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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Contes Épiques, 1876

L’Épée

Catulle Mendès· distiques, alexandrins, 46 vers

Très fidèle à son roi,‖ plus fidèle à l'honneur,Don Alonzo Perez‖ de Guzman, gouverneurDe Tarifa célèbre‖ entre les villes fortes,Fait sa ronde, exhortant‖ les officiers des portes,Surveillant les cuviers‖ de bitume et de poix,Parlant bas aux veilleurs‖ et saluant les croixQu'on a peintes de sang‖ païen sur les murailles.Vieux, mais dur, le cuir brun‖ et balafré d'entailles,On le cite parmi‖ les plus fiers batailleurs ;A Tolose, à Figuère,‖ à Saragosse, ailleurs,La mort et lui se sont‖ regardés face à face ;

Si nombreux que l'on soit,‖ quoi qu'on veuille ou qu'on fasse,On ne lui prendra pas‖ la ville qu'il défend.

Un soin le trouble ; il a,‖ lui vieillard, un enfant,Suprême et frêle fleur‖ de son arbre héraldique.C'est la seule faiblesse‖ où son orgueil abdique.Il vécut sans amour,‖ à sa tâche adonné,Mais le jour où naquit‖ son fils, son cœur est né.Or l'enfant est malade,‖ une âme éclose à peine !Vers la sierra d'Arcos‖ où la brise est plus saine,Chétif, maigre à tenir‖ en l'étui d'un poignard,On l'a porté dans un‖ village montagnard.De là naît le souci‖ dont le vieillard s'attriste :Les Mores sont venus,‖ de nuit, à l'improviste ;Peut-être ont-ils, troupeau‖ forcené de démons,Brûlé huttes et bourgs‖ à travers bois et monts,Égorgé les enfants‖ sur le sein des nourrices ;Et des pleurs par instants‖ mouillent ses cicatrices.Tout à coup, au delà‖ du rempart, dans le camp,Un héraut vêtu d'or‖ et l'air très arrogantFait ce Cry que don Juan‖ de Castille, son maître,(Les païens ont pour chef‖ ce chrétien fourbe et traître)Veut parler à Perez‖ de Guzman, gouverneur.Celui-ci monte au mur.‖ « Que me veux-tu, Seigneur ?— Regarde ! » dit don Juan.‖ On voit luire une lameDans sa main droite, et dans‖ ses bras, comme une femme,Il élève un enfant‖ qui se tord demi-nuEt pleure.Cet enfant, Guzman l’a reconnu.

« Çà, dit l'autre, choisis.‖ Livre ta ville, ou tremble,Car je frappe ton fils‖ sous tes yeux. Que t'en sembleEt qu’en dis-tu ? »Guzman répond : « Je dis, damné,Que même pour percer‖ le cœur d'un nouveau-néTa lame ne fut pas,‖ lâche, assez bien trempée. »Et du haut du rempart‖ il lui jette une épée.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a l'honneur / gouverneur masculine, classiqueb fortes / portes féminine, classiquec poix / croix masculine, classiqued murailles / d'entailles féminine, classiquee batailleurs / ailleurs masculine, classiquef face / fasse féminine, classiqueb défend / enfant masculine, classiqueb héraldique / abdique féminine, classiquec adonné / né masculine, classiqued peine / saine féminine, classiquee poignard / montagnard masculine, classiquef s'attriste / l'improviste féminine, classiqueg démons / monts masculine, classiqueh nourrices / cicatrices féminine, classiquei camp / arrogant masculine, non classiquej maître / traître féminine, classiquek gouverneur / Seigneur masculine, classiquel lame / femme féminine, classiquem demi-nu / pleure / reconnu masculine, classiquea tremble / semble féminine, classiqueb tu / damné / nouveau-né masculine, classiquec trempée / épée féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Conts épiques, Paris, Paul Ollendorf, 1885· numérisation poesies.net· Sources