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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Contes Épiques, 1876

La Patrie

Catulle Mendès· distiques, alexandrins, 45 vers

Ces Juifs criaient vers Dieu‖ dans l'Ile de l'exil.Car, pareil au boucher‖ sanglant jusqu'au nombrilQui s'assied n'ayant pu‖ saigner toutes les bêtes,L'affreux Titus, campé‖ sur des monceaux de têtes,N'acheva point le reste‖ éperdu des Hébreux ;Et les uns avaient fui‖ vers la Crète, nombreux,S'étonnant, sur le pont‖ des nefs aux blanches toiles,Qu'avec les mêmes yeux‖ on vit d'autres étoiles.O roses de Saron,‖ ils ne vous cueillaient plus !Ville aux toits hauts, colline,‖ oliviers chevelus,Si doux à la fatigue‖ après les jours de marche,Sépulture des Rois,‖ ruines où fut l'Arche,Logis familiaux‖ aux coins accoutumés,Berceaux des chers vivants,‖ tombes des morts aimés,Fleuve, vallons rougis‖ par la grappe meurtrie,Comme vous étiez loin‖ de leurs regards, patrie !Le soir, ils s'assemblaient,‖ mornes, pleins de sanglots,Quand le couchant se creuse‖ à l'horizon des flots,Croyant dans les splendeurs‖ de la céleste ornièreVoir des Jérusalems‖ de pourpre et de lumière !Et les vieillards sentant‖ venir leur jour dernierÉchangeaient leurs plus chers‖ trésors contre un panierDe sable ou : de limon‖ porté de Samarie,Pour dormir dans un peu‖ de la terre chérie.Or quelqu’un se leva d’entre eux.

« Dans sa pitié« Le Seigneur se souvient‖ d'Israël châtié ;« Le Dieu qui suscita‖ les prophètes m'envoie,« Peuple ! pour te mener‖ hors du deuil dans la joie :« Pareil au fils d'Amram,‖ je lèverai la main« Et les flots divisés‖ t'ouvriront un chemin« Vers le beau Chanaan‖ où les cèdres murmurent ! »

Celui qui leur parlait‖ ainsi, ces Juifs le crurent.

Au jour fixé, la foule‖ énorme des proscrits,Gravement, trois par trois,‖ sans tumultes, sans cris,Suivit l'homme de Dieu‖ sur le long promontoireQui s'incline et se perd‖ dans la mer bleue et noire.L'homme, parmi l'écume‖ ayant borné ses pas,Leva la main ! Les flots‖ ne s'écartèrent pas.Il fit le signe encor !‖ L'onde resta fermée.Mais lui, calme, et marchant‖ vers la patrie aimée,Sans recul, sans frisson,‖ il entra dans la merQui nous prend et nous roule‖ en son abîme amer,Et les Juifs vers les flots‖ où leur tombe était prêteLe suivaient, trois par trois,‖ sans retourner la tête.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a l'exil / nombril masculine, classiqueb bêtes / têtes féminine, classiquec Hébreux / nombreux masculine, classiqued toiles / étoiles féminine, classiquee plus / chevelus masculine, classiquef marche / l'Arche féminine, classiqueg accoutumés / aimés masculine, classiqueh meurtrie / patrie féminine, classiquei sanglots / flots masculine, classiquej ornière / lumière féminine, classiquek dernier / panier masculine, classiquel Samarie / chérie féminine, classiquea eux / pitié / châtié masculine, classiqueb m'envoie / joie féminine, classiquec main / chemin masculine, classiqued murmurent / crurent féminine, classiquea proscrits / cris masculine, classiqueb promontoire / noire féminine, classiquec pas masculine, classiqued fermée / aimée féminine, classiquee mer / amer masculine, classiquef prête / tête féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Conts épiques, Paris, Paul Ollendorf, 1885· numérisation poesies.net· Sources