Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Hespérus, 1872

V. L’Accomplissement

Catulle Mendès· distiques, alexandrins, 49 vers

Voyageur, je quittai‖ Francfort à l’improviste.Bien des fois, en wagon,‖ quand venait la nuit triste,Morose et las, le front‖ sur la vitre incliné,Il m’advint d’évoquer‖ le vieil illuminé ;Et, compagnons pensifs‖ des nocturnes voyages,Ses songes rappelés‖ se mêlaient aux nuages.Puis j’oubliai.

Trois mois plus tard, quand je revins,Il me restait de l’homme‖ et de ses propos vainsUn souvenir pâli‖ qui se brouille et s’efface.

Un matin, je rôdais‖ près de la Judengasse,Regardant les murs peints‖ et les balcons de bois ;A mon rêve, un instant,‖ se mêlèrent les voixDe deux hommes causant‖ sur le pas d’une porte.

Pressentiment furtif‖ ou caprice, n’importe,J’écoutai.

« L’aventure est vraie, et je la saisPour l’avoir lue hier‖ dans les journaux français, »Disait l’un.

Et voici ce que savait cet homme :

Près du pôle, au delà‖ des pays que l’on nomme,Dans un palais bâti‖ sur des blanches hauteurs,Seule, une femme, avec‖ deux ou trois serviteurs,Sans motif (le conteur‖ ajoutait par folie),Depuis trois ans s’était,‖ vivante, ensevelie.Et cette femme était‖ fille d’un roi du Nord.De sa paix différente‖ à peine de la mortElle sortit un soir,‖ ayant eu la penséeDe glisser en traîneau‖ sur la neige glacée.Promenade fatale.‖ Elle ne revint pas.Sans doute l’aquilon‖ qui fouette les frimasEt porte l’avalanche‖ éparse dans son aileLui fit un blanc linceul‖ de la neige éternelle.Mais nul ne fait parler‖ le vent sibérien,Et de l’histoire, en somme,‖ on ne connaissait rien,Sinon le jour précis‖ du départ de l’absente.C’était le seize avril‖ mille huit cent soixante.

Alors je me souvins‖ du nain et le cherchai.

Je ne vis que le trou‖ du hibou déniché,Et j’appris que, défunt‖ sans parents ni fortune,Il était enterré‖ dans la fosse commune.

Au cimetière, un homme,‖ un jardinier, je crois,Me guida, pour un peu‖ d’argent, vers une croix.Petite et de bois noir,‖ ainsi qu’il est coutumePour les gens qu’à ses frais‖ une paroisse inhume,Elle penchait, oblique,‖ entre quelques sapins.Incliné, j’y pus lire‖ en caractères peints :« Hespérus, » la peinture‖ étant encor récente,Et, plus bas, « seize avril‖ mille huit cent soixante ».

Versification

Forme
Distiques
Rimes
23((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a l’improviste / triste féminine, classiqueb incliné / illuminé masculine, classiquec voyages / nuages féminine, classiquea j’oubliai / revins / vains masculine, classiqueb s’efface / Judengasse féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquec porte / n’importe féminine, classiquea J’écoutai / sais / français masculine, classiquea l’un / homme / nomme féminine, classiqueb hauteurs / serviteurs masculine, classiquec folie / ensevelie féminine, classiqued Nord / mort masculine, classiquee pensée / glacée féminine, classiquef pas / frimas masculine, classiqueg aile / éternelle féminine, classiqueh sibérien / rien masculine, classiquei l’absente / soixante féminine, classiquea cherchai / déniché masculine, classiqueb fortune / commune féminine, équivalentea crois / croix masculine, classiqueb coutume / inhume féminine, classiquec sapins / peints masculine, classiqued récente / soixante féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, Bibliothèque Charpentier, 1892· numérisation poesies.net· Sources