Œuvres posthumes, 1900‑1910· Avant la commune
À madame marianne Michel
Mère, pourquoi frémir‖ quand je te dis mon rêve ?Le pêcheur endormi‖ voit en songe la grève ;Moi, je vois je ne sais‖ quel mirage lointainQui se mêle à l’aurore,‖ à la nuit, au matin.
Je suis toute en orage,‖ et rien ne m’inquiète.Oh ! non, ne frémis pas :‖ le laurier du poèteEst souvent un cyprès ;‖ mais les cyprès sont beaux,La vision rayonne‖ à travers leurs rameaux.
Et puis rien n’y ferait,‖ vois-tu, j’ai dans la tête,Dans l’âme, dans le cœur,‖ une immense tempête.Te souviens-tu qu’enfant,‖ j’entendis une voix,M’appeler dans la nuit‖ une première fois ?
Rêve de troubadour,‖ qui voit passer dans l’ombreLe mirage trompeur‖ des visions sans nombre,Peut-être ! Et, cependant,‖ une seconde fois,Ma croyance est ainsi,‖ j’entendrai cette voix !
Raffermis donc ton cœur,‖ ô mère, je t’en prie !Qu’importe la fortune‖ et qu’importe la vieÀ celui dont l’amour‖ est par delà les cieux,Dans l’immense infini‖ plein d’astres radieux.
Eh bien, oui, c’est folie‖ à la pauvre âme humaine,Luciole jetant‖ sa lueur incertaine,D’aimer les univers‖ répandus dans l’espace,Tandis que, sur la terre,‖ à peine elle a sa place.
Mais elle est faite ainsi‖ d’amour toujours avide,Voulant l’éternité,‖ dans sa course rapide.Pourquoi pleurer quand, seul,‖ à ce vaste infini,Pourrait le disputer,‖ mère, ton nom béni ?
Château de Vroncourt, 1867.
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(aabb)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a rêve / grève féminine, classiqueb lointain / matin masculine, classiquea m’inquiète / poète féminine, classiqueb beaux / rameaux masculine, classiquea tête / tempête féminine, classiqueb voix / fois masculine, classiquea l’ombre / nombre féminine, classiqueb fois / voix masculine, classiquea prie / vie féminine, classiqueb cieux / radieux masculine, classiquea humaine / incertaine féminine, classiqueb l’espace / place féminine, classiquea avide / rapide féminine, classiqueb infini / béni masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres posthumes, Alfortville, Librairie internationaliste, 1900-1910· numérisation Bibliothèque numérique romande· Sources