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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Contes Épiques, 1876

L’Enfant Kriçhna

Catulle Mendès· distiques, alexandrins, 58 vers

Çûrya fait resplendir‖ et fumer les rivages.Avec les jeunes paons‖ et les chèvres sauvages,Se joue au bord de l’eau‖ Kriçhna, l’enfant divin.

Là-bas, roulant son ombre‖ aux pentes du ravin,Dans une brume vague‖ où l’aspect se déforme,L’escarpement confus‖ d’une montagne énormePorte le Bhandîra‖ qui semble une forêt ;Et le mont si hautain‖ se dresse qu’il pourrait,Faîte rocheux, verdi‖ d’açokas et d’yeuses.Voir la Gangâ rouler‖ ses eaux mélodieusesA travers les cheveux‖ effrayants de Çiva !

Kriçhna, l’enfant divin,‖ le long des berges, vaPlein d’aise. La liane‖ et la brise au passageCaressent le lotus‖ sombre de son visageÉpanoui. Pieds nus‖ sur les galets luisants,Il court avec le souffle‖ et l’onde. Il a six ans.Il court. Pleines de fleurs,‖ ses mains sont des corbeilles.

Il jase avec le flot‖ profond et les abeilles.Sa nourrice le suit‖ et dit souvent : « Kriçhna,Prends garde ! » Mais l’enfant‖ rase le bord et n’aPoint souci de la voix‖ grondeuse qui s’effraie.

Or, près de l’eau, teignant‖ de sang la verte haie,Les fruits ronds d’un vimba‖ sauvage, par milliers,Rougissent. On pourrait‖ croire que des colliersDe corail, au milieu‖ des madhavîs écloses.Ont dénoué leurs fils‖ et semé leurs grains roses.Sous les feuilles du blanc‖ jasmin qui la voilaKriçhna ne cherche plus‖ l’abeille. Le voilàMordant la chair, buvant‖ le sang des graines mûres.Et les roux écureuils,‖ enfuis sous les ramures,Jaloux, songent : « Quand donc‖ en aura-t-il assez ? »

— Fils de mon maître, dit‖ la nourrice, laissezCet arbre.

Mais le fils de Vaçû continueSon repas. Une branche‖ est déjà toute nueEt reflète dans l’eau‖ son squelette épineux.

— Les vimbas, quelquefois,‖ ont des fruits vénéneux,Mon cher seigneur !

Kriçhna dépouille une autre branche.

— Dans la jatte d’ivoire‖ où votre soif s’étanche.Je verserai le miel‖ odorant du mangou !

Kriçhna rit. Les deux pieds‖ dans le fleuve, le couDans les ronces, il mange‖ et nargue le reprocheEt rit.

La femme alors, en colère, s’approche.

Le saisit, et : « Quittez‖ cet arbre ! Je le veux ! »Lui dit-elle.

Kriçhna ne rit plus. Des cheveuxFarouches, sur son front‖ où s’allume le signeDu Soleil, imprévus,‖ se dressent ! Il trépigne.L’œil noir de sang, le sein‖ renflé, les bras tordus,Il ouvre, toute rose‖ encor des fruits mordus,Sa bouche, et la nourrice,‖ avec un cri, recule,Car, dans la profondeur‖ rouge d’un crépusculePlein d’astres et d’éclairs‖ qui remplit le dedansDe la bouche, au delà‖ des quatre-vingt-dix dents,Elle a vu, sombre choc‖ de monts, de ciels et d’ondes,Passer la vision‖ terrible des trois Mondes !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
27((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a rivages / sauvages féminine, classiqueb divin / ravin masculine, classiqueb déforme / énorme féminine, classiquec forêt / pourrait masculine, classiqued d’yeuses / mélodieuses féminine, classiquee Çiva / va masculine, classiqueb passage / visage féminine, classiquec luisants / ans masculine, classiqued corbeilles / abeilles féminine, classiqueb Kriçhna / n’a masculine, classiquec s’effraie / haie féminine, classiqueb milliers / colliers masculine, classiquec écloses / roses féminine, classiqued voila / voilà masculine, classiquee mûres / ramures féminine, classiquef assez / laissez masculine, classiquea arbre / continue / nue féminine, classiqueb épineux / vénéneux masculine, classiquea seigneur / branche / s’étanche féminine, classiqueb mangou / cou masculine, classiqueb reproche / rit / s’approche féminine, classiquea veux / elle / cheveux masculine, classiqueb signe / trépigne féminine, classiquec tordus / mordus masculine, classiqued recule / crépuscule féminine, classiquee dedans / dents masculine, classiquef d’ondes / Mondes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Conts épiques, Paris, Paul Ollendorf, 1885· numérisation poesies.net· Sources