, classiquea chaumes / fantômes féminine, classiqueb floraison / l’horizon masculine, classiquea hâter / quitter masculine, classiqueb austère / terre féminine, classiquea darde / blafarde féminine, classiqueb semant / sinistrement masculine, classiquea oiseaux / berceaux masculine, classiqueb allées / gelées féminine, classiquea verglas / pas masculine, classiqueb protège / neige féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, LOUIS CONNARD LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1908· numérisation ÉFÉLÉ· Sources