Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poëmes, 1855

Empédocle

Louis Ménard· quatrains, alexandrins et décasyllabes, 50 vers

Au sommet de l'Etna,‖ debout près du cratère,Comme Héraclès devant‖ le bûcher de l'Œta,Embrassant du regard‖ l'Océan et la terre,Empédocle adora‖ la nature et chanta :

Miroir de l'Infini,‖ flots de la mer divine,Gouffre inviolé,‖ grand horizon bleu !Lampes du ciel profond‖ dont la nuit s'illumine,Peuples de l'espace,‖ étoiles de Dieu !

Éternelles forêts,‖ mystérieux ombrages,Arôme enivrant‖ qu'exhalent les bois !Ô solitude sainte !‖ ô voluptés sauvages !Bonheur indécrit,‖ liberté sans lois !

Ô Nature éternelle,‖ impénétrable, immense !Ton temple est l'éther,‖ les monts tes autels ;Dans ta nudité chaste‖ et ta toute-puissanceJe viens t'adorer,‖ loin des bruits mortels.

Ta flamme, d'où jaillit‖ l'étincelle éphémèreQui donne la vie‖ au néant glacé,M'a tiré de la nuit‖ originelle, ô Mère !Ton lait m'a nourri,‖ tes bras m'ont bercé.

Je me suis enivré‖ de ce sommeil sans rêveQue verse aux forêts‖ le vent des hivers,Et de ce lent réveil‖ du printemps, quand la sèveCouronne les bois‖ de feuillages verts.

J'ai, tour à tour poisson‖ muet dans le flot sombre,Taureau dans les champs,‖ aigle dans le ciel,Lion dans les déserts,‖ sous ses formes sans nombre,Pas à pas suivi‖ l'être universel.

Mille fois retrempée‖ à la source des choses,Mon âme agrandie,‖ en son vol joyeux,Par l'échelle sans fin‖ de ses métempsycoses,Va de l'arbre à l'homme,‖ et de l'homme aux dieux.

Maintenant il me faut‖ une dernière épreuve ;Je pars, mais je sais,‖ en quittant le port,Car déjà du Léthé‖ j'ai traversé le fleuve,Qu'un autre soleil‖ luit sur l'autre bord.

Zeus, éther créateur,‖ flamme, aliment des mondes,De ton foyer pur‖ l'esprit émanéY retourne : et toi, Terre‖ aux entrailles fécondes,Je te rends ce corps‖ que tu m'as donné.

Des souillures des sens‖ l'âme humaine se laveComme le métal‖ qu'épure le feu ;Etna qui me reçois‖ dans ton ardente lave,Du sage qui meurt‖ tu vas faire un dieu !

D'un suprême sourire‖ il salua la terre,Et l'Etna l'engloutit‖ dans son brûlant cratère,Et bientôt du volcan‖ le reflux souterrainRejeta vers le ciel‖ ses sandales d'airain.Mais, ainsi qu'un navire‖ aux vents livrant ses voiles,L'esprit du sage errait‖ au-dessus des étoiles.

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
11(abab) 1(aabbcc)
Mètre
Alexandrins et décasyllabes (30 de 12, 20 de 10)· profil 5+5, 6+6
Strophes
11 quatrains, 1 sizain
Mots à la rime
a cratère / terre féminine, classiqueb l'Œta / chanta masculine, classiquea divine / s'illumine féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquea ombrages / sauvages féminine, classiqueb bois / lois masculine, classiquea immense / toute-puissance féminine, classiqueb autels / mortels masculine, classiquea éphémère / Mère féminine, classiqueb glacé / bercé masculine, classiquea rêve / sève féminine, classiqueb hivers / verts masculine, classiquea sombre / nombre féminine, classiqueb ciel / universel masculine, classiquea choses / métempsycoses féminine, classiqueb joyeux / dieux masculine, classiquea épreuve / fleuve féminine, classiqueb port / bord masculine, classiquea mondes / fécondes féminine, classiqueb émané / donné masculine, classiquea lave féminine, classiqueb feu / dieu masculine, classiquea terre / cratère féminine, classiqueb souterrain / d'airain masculine, classiquec voiles / étoiles féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poëmes, Paris, Charpentier, libraire-éditeur, 1863· numérisation poesies.net· Sources