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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poëmes, 1855

Euphorion

Louis Ménard· alexandrins et hexasyllabes, 947 vers

Prologue

Aux royaumes du vide,‖ où l'antique sibylleConduisit par la main‖ le héros de Virgile,S'étendent, près du Styx,‖ les vagues profondeursDu séjour sans soleil‖ qu'on nomme Champ des pleurs.Là, sous un bois de myrte,‖ eu des routes discrètes,Ceux que l'amour brûla‖ de ses fièvres secrètesVont fuyant sans repos,‖ même à travers la mort,L'aiguillon d'un désir‖ qui jamais ne s'endort.Les amants, le cœur plein‖ de molles lassitudes,S'égarent deux à deux‖ au fond des solitudes.Leur rêve les épuise,‖ et de la voluptéRenaissent les désirs‖ pendant l'éternité.

Il en est qui, brûlés‖ de soifs inextinguibles,Appellent, haletants,‖ des amours impossibles ;Les uns, pensifs et seuls,‖ cœurs à l'espoir fermés,Car ils ont autrefois‖ aimé sans être aimés ;D'autres, plus délaissés‖ et plus tristes encore,Exilés de l'amour‖ qu'un souvenir dévore,Pâles de jalousie,‖ évoquent à la foisTous les spectres pleurés‖ du bonheur d'autrefois.Plus loin passe, pareil‖ aux vagues soulevées,Le funèbre troupeau‖ des âmes énervées,Qui, dispersant leur cœur‖ en changeantes amours,D'un parjure éternel‖ déshonorent leurs jours.Ce que cette forêt‖ cache dans ses retraitesDe sanglots étouffés‖ et de douleurs muettes,Ceux-là seuls le sauront‖ qui portent dans leurs cœursLes frissons de l'amour‖ et ses mornes langueurs.

C'est là qu'Achille vit‖ errer parmi les âmesHélène aux pieds d'argent,‖ la plus belle des femmes,Et le lugubre Hadès,‖ ému de leur beauté,Réveilla les torpeurs‖ de sa stérilité.Euphorion naquit‖ dans les champs d'asphodèles ;Sur sou dos arrondi‖ s'ouvraient deux blanches ailes ;Hélène le plongea‖ dans le fleuve des pleurs,Puis invoqua pour lui‖ les dieux inférieurs :

Hadès, Persephoné,‖ divinités funèbres,Qui régnez au milieu‖ des immenses ténèbres,Séjour d'horreur pour les mortels ;Puisse, dans tous les champs‖ et dans toutes les villes,Le sang des agneaux noirs‖ et des vaches stérilesRougir vos lugubres autels !

Par vous, seule entre tous‖ les morts, objet d'envie,L'amour dans mes flancs d'ombre‖ a fait germer la vie ;Mais que sert-elle aux sombres bords,Loin du soleil, et loin‖ de la douce lumière,Au séjour lamentable‖ où voltige, légère,La foule innombrable des morts ?

Aux airs supérieurs‖ que votre souffle emporteMou fils ; ouvrez pour lui‖ l'inexorable porteDe vos royaumes ténébreux ;Offre ton sein fécond‖ à sa lèvre ravie,O Terre aux larges flancs,‖ source de toute vie,Mère antique des dieux heureux !

Mais avant tous les dieux‖ je t'implore et t'adjure,Éros, toi dont l'esprit‖ plane sous l'ombre obscureDu bois de myrte où nous rêvons ;O le plus beau des dieux !‖ dompteur de toutes choses,Appelle autour de lui‖ tes zéphyrs et tes roses,Et tes parfums et tes chansons.

Elle dit : à sa voix‖ frissonne l'eau d'opaleDu ruisseau qui serpente‖ à travers le bois pâle,Et deux adolescents,‖ sortant des flots ouverts,S'avancent à la fois‖ parmi les myrtes verts.C'étaient les deux esprits‖ de l'amour, et la GrèceQui leur donna pour mère‖ une même déesse,Parmi ses plus beaux noms‖ de dieux et de héros,Choisit pour eux les noms‖ d'Éros et d'Antéros.

L'un secoue en riant‖ sa chevelure blondeTout emperlée encor‖ des frais baisers de l'onde :C'est lui que tout amant,‖ tout poète a chanté,L'amour, qui révéla‖ l'éternelle beauté.L'autre, dont les cheveux‖ sont noirs comme les ailes,Voilant de longs cils noirs‖ 1'éclat de ses prunelles,Suit son frère : l'amour‖ qui n'est pas partagéEst par lui tôt ou tard‖ et sûrement vengé.

Éros

Oui, ton fils avec moi‖ passera l'onde amère,Fille de Léda,‖ que chérit ma mère.Tous les bonheurs, enfant,‖ vont naître sous tes pas ;Va, la vie est belle‖ et t'ouvre ses bras.

Volant à ton gré‖ sur tous les rivages,Tu pourras remonter‖ et descendre les âges ;Car tu naquis loin‖ du monde, en dehorsDe l'espace et du temps,‖ impuissants sur les morts.

Antéros

Hélas ! quel avenir‖ t'attend, ô fils d Hélène !Au monde idéal‖ ton destin t'enchaîne ;Le bonheur delà terre‖ en vain t'appellera,Toujours ton orgueil‖ le repoussera.

Tu mépriseras‖ l'amour de Zeus même ;Mais, comme les Titans,‖ dans un combat suprêmeVaincu, foudroyé,‖ tu retomberasSous les débris du monde‖ ébranlé par tes bras.

I

Salut, Himalaya,‖ berceau des premiers âges,Dont le front, par delà‖ le plus haut des nuages,Loin, bien loin dans l'éther‖ immobile et dormant,Sur les grands horizons‖ règne éternellement !O géant, roi des monts,‖ de quel orgueil sublimeS'enfle ton cœur de dieu,‖ quand, de la blanche cime,Sur ta tête tu vois‖ le ciel, et sous tes piedsL'Inde, ton bel empire,‖ et ses bois de palmiers,Et ses fleuves tombés‖ de tes mains, et ses villesOù dorment les tombeaux‖ des peuples immobiles ;Terre douce et féconde,‖ où mille voluptésExhalent leurs parfums‖ dans les airs enchantés.

Les vieux fleuves au loin‖ règnent sur For des plainesEt déroulent en paix‖ leurs majestés sereines.Ils s'égarent souvent‖ dans l'ombre des grands bois,Et leur voix se confond‖ avec les mille voixQu'étouffe la forêt‖ sous ses voûtes obscures.Alors, pour assoupir‖ et mêler les murmures,Les cèdres du rivage‖ inclinent leurs fronts noirs ;De l'un à l'autre bord,‖ comme des encensoirs,Les lianes en fleurs‖ lançant leurs girandoles,S'enlacent sur les flots‖ en obscures coupoles.

Mais est-il un seul lieu‖ sur la terre, ô Kachmir !Qui vaille ta vallée‖ et ton ciel de saphir ?L'Himalaya, debout‖ près de toi, te protège,Et sur tes horizons‖ dresse son front de neige ;Et les vents du tropique,‖ en passant sur tes fleurs,Chargent leurs ailes d'or‖ de magiques senteurs.

C'est là, parmi les fleurs,‖ sous la brise embaumée,Qu'Euphorion ouvrit‖ sa paupière charmée.Saluant la lumière,‖ il contemple, ébloui,Les changeants horizons‖ qui s'ouvrent devant lui,Et jette, en secouant‖ l'or de sa chevelure,Un caressant sourire‖ à toute la nature,Et ses ailes d'argent‖ volent d'un libre essorDans les airs ruisselants‖ d'azur, de pourpre et d'or.

C'est l'heure où le soleil,‖ sous sa voûte profonde,Baigne la terre en fleurs‖ dans sa lumière blonde ;Le lac, les champs féconds,‖ les bois mystérieux,Nagent dans l'éther calme‖ en souriant aux cieux.Et la vie en tous sens‖ frémit, filtre et serpente,Flot mobile et fécond,‖ sève luxuriante,Long torrent de parfums,‖ de lumière et de bruit,Qui fermente et bouillonne,‖ eu fleurs s'épanouit,S'exhale en chants d'oiseaux,‖ coule en flots, monte en gerbes ;Insectes scintillants,‖ reptiles sous les herbes,Fleurs dans les champs, poissons‖ nacrés dans le flot clair,Bruissement de l'eau,‖ bourdonnement de l'air ;VA du lac de cristal,‖ de la plaine dorée,De la forêt touffue,‖ obscure, enchevêtrée,L'hymne de volupté,‖ s'échappant à la fois,Au ciel immaculé‖ monte par nulle voix :

Peuple des airs, des eaux,‖ des champs, des bois pleins d'ombre,Créatures sans nombre,Sous le dôme infini‖ des grands cieux étoilésChantez, aimez, volez.Que tout être s'abreuve‖ aux sources d'où ruisselleLa vie universelle !Flux et reflux, naissance‖ et mort, fête éternelleOù tous sont appelés !

Étoiles d'or, mêlez‖ en rondes cadencéesVos courbes enlacées ;Mondes errants, suivez‖ vos guides dans les d'eux !Sur leurs fronts radieux,

Comètes, déroulez‖ comme des auréolesVos vagues paraboles !Chœurs alternés du ciel,‖ entretiens sans paroles,Appels mystérieux !Croisez-vous, circulez,‖ effluves électriques,Dans les champs magnifiquesDe l'impalpable éther,‖ dans les gouffres profondsDe la terre et des monts !Glissez, coulez, versez‖ dans les bois, dans les plaines,Vos ardeurs souterraines,Que la terre, sentant‖ vos flammes dans ses veines,Ouvre ses flancs féconds !

Fraîche haleine des fleurs,‖ parfums, caresses mollesQue voilent leurs corolles,Voix des grands palmiers verts‖ échangeant leurs baisersDans les vents embrasés ;Roucoulements d'amour,‖ soupirs des tourterelles,Doux frémissements d'ailes,Volez, suspendez-vous‖ sur les brises nouvelles,Murmures apaisés !

Volupté ! volupté !‖ source de toute vie,La nature ravieT'appelle ! La vois-tu‖ palpiter et frémirSous l'éternel désir ?Mêle encor, pour noyer‖ notre soif haletante,Dans ta coupe énervanteTes magiques poisons,‖ et la sève brûlanteDu fruit qui fait mourir !Les êtres tour à tour‖ meurent sous ton étreinte,Mais toi, volupté sainte,Tu rejettes, ainsi‖ que des jouets brisés,Tes amants épuisés.Les générations‖ de toute créaturePassent comme un murmure,Mais la toute-puissante,‖ immortelle natureRenaît sous tes baisers !

Euphorion

Tes esclaves sans nombre‖ attendent, ô nature !La part de volupté‖ que ta main leur mesure ;L'hymne sans fin vers toi‖ s'élève : que te sert,A toi, bercée aux chants‖ de cette cour joyeuse,O nature orgueilleuse !Une note de plus‖ dans ce vaste concert ?

Assez d'êtres sans moi‖ t'obéissent, ô reine !Et se courbent devant‖ ta force souveraine ;Je ne puis m'atteler‖ à ton char triomphal.Brisant les chaînes d'or‖ que ton orgueil me rive,Par ma force nativeJe veux prendre mon vol‖ vers le monde idéal.

Jusqu'au terme rêvé‖ je tracerai ma voie,Loin des torrents d'amour‖ où leur force se noie,Loin de ce tourbillon‖ qui les emporte tous,Et je saurai, du ciel‖ traduisant le mystère,Faire voir à la terreDes formes de beauté‖ dont Dieu sera jaloux.

Dans ce monde de l'art,‖ plein de clartés sereines,Sans trouble j'entendrai‖ les chants de tes sirènes ;Leurs fascinations‖ ne pourront m'éblouir.Toujours dans le miroir‖ uni de ma penséeLeur image tracéeEn poèmes de marbre‖ ira s'épanouir.

Ainsi, pour pénétrer‖ dans la sphère divine,Euphorion chassait‖ du fond de sa poitrineLe désir du bonheur‖ qui ne dure qu'un jour.Sans le connaître encor‖ repoussa-t-il l'amour,Ou bien méprisa-t-il‖ des voluptés conquises ?Je ne sais : car il est‖ des âmes indécisesPour qui l'amer dégoût‖ devance le plaisir,Et chez qui l'espérance‖ émousse le désir.Cependant, comme si‖ la nature éternelleVoulait le retenir‖ et l'enchaîner près d'elle.Un chant d'adieu, vers lui‖ par la brise emporté,S'envola, triste et doux‖ comme une nuit d'été :

Adieu ! plus mollement‖ que ne fait la lianeQui serpente et qui glisse‖ entre les bananiers,Et plus étroitement‖ que le flot diaphaneQui caresse tes pieds,

Dans une étreinte ardente,‖ entre mes bras d'ivoireJe voulais t'enlacer ;‖ je voulais t'endormirAux effluves d'amour‖ de ma prunelle noire,Et je voulais t'offrir

Mille bonheurs rêvés‖ où le désir succombe,Philtres qui font aimer,‖ chansons, parfums des fleurs,Sourires amoureux‖ et baisers de colombe,Enivrantes langueurs !

Mais je te souriais‖ en vain : dans d'autres voiesL'orgueil t'égare, et moi,‖ tu me fermes tes bras,Tu t'éloignes, murant‖ ton âme aux saintes joiesQue tu regretteras.

Adieu ! la vie est bonne,‖ et tu l'as repoussée ;Tu foules sans regret‖ les pauvres fleurs d'un jour ;Insensé ! pour régner‖ seul avec ta penséeTu repousses l'amour !

II

Hélios, rayonnant‖ dans le calme empyrée,Sur les monts, sur la plaine‖ et sur la mer sacrée,Darde ses flèches d'or,‖ et du splendide azurSur la terre d'Hellas‖ tombe un jour large et pur.Les grands nuages blancs‖ qui dans l'air vierge glissentComme des blocs de marbre‖ au soleil resplendissent.

Dans l'éther inondé‖ de sereines clartésSe dressent hardiment‖ les grands angles sculptésDes îles, des rochers‖ et des saints promontoires.La mer, qui se déroule‖ en vastes nappes noires,Reflète en son cristal,‖ profond comme les cieux,Le tableau varié,‖ sévère, harmonieux,Des temples, des cités,‖ des vaisseaux et des îles :Partout de purs contours‖ et des lignes tranquilles,Tout chante, l'air, les bois‖ et le flot argenté,Tout est force et jeunesse,‖ harmonie et beauté.

La trirème longeant‖ le vieux rocher d'ÉgineConduit Euphorion‖ vers la cité divineQui garde le beau nom‖ de Pallas Àthéné.Là, sous l'œil protecteur‖ des dieux d'Homère, est néPour l'orgueil de la Grèce‖ et le bonheur du monde,Un peuple libre, enfant‖ de la terre féconde,Fort, puissant, créateur‖ de types immortels.Aux grèves d'Éleusis,‖ où veillent les autelsAntiques, vénérés,‖ de la Grande Déesse,S'exerce aux jeux sacrés‖ la robuste jeunesse ;Les couronnes, les cris,‖ volent de toutes parts,Et sous Tardent soleil‖ reluit l'airain des chars.Puis tous les forts lutteurs,‖ aux membres frottés d'huile,Par les champs d'oliviers‖ se pressent vers la villeSur leurs chevaux aux pieds‖ ailés, précieux donQu'au peuple de Cécrops‖ accorda Poseidon.

Euphorion les suit‖ jusqu'à l'antique enceinteDes murs cyclopéens ;‖ de l'Acropole sainteTout ton peuple, ô Pallas !‖ gravit les blancs degrés.Les vieillards au pas lent,‖ du peuple vénérés,Augustes, le front ceint‖ de bandelettes blanches,De l'olivier sacré‖ tiennent en mains les branches ;Et les beaux enfants nus,‖ de myrte couronnés,Conduisent en chantant‖ les grands bœufs destinésA la sainte hécatombe,‖ et portent les amphores.Des corbeilles en mains,‖ les blanches canéphoresJonchent le sol de fleurs,‖ et leur robe de linSous ses plis gracieux‖ voile leur corps divin.

Et la flûte et la lyre‖ aux chants sacrés s'unissent ;Des temples spacieux‖ les portiques s'emplissent,Puis les adolescents‖ apportent sur l'autelLe vin, les fruits choisis,‖ la farine et le miel ;En l'honneur des grands dieux‖ le sang des taureaux fume,Et sur le trépied d'or‖ l'offrande se consume.On présente à Pallas‖ un voile merveilleux,Splendide, où sont tracés‖ les grands combats des dieux :Là, les spectres sans nom‖ dont la terre s'étonne,Les Titans, aux replis‖ de dragons, la GorgonePale, avec ses cheveux‖ serpents et ses regardsQui changent l'homme en pierre,‖ et les monstres éparsNés du sein trop fécond‖ de la Terre irritée,Géryon, Échidna,‖ l'Hydre, Python, Antée,Se dressent menaçants‖ contre les dieux du ciel.Mais eux, calmes et forts,‖ au gouffre originelReplongent les enfants‖ de l'Érèbe, et la terreBénit le règne heureux‖ des dieux de la lumière.

Du voile précieux‖ Pallas reçoit le don.Et sourit à ses fils‖ du haut du Parthénon.

Sagesse antique ! ô toi‖ qui jaillis tout arméeDu large front de Zeus,‖ la ville bien-aiméeN'a-t-elle pas payé‖ tes soins et ton amour ?Pour elle, de l'Olympe‖ oubliant le séjour,Tu lui donnas ton nom,‖ ta force et ta science,Et l'olivier sacré,‖ nourricier de l'enfance,Symbole de la paix‖ et des arts créateurs.Quand l'Asie épancha‖ ses flots dévastateurs,Les champs de Marathon,‖ les flots de Salamine,Reconnurent le bras‖ et l'égide divineQui briseront jadis‖ la force des Titans.Mais, à leur tour, Pallas,‖ tes fils reconnaissantsÉlevèrent pour toi‖ le plus divin des temples,Sublime piédestal,‖ trône d'où tu contemplesCe peuple glorieux‖ qui montre à l'avenirJusqu'à quelle hauteur‖ l'homme peut parvenir.

Un jour pourtant, pleurant‖ leur force et leur jeunesse,Les dieux de Phidias,‖ les grands dieux de la Grèce,Joncheront de débris‖ le temple délaissé.Mais l'art sacré renaît‖ où ton souffle a passé,Sainte Hellas ! Ton génie,‖ allumé comme un phare,Sur les siècles nouveaux,‖ plongés dans l'ombre avare.Rayonne ; à son aspect‖ se disperse et s'enfuitLe cortège effaré‖ des démons de la nuit.

Cependant, s'inclinant‖ vers Delphes la divine,De ses derniers rayons‖ le soleil illumineLes colonnes de marbre‖ et les frontons sacrésLe couchant, resplendit‖ de nuages pourprés.

Euphorion, debout‖ devant le saint portique,Embrassant du regard‖ les plaines de l'Attique,Et le Pyrée aux cent‖ trirèmes, et la mer,Le front penché, s'écrie,‖ en proie au doute amer :

Ce qu'en vain j'ai cherché‖ dans l'immobile AsieO race créatrice‖ entre toutes choisie,Répondez, fils d'Hellas,‖ cet idéal rêvé,Me le donnerez-vous,‖ et l'avez-vous trouvé ?

Chœur

Fils d'Hélène, tu vois‖ la féconde patrieDos dieux et des héros,‖ Hellas, riche en coursiers :Ce fleuve est l'Ilyssos,‖ cette plaine fleurie,La terre de Pallas,‖ fertile en oliviers.La, les murs dos cités‖ naissent au son des lyres,Et, du sein de la mer‖ divine, aux matelots,Souvent Aphrodité,‖ déesse des sourires,Dans sa conque marine‖ apparaît sur les flots.Là, les murs des cités‖ naissent au son des lyres,Les joncs ont des soupirs,‖ et les chênes des boisDe prophétiques voix.

Les dieux olympiens,‖ par un divin mystère,Unissent, dans leurs mille‖ hymens, la terre aux cieux,Et les héros, dompteurs‖ des monstres de la terre,Dans l'Olympe étoilé‖ règnent parmi les dieux.Comme des cygnes blancs,‖ en troupes vagabondes,Leurs constellations,‖ pendant les nuits d'été,Guident les matelots ;‖ les Néréides blondes,Dans la mer où naquit‖ Cypris Aphrodité,Comme des cygnes blancs‖ en troupes vagabondes,Dénouant leur ceinture‖ et leur robe aux longs plis,Daignent leurs flancs polis.

Sur les sommets sacrés‖ des blanches acropoles,L'œil indulgent des dieuxContemple chaque jour‖ des danses et des jeux.La sagesse sourit‖ en gracieux symbolesDans les temples de marbre‖ aux grands frontons sculptés,Sur les sommets sacrés‖ des blanches acropoles,D'où les dieux protecteurs‖ veillent sur les cités.

Aux rhythmes cadencés‖ des graves mélodies,Quand Sappho de Lesbos,‖ reine des chants d'amour,Conduit, la lyre en main,‖ les blanches théories,Les danses et les chœurs‖ s'enlacent tour à tour.Chez ce peuple divin,‖ beau comme ses statues,Les mères, aux sculpteurs,‖ prêtres de la beauté,Montrent pieusement‖ le corps des vierges nues,Thème religieux‖ pour un hymne sculpté.Chez ce peuple divin,‖ beau comme ses statues,Lu temple avec respect‖ garde dans son trésorPhryné sculptée en or.

Contemple les lutteurs‖ dans le stade olympique ;La Grèce honore en eux‖ la force et la beauté,Et chante, par la voix‖ de l'Ïambe tragique,La lutte du destin‖ et de la volonté.Aux fêtes d'Éleusis‖ et des Panathénées,Avec les noms des dieux‖ du divin Parthénon,Le peuple chaule, au son‖ des flûtes alternées,Les noms d'Harmodios‖ et d'Aristogiton.Aux l'êtes d'Éleusis‖ et des Panathénées,Les tyrans savent bien‖ que des glaives vengeursSe cachent sous les fleurs.

Couronne-toi de myrte‖ aux l'êtes de la Grèce,Répète les accentsDes vierges au long voile‖ et des adolescents.L'éternelle beauté‖ vient des dieux ; pour prêtresseElle a la poésie‖ aux accords inspirés.Couronne-toi de myrte‖ aux tètes de la Grèce,Fils d'Hélène, en chantant‖ sur les modes sacrés.

Euphorion

J'ai souvent invoqué,‖ sur les saintes collines,Le chœur mélodieux‖ des muses, que conduitLoxias Apollon,‖ roi des strophes divines ;Et j'ai chanté l'amour,‖ la jeunesse qui fuit,Et les combats sanglants,‖ et Pergame détruit.

J'ai souvent adoré,‖ dans le marbre captives,Les images du ciel‖ que l'art dérobe aux dieux ;J'ai demandé l'oubli‖ des heures fugitivesA ce monde idéal‖ qui révèle à nos yeuxComme un reflet lointain‖ de la splendeur des cieux.

Poétique rivage,‖ où le flot qui soupireJette aux vents embaumés‖ des mots harmonieux ;Cortège insouciant‖ des dieux fils de la lyre,Blanches villes de marbre‖ aux noms mélodieux,Peuple sacré d'Hellas,‖ recevez mes adieux.

Le spectacle du mal‖ venait troubler ma vie ;J'ai vu ceux qui souffraient‖ dans l'ombre, et j'ai priéPour le faible, l'enfant,‖ l'esclave qu'on oublie,Et mon cœur s'est rempli‖ d'une immense pitié ;Mais vers le ciel d'airain‖ vainement j'ai crié.

Que me fait votre gloire‖ indifférente et fière,Dieux heureux, qui toujours‖ protégez les plus forts ?Je ne veux plus offrir‖ mon culte et ma prièreQu'à celui qui promet‖ le pardon au remords,A la faiblesse un juge,‖ une espérance aux morts.

J'irai dans les déserts‖ emplis d'échos mystiques,Sur le sable épeler‖ les traces de ses pas,Et j'attendrai, courbé‖ sous les vents prophétiques,L'idéale beauté,‖ sans modèle ici-bas,Que tous vos dieux heureux‖ ne me donneront pas.

Le chœur

Hélas ! hélas ! au lieu‖ des chansons et des danses,Quels flots de pleurs versés !Quels cris d'angoisse au lieu‖ des plaisirs repoussés !Remords que rien n'efface,‖ inutiles souffrances,Longs soupirs, lourde croix,Et l'éternel regret‖ des rêves d'autrefois.

Les dieux vaincus, pendant‖ la nuit impure et douce,Aux saintes visionsMêlent l'attrait vengeur‖ de leurs tentations.La prière ? Malheur‖ à toi ! Dieu te repousse,Et laisse aux cœurs brisésUn crucifix muet,‖ froid sous leurs longs baisers.

A ces mots, au moment‖ de reprendre sa route,Euphorion hésite‖ au carrefour du doute,Et, pensif, devant Rome‖ il s'arrête un instantPour saluer encor‖ le vieux monde en partant.

Il est nuit : Rome dort,‖ sereine et reposée ;Le Forum est désert ;‖ le sol du ColyséeBoit le sang répandu‖ dans les jeux du matin ;La lune disparaît‖ derrière l'Aventin.

Chaque temple a fermé‖ sa porte aux yeux vulgaires,Mais les initiés‖ célèbrent leurs mystères,Et leur prière, avec‖ l'encens des trépieds d'or,Dans l'air silencieux‖ vibre et s'élève encor.

Non loin d'eux cependant,‖ au fond des catacombes,Devant un simple autel‖ qui n'a pas d'hétatombes,Au milieu des tombeaux,‖ tout un peuple à genouxA leurs hymnes joyeux‖ mêle un chant triste et doux.

Et l'écho, recueillant‖ les notes dispersées,Réseau mélodieux‖ de strophes enlacées,Forme de ces deux voix‖ un accord solennelDans un hymne commun‖ s'élevant vers le ciel :

Vénus ! reçois nos vœux ;‖ les heureux sont tes prêtres ;Tu souris, et l'amour‖ enivre tous les êtres ;Les fleurs de l'été‖ germent sous tes pas.

Dieu mort pour nous, qui fis‖ une vertu des larmes,Quand on souffre pour loi‖ la douleur a des charmes :L'homme f oublîrait‖ s'il ne souffrait pas.

O Vénus ! à toi‖ les nuits embaumées,Les danses au bruit‖ des chansons aimées,Les roses de Pœstum‖ autour des coupes d'or.

Tu bénis, ô Christ !‖ les rochers aridesOù l'âme des saints,‖ dans les Thébaïdes,S'épure, et vole à toi‖ d'un plus sublime assor.

O Beauté divine,‖ ô reine suprême,O mère de l'amour‖ et de la volupté !Appelle, on te suit ;‖ souris, et Ton t'aime,O parure des dieux,‖ ô divine Beauté !

Virginité sainte,‖ ô blanche couronne !Vêtement de lumière‖ aux anges emprunté.Que l'homme n'eût pas‖ conquis, que Dieu donne,Parfum des lis du ciel,‖ sainte Virginité !

Larmes de volupté,‖ sanglots des nuits heureuses,Étreintes, soupirs,‖ baisers sur baisers !

Larmes du repentir,‖ baume des cœurs brisés,Pleurs des longues nuits,‖ tristesses pieuses !

Plaisir ! roi du monde‖ et dompteur des dieux,Règne sur nos cœurs‖ comme dans les cieux,Et toi, vole moins vite,‖ ô char muet des heures !

Douleur, ô baptême,‖ ô suprême loi !Heureux qui s'élève,‖ épuré par loi,Loin du plaisir impie,‖ aux célestes demeures !

Trop tôt viendra l'hiver,‖ et puis la longue nuit ;Oublions ; fêtons bien‖ la jeunesse qui fuitEt n'attristons pas‖ la saison des roses.

Toute chair a sa croix‖ et tout être gémit :Espérons, car la mort‖ est proche, et Dieu la mitPour terme suprême‖ aux larmes des choses.

Quelques jours encore,‖ ô nuit du tombeau !La lumière est si douce‖ et la vie est si belle !

Ange de la mort,‖ prends-nous sous ton aile,Quand on s'endort en Dieu,‖ le réveil est si beau !

Comme un son de cristal‖ qui meurt dans l'air sonore,Se turent les deux voix‖ au réveil de l'aurore.Euphorion longtemps‖ encor suivit, rêveur,Cet écho des deux voix‖ qui luttaient dans son cœur ;Puis, poursuivant le cours‖ de son pèlerinage,Il alla se mêler‖ aux peuples d'un autre âge,Sans détourner les yeux,‖ de peur de regretterLe facile bonheur‖ qu'il venait de quitter.

Parabase La dernière nuit de julien

Julien

Par-dessus tous les dieux‖ du ciel et de la terre,J'adore ton pouvoir‖ immuable, indompté,Déesse des vieux jours,‖ morne Fatalité.Ce pouvoir implacable,‖ aveugle et solitaire.Écrase mon orgueil‖ et ma force, et je voisQue l'on décline en vain‖ tes inflexibles lois.Les peuples adoraient‖ le joug qui les enchaîne,Rome dormait en paix‖ sur son char triomphal.Des oracles veillaient‖ sur son sommeil royal.Maintenant du destin‖ la force souveraineBrise le sceptre d'or‖ de Rome dans mes mains.Et Sapor va venger‖ les Francs et les Germains.

J'ai relevé l'autel‖ des dieux de la patrie,Et j'aperçois déjà‖ le temps qui foule aux piedsLes vieux temples déserts‖ de mes dieux oubliés.Au culte du passé‖ j'ai dévoué ma vie,Bientôt sous sa ruine‖ il va m'ensevelir.Le passé meurt en moi,‖ victoire à l'avenir !

Le génie de l’empire

Ne crains pas l'avenir,‖ toi dont les mains sont pures,O dernier défenseur‖ d'un culte déserté,Qui voulus porter seul‖ toutes les flétrissuresDu vieux monde romain,‖ et couvrir ses souilluresDu manteau de ta gloire‖ et de ta pureté !

En vain tes ennemis‖ ont voué ta mémoireA l'exécration‖ des siècles à venir ;Le glaive est dans tes mains :‖ l'incorruptible histoireDira ce qu'il fallut‖ à l'amant de la gloireDe force et de vertu‖ pour ne s'en pas servir.

La fortune rendra‖ blessure pour blessure ;A ces peuples nouveaux,‖ aujourd'hui ses élus,Quand leurs crimes aussi‖ combleront la mesure.Mais mille ans passeront‖ sans laver ton injure,Car Némésis est seule‖ à venger les vaincus.

O César ! tu mourras‖ sous une arme romaine.La tardive justice‖ un jour effaceraCe surnom d'apostat‖ que te donna la haine ;Mais le monde ébranlé‖ dans sa chute t'en traîne,Et ton culte proscrit‖ avec toi périra.

Et moi, je te suivrai,‖ car je suis le GénieDe Rome et de l'empire ;‖ unissant leurs efforts,Tes ennemis, les miens,‖ las de mou agonie,Veulent voir le dernier‖ soleil de la patrie.Cédons-leur, le destin‖ le veut, nos dieux sont morts.

III

Maintenant suivez-moi‖ dans les forêts austères,Sous les arceaux dormants‖ des pâles monastères,Dans la sainte Allemagne,‖ à la nuit de Noël.Le vent balaye au loin‖ les nuages du ciel,Et secoue, en versant‖ sa sauvage harmonie,Les vieux troncs dépouillés‖ des chênes d'Hercynie,Et les grands sapins noirs‖ aux rameaux éplorés.Les pâles horizons‖ par la lune éclairésS'enveloppent d'épais‖ brouillards par intervalles,Et la neige, chassée‖ au souffle des rafales,Étend son blanc linceul,‖ froid manteau des hivers,Sur la plaine, les monts‖ et les grands bois déserts.

C'est là, loin de la vie‖ et loin des bruits du monde,Sous les abris discrets‖ de la forêt profonde,Que se cache aux regards‖ l'église où, prosterné,Le peuple saint s'écrie :‖ « Un enfant nous est né ! »Ainsi qu'un bois touffu,‖ les frêles colonnadesInclinent leurs rameaux‖ et croisent leurs arcades ;Comme autour des vieux troncs,‖ le lierre glisse autourDes piliers élancés‖ et des flèches à jour,Et, comme des sapins,‖ les aiguilles gothiquesDressent dans le ciel gris‖ leurs ombres fantastiques.Écoutez ! l'orgue saint‖ mêle ses mille voixAu bruit du vent d'hiver‖ qui gronde dans les bois.

Et les saints dont le front‖ se meurtrit sur les dalles,Ceux dont le peuple baise‖ à genoux les sandales,Car leurs pieds bienheureux‖ touchèrent autrefoisLe sol trois fois béni‖ du chemin de la croix ;Les chérubins de pierre‖ aux figures pensives,Les anges flamboyants‖ qui jettent des ogivesUn reflet de leur robe‖ aux magiques couleursEt des rayons de lune‖ épanouis en fleurs,Tous chantent à genoux‖ les célestes cantiques,Et la voûte d'azur‖ pleine d'échos mystiquesRedit l'hymne sans fin‖ de l'univers en chœur,Et jusqu'au marchepied‖ du trône du SeigneurLes fléchas, s'élançant‖ ainsi qu'une prière,Portent les mille vœux‖ et l'encens de la terre,Tous nos soupirs mêlés‖ dans un commun soupir,Avec le sang du Christ‖ pour les faire accueillir.

Le prêtre

Pécheurs, courbez vos fronts :‖ pour toutes créaturesLa force et la vertu‖ viennent du roi des cieux ;Nul n'est grand, nul n'est saint,‖ nu ! n'est pur à ses yeux.Dieu dans ses anges même‖ a trouvé des souillures,Et sur le lit du mort,‖ à l'instant solennel,Le juste ne sait pas‖ s'il a conquis le ciel.

Les enfants

Petit enfant Jésus‖ rayonnant dans tes langes,Les humbles, les enfants‖ dont le cœur est sans fiel,Sont ceux que tu nommas‖ les élus de ton ciel ;Et nous, tes préférés,‖ les bien-ai mes des anges,Devant l'humble berceau‖ d'un enfant comme nous,Nous apportons les vœux‖ de ce peuple à genoux.

Les vierges

Vierge, étoile du ciel‖ qui luis dans le bleu calme.Notre cœur, pur d'amour‖ humain, dans un couvent,Ainsi qu'en un tombeau,‖ s'ensevelit vivant ;Quel terrestre bonheur‖ vaut l'immortelle palmeQue tu nous as promise‖ au ciel, parmi tes lis,A nous qui pour époux‖ avons choisi ton fils ?

Les croisés

Nous partons, Dieu le veut !‖ qu'il bénisse nos armes ;Car au delà des mers‖ nous t'allons conquérir,Cité sainte où pour nous‖ son fils voulut mourir.Nos mères ont mouillé‖ nos casques de leurs larmes :Que la mère de Dieu‖ les protège ! Au manoirPlus d'une doit mourir‖ avant de nous revoir.

Les esclaves

Seigneur, toi qui promis‖ aux serfs la délivrance,Prends pitié de nos pleurs !‖ Nous aurions pu changerLes fers de l'esclavage‖ en glaive, et nous venger-,Mais à toi seul, Seigneur,‖ appartient la vengeance.Seigneur, ton fils est mort‖ pour nous aussi ! PourquoiNos cris sont-ils si longs‖ à monter jusqu'à toi ?

Les anachorètes

Au désert ! Pour peupler‖ nos nuits de rêves chastes,Pour élever à Dieu‖ nos désirs épurés,Le silence éternel‖ des grands cieux sidérésEt le recueillement‖ des solitudes vastes !Le siècle est condamné,‖ le monde va finir :Au désert, Dieu le veut !‖ Frères, il faut mourir !

Les morts

Nous attendons le jour‖ prédit par les prophètesOù la voix de l'archange‖ éveillera les morts.Seigneur, délivre-nous !‖ le ver ronge nos corps,La tempête et l'orage‖ ont passé sur nos têtes,L'abîme nous dévore,‖ et de la profondeurDe nos tombeaux glacés‖ nous t'implorons, Seigneur.

Chœur

Les mondes à l'abri‖ de ta toute-puissanceRoulent entrelacés‖ dans un ordre éternel ;Sur l'humble fleur des champs‖ et sur l'oiseau du cielVeille éternellement‖ ta calme Providence :Et nous, pour qui ton fils‖ est mort, nous tes enfants,Nous t'implorons en vain‖ depuis plus de mille ans.

Seigneur, nous t'adorons‖ le front dans la poussière ;Mais, si tu veux compter‖ nos péchés, qui pourraSoutenir ton regard,‖ et qui te répondra ?Monte vers lui, parfum‖ de l'âme, humble prière ;Montez comme l'encens‖ du soir, larmes des cœursQu'abreuve le torrent‖ des célestes douleurs.

Et sous les arceaux noirs‖ des longs piliers gothiques,Les soupirs de la foule‖ et l'encens des cantiquesMontaient, et tout le peuple‖ agenouillé pleurait,Et l’éclatante voix de l’orgue saint vibrait.Le prêtre, sous l'azur‖ de la nef constellée,Élevait des deux mains‖ l'offrande immaculée :Pourtant Euphorion,‖ devant un noir pilier,Seul debout, mesurant‖ de son regard altierLa croix resplendissante‖ aux cent clartés des cierges,Mêlait la voix du doute‖ aux chants d'amour des vierges.L'église frémissait‖ sous ce blasphème impur,Et les anges pleuraient‖ dans leurs niches d'azur :

Seigneur, pour tes enfants‖ ta justice est bien lente ;N'avons-nous pas assez‖ souffert, assez pleuré,Et ne verrous-nous pas,‖ après mille ans d'attente,Sur la nue éclatanteTon Christ transfiguré ?

Seigneur, cette sueur‖ de sang qui nous inonde,N'a-t-elle pas lavé‖ le crime originel ?N'est-il pas temps enfin‖ que ta voix nous réponde ?Le calvaire du mondeSera-t-il éternel ?

Humiliant sou front,‖ le sage à la scienceÀ préféré la foi ;‖ pour le cloître et ses pleursLa vierge a rejeté‖ l'amour rêvé ; l'enfanceT'offre son innocence,L'esclave ses douleurs.

Quel souffle loin du ciel‖ chasse donc la prière ?T'endors-tu donc aux chants‖ des séraphins en chœur ?Meurs-tu, pour racheter‖ les fils d'une autre terre,Sur un autre calvaire ?Où donc es-tu, Seigneur ?

Non ! le nouveau calvaire‖ où sa tombe se creuseN'aura pas de réveil‖ ni de troisième jour ;Son glas de mort, aux chants‖ de la terre Oublieuse,Dans la nuit pluvieuseVa sonner sans retour.

Mais ne le pleurons pas,‖ et comptons ses victimes :Tortures, noirs cachots,‖ gibets, bûchers eu feu,Spectres de mort, fuyez‖ dans les sombres abîmes !Fallait-il tant de crimesPour condamner un Dieu ?

Fantômes de la nuit‖ que chasse la lumière,Fuyez ! Je règne seul‖ sur les cieux agrandis !Hommage de la peur,‖ silence, humble prière !Vous, rois et dieux, arrière,Retirez-vous, maudits !

L'orgueil fait dans mou sein‖ frissonner chaque fibre :Tombez, fers du captif !‖ foi de l'enfance, adieu !Un cri de délivrance‖ au fond de mon cœur vibre :Je suis fort, je suis libre,Je suis roi, je suis dieu !L'église à ces accents‖ s'ébranle ; la nef sombreTremble sur ses piliers,‖ et des oiseaux sans nombre,Avec les chérubins‖ sculptés aux pendentifs,S'en volant vers le ciel,‖ poussent des cris plaintifs.Le contour vacillant‖ de la voûte étoilée,Comme au miroir d'un lac‖ une image troublée,Comme un palais magique‖ en un rêve trompeur,S'efface et fond en vague‖ et bleuâtre vapeur.Tous les saints des vitraux,‖ tous les anges des voûtes,Dispersés dans les airs,‖ volent par mille routes,Et, suivant du regard‖ leur fuite, EuphorionEntend tomber sur lui‖ leur malédiction :

Sois maudit ! Tu voudrais‖ porter le poids du monde,Tu voudrais arracher‖ l'image du saint lieu,Tu voudrais vaincre Dieu !Sois maudit ! Dans la nuit‖ éternelle et profonde,Tu fuiras, à travers‖ la vague immensitéSans cesse ballotté.

Tantôt tu lasseras‖ tes ailes déployées,Tournoyant à travers‖ l'immensité du cielDans le vide éternel,Et tantôt tu suivras‖ des routes dépouilléesPour vaincre, en un combat‖ sans cesse renaissant,Un adversaire absent.

Tu poursuivras en vain‖ ton long pèlerinage ;Tes genoux s'useront‖ sans trouver jusqu'au soirUn abri pour t'asseoir.Tu vogueras sans but‖ sur des mers sans rivage,Où nul astre ne brille‖ à travers l'air voiléDans le ciel dépeuplé.

Comme sur la montagne,‖ avant sa mort, MoïseVit les champs réservés‖ à sa postérité,Qui n'avait pas douté,Le fantôme rêvé‖ d'une terre promiseFascine tes regards ;‖ mais tu ne la verrasQu'au jour où tu mourras.

Les rayons du matin‖ percent la brume grise ;A là place où la veille‖ était la grande église,La foule, sans abri‖ contre les vents d'hiver,Redemande le toit‖ qui la couvrait hier.Mais bientôt, dispersés‖ dans la forêt obscure,Les sages, à travers‖ les champs de la nature,Vont chercher, pleins d'ardeur,‖ dans des sentiers perdus.L'arbre de la science‖ et ses fruits défendus.Les peuples, sous le vent‖ qui déchire les nues,S'élancent en chantant‖ vers les mers inconnues,Et l'esclave, brisant‖ ses fers, arme son brasPour la Liberté sainte‖ et les derniers combats.

Épilogue

Un chant de mort. Voici‖ ce que je vis en rêve :La nuit couvrait Paris ;‖ sur la place de GrèveOndulait tout un peuple,‖ ainsi qu'aux vents d'hiverRoulent amoncelés‖ les grands flots de la mer.Hais nul bruit ne sortait‖ de cette foule immense,Qui s'agitait avec‖ un effrayant silence :Ce peuple n'était pas‖ du monde des vivants.Çà et là je voyais,‖ parmi les flots mouvants,Des nommes au front pâle,‖ à la prunelle ardente,Et dont le cou portait‖ une ligne sanglante.Ces hommes, sérieux,‖ tristes, calmes et forts,Semblaient guider la foule‖ innombrable des morts.J'eus bientôt reconnu‖ les ombres vénéréesDe nos grands-pères morts‖ dans les luttes sacrées,Et, craignant leur courroux‖ pour nous, leurs fils maudits,Je prosternai mon front‖ contre terre et je dis :

« Ô nos pères, pardon !‖ Géants, fils de la terre,Dont les bras entassaient‖ Ossas et Pélions,Quand des dieux oppresseurs‖ l'Olympe solitaireCroulait au vent de feu‖ des révolutions,

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Alors, pareil au bruit‖ des flots que le vent roule,J'entendis s'élever,‖ de toute cette foule,Un immense sanglot‖ dont le ciel retentit,Puis une voix vibra‖ dans l'air sonore, et dit :

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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La vision de mort‖ n'était pas achevée ;Comme un roc noir battu‖ par la mer soulevée,Un immense échafaud‖ dans les airs se dressa,Et l'immolation‖ des martyrs commença.

Tous ceux qui, pour le nom‖ de la sainte Justice,Avaient donné jadis‖ leur vie en sacrifice,Venaient de l'Occident,‖ venaient de l'Orient,Les uns en combattant,‖ les autres en priant ;

Ceux-ci ; les yeux tournés‖ vers la voûte infinie,Suivaient leur divin rêve‖ à travers l'agonie.D'abord parut le Dieu‖ qu'une Vierge enfanta,Pâle et sanglant, ainsi‖ qu'aux jours du Golgotha ;Puis ceux qu'aux cris joyeux‖ de la foule en attenteLes tigres déchiraient‖ sur l'arène sanglante ;Ceux dont les chants de mort,‖ sur les bûchers en feu,Aux hymnes dos bourreaux‖ se mêlaient devant Dieu,Et tous ceux qu'au milieu‖ de tortures sans nombreLes cachots de l'Église‖ étouffèrent dans l'ombre.Les yeux levés au ciel,‖ le pardon dans le cœur,Tous disaient en mourant :‖ « Mon Dieu, pardonne-leur ! »

Ceux-là, libres et fiers,‖ race de Prométhée,Gardaient sur l'échafaud‖ leur colère indomptée,Et pour leur testament‖ léguaient à l'avenirUn glaive avec ces mots :‖ « Vivre libre ou mourir ! »Mais en vain ils cherchaient‖ dans la foule endormieUne larme, un regard,‖ une parole amie ;Le peuple abandonnait‖ ses défenseurs mourantsEt revenait baiser‖ la main de ses tyrans.Les martyrs répondaient‖ à l'insulte, à la haine,En lançant vers le ciel‖ des tronçons de leur chaîne,Et mouraient en chantant‖ l'hymne de liberté,On répétaient tout bas :‖ « Sainte simplicité ! »

Et toujours, cependant,‖ ainsi qu'avant l'automneTombent les épis mûrs‖ quand la faux les moissonne,Sur le sombre échafaud‖ se pressaient pour mourirLes martyrs du passé,‖ puis ceux de l'avenir.Alors, debout parmi‖ les dépouilles sanglantes,Invoquant les grands dieux‖ des vengeances trop lentes,Euphorion maudit‖ tout le peuple, lançantAux quatre vents du ciel‖ des gouttes de leur sang :

Vous avez su mourir,‖ ô Christs de tous les âges !Mais tous, et même les plus forts,Vous pâlissiez devant‖ l'insulte et les outragesDe ceux pour qui vous êtes morts.

Demi-dieux rédempteurs,‖ héros du sacrifice,Dans votre nuit des Oliviers,Tous vous disiez : « Seigneur,‖ détourne ce calice ! »Et tous pourtant vous le buviez ;

Et vous leviez les yeux‖ vers les sphères sereinesOù brillait votre astre idéal ;Car, par delà ce flot‖ des lâchetés humaines,La croix se change en piédestal,

Et le temps ceint vos fronts‖ d'une auréole pureAu jour des tardifs repentirs.Mais ce peuple, qui n'a‖ que l'opprobre et l'injurePour ses sauveurs et ses martyrs,

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Alors se confondit‖ la vision nocturneQue sur moi le sommeil‖ évoquait de son urne ;Dans l'abîme sans borne‖ où mes yeux se noyaient,De grands astres éteints‖ çà et là tournoyaient.Comme un vaisseau perdu‖ dans l'Océan des mondes,La terre s'égarait‖ en courses vagabondes ;Le soleil, — oh ! qu'un seul,‖ un seul rayon béniTraversât seulement‖ les champs de l'Infini !Mais dans les cieux nageait‖ un crépuscule pâle ;Par instants mugissait‖ la lugubre rafaleQue Dante vit planer‖ sur les cercles maudits ;Puis un silence morne,‖ et les vents engourdisLaissaient les mers sans vague‖ et de brume voilées.Cependant, au milieu‖ des plaines désolées,Vibrait comme l'écho‖ d'un mugissement sourd,Et dans l'air sans étoile‖ errait un brouillard lourd.

Connue les cris mêlés‖ de mille oiseaux funèbre,Un dernier cri de mort‖ monta dans les ténèbres,Et de l'immensité‖ l'écho le répéta.Alors Euphorion‖ prit sa lyre et chanta

Adieu ! tout est fini !‖ la nuit règne sans borneSur l'immensité morne,Etne ramènera,‖ ni demain ni jamais,Le soleil que j'aimais.

Encore un chant. A toi‖ mes dernières paroles,A toi qui fais pleurer‖ tout ensemble et consoles,O divin souvenir !Esprit des anciens jours,‖ descends de ton étoile ;Étends autour de moi‖ ton aile d'or, et voileL'implacable avenir.

Je regrette ces jours‖ de fraîcheur printanièreOù la sainte lumièreMontait à mes regards,‖ pour la première fois,La verdure des bois.

Oh ! la neige des monts,‖ les torrents, l'ombre épaisse,Fleurs des rives, lotus,‖ gazons verts que caresseLe flot calme et dormant !Mystères des forets,‖ profondeurs insondées,Où mes ailes d'argent,‖ par les brises guidées,Volaient si librement !

Et puis voici les chœurs,‖ et, dans les plaines blondes,Les danses vagabondes,Et l'incarnation‖ de la sainte BeautéDans le marbre sculpté,

Les frontons blancs, les dieux‖ souriants et sans nombre,La vie heureuse et libre,‖ et les baisers dans l'ombre,J'entends vibrer dans l'airComme un écho lointain‖ de chansons oubliées,Et frissonner au vent‖ les tresses déliéesDes nymphes de la mer.

Pendant les longues nuits,‖ au fond des cathédrales,A genoux sur les dalles,J'ai mêlé ma prière‖ et mes pleurs aux soupirsDes saints et des martyrs ;

Puis j'ai voulu chercher,‖ dans d'austères éludes,L'arbre de la science,‖ au fond des solitudesOù Dieu l'avait planté ;Et j'ai suivi les pas‖ de la phalange ardenteQui voulait conquérir‖ sur l'arène sanglanteLa sainte liberté.

Toujours devant mes yeux,‖ comme devant les mages,De radieux miragesBrillaient, et je suivais‖ l'astre qui m'avait lui.Mais en vain aujourd'hui,

Dans un vague lointain,‖ j'entends chanter les brises :Les Édens d'Orient‖ et les terres promisesNe m'attireront plus.Si je priais encore,‖ ô Dieu, que je renie,Je ne demanderais,‖ ô jeunesse bénie !Qu'un seul des jours perdus.

Puisque mes dieux sont morts,‖ qu'au vent de ma penséeLeur cendre est dispersée,Dormons du lourd sommeil‖ qu'en son gouffre béantNous garde le néant.

Là sont les jours pleurés‖ de ma jeunesse morte.Que les peuples nouveaux‖ marchent où les emporteLe muet avenir !Au linceul du passé‖ couchons-nous en silence ;Dormons sans rêve ; adieu,‖ pièges de l'Espérance,Poisons du souvenir !

Voici la grande nuit.‖ Si jamais, ô mes frères !Vers de meilleures terresLe souffle de l'Esprit‖ vous emporte, donnezUne larme aux aînés !

Dans ses courses, parfois‖ l'essaim des hirondellesS'arrête, et, près du terme‖ espéré, pleure cellesQui tombent en chemin.O mortels ! suspendez‖ votre course rapide ;Pleurez ceux qui sont morts‖ en rêvant l'AtlantideOù vous serez demain.

Versification

Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (784 de 12, 95 de 6, 28 de 10, 16 de 8)· profil 6, 8, 5+5, 6+6
Mots à la rime
a sibylle / Virgile féminine, classiqueb profondeurs / pleurs masculine, classiquec discrètes / secrètes féminine, classiqued mort / s'endort masculine, classiquee lassitudes / solitudes féminine, classiquef volupté / l'éternité masculine, classiquea inextinguibles / impossibles féminine, classiqueb fermés / aimés masculine, classiquec encore / dévore féminine, classiqued fois / d'autrefois masculine, classiquee soulevées / énervées féminine, classiquef amours / jours masculine, classiqueg retraites / muettes féminine, classiqueh cœurs / langueurs masculine, classiquea âmes / femmes féminine, classiqueb beauté / stérilité masculine, classiquec d'asphodèles / ailes féminine, classiqued pleurs / inférieurs masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb mortels / autels masculine, classiquec villes / stériles féminine, classiquea d'envie / vie féminine, classiqueb bords / morts masculine, classiquec lumière / légère féminine, classiquea emporte / porte féminine, classiqueb ténébreux / heureux masculine, classiquec ravie / vie féminine, classiquea t'adjure / obscure féminine, classiqueb rêvons / chansons masculine, classiquec choses / roses féminine, classiquea d'opale / pâle féminine, classiqueb ouverts / verts masculine, classiquec Grèce / déesse féminine, classiqued héros / d'Antéros masculine, classiquea blonde / l'onde féminine, classiqueb chanté / beauté masculine, classiquec ailes / prunelles féminine, classiqued partagé / vengé masculine, classiquea amère / mère féminine, classiqueb pas / bras masculine, classiquea rivages / âges féminine, classiqueb dehors / morts masculine, classiquea Hélène / t'enchaîne féminine, classiqueb t'appellera / repoussera masculine, classiquea même / suprême féminine, classiqueb retomberas / bras masculine, classiquea âges / nuages féminine, classiqueb dormant / éternellement masculine, classiquec sublime / cime féminine, classiqued pieds / palmiers masculine, classiquee villes / immobiles féminine, classiquef voluptés / enchantés masculine, classiquea plaines / sereines féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquec obscures / murmures féminine, classiqued noirs / encensoirs masculine, classiquee girandoles / coupoles féminine, classiquea Kachmir / saphir masculine, classiqueb protège / neige féminine, classiquec fleurs / senteurs masculine, classiquea embaumée / charmée féminine, classiqueb ébloui / lui masculine, classiquec chevelure / nature féminine, classiqued essor / d'or masculine, classiquea profonde / blonde féminine, classiqueb mystérieux / cieux masculine, classiquec serpente / luxuriante féminine, classiqued bruit / s'épanouit masculine, classiquee gerbes / herbes féminine, classiquef clair / l'air masculine, classiqueg dorée / enchevêtrée féminine, classiqueh fois / voix masculine, classiquea d'ombre / nombre féminine, classiqueb étoilés / volez / appelés masculine, classiquec ruisselle / universelle / éternelle féminine, classiquea cadencées / enlacées féminine, classiqueb d'eux / radieux / mystérieux masculine, classiquea auréoles / paraboles / paroles féminine, classiquec électriques / magnifiques féminine, classiqued profonds / monts / féconds masculine, classiquee plaines / souterraines / veines féminine, classiquea molles / corolles féminine, classiqueb baisers / embrasés / apaisés masculine, classiquec tourterelles / d'ailes / nouvelles féminine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb frémir / désir / mourir masculine, classiquec haletante / énervante / brûlante féminine, classiqued étreinte / sainte féminine, classiquee brisés / épuisés / baisers masculine, classiquef créature / murmure féminine, classiqueg nature / mesure féminine, classiqueb sert / concert masculine, classiquec joyeuse / orgueilleuse féminine, classiquea reine / souveraine féminine, classiqueb triomphal / idéal masculine, classiquec rive / native féminine, classiquea voie / noie féminine, classiqueb tous / jaloux masculine, classiquec mystère / terre féminine, classiquea sereines / sirènes féminine, classiqueb m'éblouir / s'épanouir masculine, classiquec pensée / tracée féminine, classiquea divine / poitrine féminine, classiqueb jour / l'amour masculine, classiquec conquises / indécises féminine, classiqued plaisir / désir masculine, classiquee éternelle / d'elle féminine, classiquef emporté / d'été masculine, classiquea liane / diaphane féminine, classiqueb bananiers / pieds masculine, classiquea d'ivoire / noire féminine, classiqueb t'endormir / t'offrir masculine, classiquea succombe / colombe féminine, classiqueb fleurs / langueurs masculine, classiquea voies / joies féminine, classiqueb bras / regretteras masculine, classiquea repoussée / pensée féminine, classiquea empyrée / sacrée féminine, classiqueb azur / pur masculine, classiquec glissent / resplendissent féminine, classiquea clartés / sculptés masculine, classiqueb promontoires / noires féminine, classiquec cieux / harmonieux masculine, classiqued îles / tranquilles féminine, classiquee argenté / beauté masculine, classiquea d'Égine / divine féminine, classiqueb Àthéné / né masculine, classiquec monde / féconde féminine, classiqued immortels / autels masculine, classiquee Déesse / jeunesse féminine, classiquef parts / chars masculine, classiqueg d'huile / ville féminine, classiqueh don / Poseidon masculine, classiquea enceinte / sainte féminine, classiqueb degrés / vénérés masculine, classiquec blanches / branches féminine, classiqued couronnés / destinés masculine, classiquee amphores / canéphores féminine, classiquef lin / divin masculine, classiquea s'unissent / s'emplissent féminine, classiqueb l'autel / miel masculine, classiquec fume / consume féminine, classiqued merveilleux / dieux masculine, classiquee s'étonne / Gorgone féminine, classiquef regards / épars masculine, classiqueg irritée / Antée féminine, classiqueh ciel / originel masculine, classiquei terre / lumière féminine, classiquea don / Parthénon masculine, classiquea armée / bien-aimée féminine, classiqueb amour / séjour masculine, classiquec science / l'enfance féminine, classiqued créateurs / dévastateurs masculine, classiquee Salamine / divine féminine, classiquef Titans / reconnaissants masculine, classiqueg temples / contemples féminine, classiqueh l'avenir / parvenir masculine, classiquea jeunesse / Grèce féminine, classiqueb délaissé / passé masculine, classiquec phare / avare féminine, classiqued s'enfuit / nuit masculine, classiquea divine / illumine féminine, classiqueb sacrés / pourprés masculine, classiquea portique / l'Attique féminine, classiqueb mer / amer masculine, classiquea Asie / choisie féminine, classiqueb rêvé / trouvé masculine, classiquea patrie / fleurie féminine, classiqueb coursiers / oliviers masculine, classiquec lyres / sourires féminine, classiqued matelots / flots masculine, classiqueb cieux / dieux masculine, classiquec vagabondes / blondes féminine, classiqued d'été / Aphrodité masculine, classiquee plis / polis masculine, classiquea acropoles / symboles féminine, classiqueb dieux / jeux masculine, classiquec sculptés / cités masculine, classiquea mélodies / théories féminine, classiqueb d'amour / tour masculine, classiquec statues / nues féminine, classiqued beauté / sculpté masculine, classiquee trésor / or masculine, classiquea olympique / tragique féminine, classiqueb beauté / volonté masculine, classiquec Panathénées / alternées féminine, classiqued Parthénon / d'Aristogiton masculine, classiquee vengeurs / fleurs masculine, classiquea Grèce / prêtresse féminine, classiqueb accents / adolescents masculine, classiquec inspirés / sacrés masculine, classiquea collines / divines féminine, classiqueb conduit / fuit / détruit masculine, classiquea captives / fugitives féminine, classiqueb dieux / yeux masculine, classiquea soupire / lyre féminine, classiquec mélodieux / adieux masculine, classiquea vie / oublie féminine, classiqueb prié / pitié / crié masculine, classiquea fière / prière féminine, classiqueb forts / remords / morts masculine, classiquea mystiques / prophétiques féminine, classiqueb pas / ici-bas masculine, classiquea danses / souffrances féminine, classiqueb versés / repoussés masculine, classiquec croix / d'autrefois masculine, classiquea douce / repousse féminine, classiqueb visions / tentations masculine, classiquec brisés / baisers masculine, classiquea route / doute féminine, classiqueb instant / partant masculine, classiquea reposée / Colysée féminine, classiqueb matin / l'Aventin masculine, classiquea vulgaires / mystères féminine, classiqueb d'or / encor masculine, classiquea catacombes / d'hétatombes féminine, classiqueb genoux / doux masculine, classiquea dispersées / enlacées féminine, classiqueb solennel / ciel masculine, classiquea prêtres / êtres féminine, classiqueb pas masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiquea embaumées / aimées féminine, classiqueb d'or / assor masculine, classiquea arides / Thébaïdes féminine, classiquea suprême / t'aime féminine, classiqueb volupté / Beauté masculine, classiquea couronne / donne féminine, classiqueb emprunté / Virginité masculine, classiquea heureuses / pieuses féminine, classiqueb baisers / brisés masculine, classiquea dieux / cieux masculine, classiqueb heures / demeures féminine, classiquea loi masculine, classiquea nuit / fuit masculine, classiqueb roses / choses féminine, classiquea gémit / mit masculine, classiquea tombeau / beau masculine, classiqueb belle / aile féminine, classiquea sonore / l'aurore féminine, classiqueb rêveur / cœur masculine, classiquec pèlerinage / âge féminine, classiqued regretter / quitter masculine, classiquea terre / solitaire féminine, classiqueb indompté / Fatalité masculine, classiquec vois / lois masculine, classiqued enchaîne / souveraine féminine, classiquee triomphal / royal masculine, classiquef mains / Germains masculine, classiquea patrie / vie féminine, classiqueb pieds / oubliés masculine, classiquec m'ensevelir / l'avenir masculine, classiquea pures / flétrissures / souillures féminine, classiqueb déserté / pureté masculine, classiquea mémoire / histoire / gloire féminine, classiqueb venir / servir masculine, classiquea blessure / mesure / injure féminine, classiqueb élus / vaincus masculine, classiquea romaine / haine / traîne féminine, classiqueb effacera / périra masculine, classiquea Génie / agonie / patrie féminine, classiqueb efforts / morts masculine, classiquea austères / monastères féminine, classiqueb Noël / ciel masculine, classiquec harmonie / d'Hercynie féminine, classiqued éplorés / éclairés masculine, classiquee intervalles / rafales féminine, classiquef hivers / déserts masculine, classiquea monde / profonde féminine, classiqueb prosterné / né masculine, classiquec colonnades / arcades féminine, classiqued autour / jour masculine, classiquee gothiques / fantastiques féminine, classiquef voix / bois masculine, classiquea dalles / sandales féminine, classiqueb autrefois / croix masculine, classiquec pensives / ogives féminine, classiqued couleurs / fleurs masculine, classiquee cantiques / mystiques féminine, classiquef chœur / Seigneur masculine, classiqueg prière / terre féminine, classiqueh soupir / accueillir masculine, classiquea créatures / souillures féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquea langes / anges féminine, classiqueb fiel / ciel masculine, classiquec nous / genoux masculine, classiquea calme / palme féminine, classiqueb couvent / vivant masculine, classiquec lis / fils masculine, classiquea armes / larmes féminine, classiqueb conquérir / mourir masculine, classiquec manoir / revoir masculine, classiquea délivrance / vengeance féminine, classiqueb changer / venger masculine, classiquec Pourquoi / toi masculine, classiquea chastes / vastes féminine, classiqueb épurés / sidérés masculine, classiquec finir / mourir masculine, classiquea prophètes / têtes féminine, classiqueb morts / corps masculine, classiquec profondeur / Seigneur masculine, classiquea toute-puissance / Providence féminine, classiqueb éternel / ciel masculine, classiquec enfants / ans masculine, classiquea poussière / prière féminine, classiqueb pourra / répondra masculine, classiquec cœurs / douleurs masculine, classiquea gothiques / cantiques féminine, classiqueb pleurait / vibrait masculine, classiquec constellée / immaculée féminine, classiqued pilier / altier masculine, classiquee cierges / vierges féminine, classiquef impur / d'azur masculine, classiquea lente / d'attente / éclatante féminine, classiqueb pleuré / transfiguré masculine, classiquea inonde / réponde / monde féminine, classiqueb originel / éternel masculine, classiquea science / l'enfance / innocence féminine, classiqueb pleurs / douleurs masculine, classiquea prière / terre / calvaire féminine, classiquea creuse / Oublieuse / pluvieuse féminine, classiqueb jour / retour masculine, classiquea victimes / abîmes / crimes féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea lumière / prière / arrière féminine, classiqueb agrandis / maudits masculine, classiquea fibre / vibre / libre féminine, classiqueb adieu / dieu masculine, classiquec sombre / nombre féminine, classiqued pendentifs / plaintifs masculine, classiquee étoilée / troublée féminine, classiquef trompeur / vapeur masculine, classiqueg voûtes / routes féminine, classiqueh Euphorion / malédiction masculine, classiqueb lieu / Dieu masculine, classiquec immensité / ballotté masculine, classiquea déployées / dépouillées féminine, classiqueb ciel / éternel masculine, classiquec renaissant / absent masculine, classiquea pèlerinage / rivage féminine, classiqueb soir / t'asseoir masculine, classiquec voilé / dépeuplé masculine, classiquea Moïse / promise féminine, classiqueb postérité / douté masculine, classiquec verras / mourras masculine, classiquea grise / église féminine, classiqueb d'hiver / hier masculine, classiquec obscure / nature féminine, classiqued perdus / défendus masculine, classiquee nues / inconnues féminine, classiquef bras / combats masculine, classiquea rêve / Grève féminine, classiqueb d'hiver / mer masculine, classiquec immense / silence féminine, classiqued vivants / mouvants masculine, classiquee ardente / sanglante féminine, classiquef forts / morts masculine, classiqueg vénérées / sacrées féminine, classiqueh maudits / dis masculine, classiqueb Pélions / révolutions masculine, classiquea roule / foule féminine, classiqueb retentit / dit masculine, classiquea achevée / soulevée féminine, classiqueb dressa / commença masculine, classiquea Justice / sacrifice féminine, classiqueb l'Orient / priant masculine, classiquea infinie / l'agonie féminine, classiqueb enfanta / Golgotha masculine, classiquec attente / sanglante féminine, classiquee nombre / l'ombre féminine, classiquef cœur / pardonne-leur masculine, classiquea Prométhée / indomptée féminine, classiqueb l'avenir / mourir masculine, classiquec endormie / amie féminine, classiqued mourants / tyrans masculine, classiquee haine / chaîne féminine, classiquef liberté / simplicité masculine, classiquea l'automne / moissonne féminine, classiqueb mourir / l'avenir masculine, classiquec sanglantes / lentes féminine, classiqued lançant / sang masculine, classiquea âges / outrages féminine, classiquea sacrifice / calice féminine, classiqueb Oliviers / buviez masculine, classiquea sereines / humaines féminine, classiqueb idéal / piédestal masculine, classiquea pure / l'injure féminine, classiqueb repentirs / martyrs masculine, classiquea nocturne / urne féminine, classiqueb noyaient / tournoyaient masculine, classiquec mondes / vagabondes féminine, classiqued béni / l'Infini masculine, classiquee pâle / rafale féminine, classiquef maudits / engourdis masculine, classiqueg voilées / désolées féminine, classiqueh sourd / lourd masculine, classiquea funèbre / ténèbres féminine, classiqueb répéta / chanta masculine, classiquea borne / morne féminine, classiqueb jamais / j'aimais masculine, classiquea paroles / consoles féminine, classiqueb souvenir / avenir masculine, classiquec étoile / voile féminine, classiquea printanière / lumière féminine, classiqueb fois / bois masculine, classiquea épaisse / caresse féminine, classiqueb dormant / librement masculine, classiquec insondées / guidées féminine, classiquea blondes / vagabondes féminine, classiqueb Beauté / sculpté masculine, classiqueb l'air / mer masculine, classiquec oubliées / déliées féminine, classiquea cathédrales / dalles féminine, classiqueb soupirs / martyrs masculine, non classiquea éludes / solitudes féminine, classiqueb planté / liberté masculine, classiquea mages / mirages féminine, classiqueb lui / aujourd'hui masculine, classiquea brises / promises féminine, classiqueb plus / perdus masculine, classiquec renie / bénie féminine, classiquea pensée / dispersée féminine, classiqueb béant / néant masculine, classiquea morte / emporte féminine, classiqueb avenir / souvenir masculine, classiquec silence / l'Espérance féminine, classiquea frères / terres féminine, classiqueb donnez / aînés masculine, classiquea hirondelles / celles féminine, classiqueb chemin / demain masculine, non classiquec rapide / l'Atlantide féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

947 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poëmes, Paris, Charpentier, libraire-éditeur, 1863· numérisation poesies.net· Sources