Œuvres posthumes, 1900‑1910· Avant la commune
Ouvriers de rouen
Le savons-nous bien tous ?‖ Tandis qu’en nos demeures,Nous laissons, en songeant,‖ passer sur nous les heures,Moi, tandis que j’écris,Et que d’autres s’en vont‖ dans les fêtes bruyantes,En France, près de nous,‖ sont des bouches mourantesDont nul n’entend les cris !
Ah ! nous sommes des fous‖ ou bien des misérables !Nous jetons aux prisons,‖ aux bourreaux, les coupables,Et nous disons : Horreur !Le bandit, il est vrai,‖ frappe au cœur sa victime,Mais nous laissons mourir.‖ – Il est plus magnanime,Faisant moins de douleur.
Et nous nous disons grands,‖ justes, bons et paisibles !Ah ! quand nous paraîtrons‖ aux assises terriblesDe la postérité,Ne disons point trop haut,‖ de peur des ombres pâlesDont il évoquerait‖ encor les derniers râles,Ce mot : Fraternité !
Oui ! depuis plus d’un an‖ compté par la souffrance,On mourait à Rouen,‖ n’ayant plus d’espérance,Quand nous l’avons appris !Nous ne le savions pas !‖ Et les plaintes des mèresEt des petits enfants,‖ dans les bises amèresPleuraient toutes les nuits !
Nous savons maintenant.‖ Ah ! point de cœurs vulgairesQui pèsent leur offrande !‖ il faut sauver nos frèresSans perdre un seul instant.Donnons sans balancer,‖ donnons jusqu’à nos âmes,Tous, qui que nous soyons,‖ hommes, enfants ou femmes ;On tue en hésitant !
Vite ! Tandis que nous‖ disons : « Il faut souscrire »La nuit, dans les chemins,‖ un pauvre enfant expire.Car nous le savons tous :Quand les pères n’ont plus‖ aucune nourriture,Les enfants, dans les champs,‖ s’en vont à l’aventure,Sur la pitié des loups.
Ils s’en vont, et la ville‖ est au loin effacée ;Ils ont peur ; les plus grands‖ prennent, l’âme glacée,Les petits par la main.Ils s’en vont, et sur eux‖ se répand la grande ombre ;Beaucoup ne souffrent plus,‖ hélas ! car le froid sombreÀ fait taire la faim !
Octobre 1865.
Versification
- Forme
- 7 sizains (sizains)
- Rimes
- 7(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (28 de 12, 14 de 6)· profil 6, 6−6
- Strophes
- 7 sizains
- Mots à la rime
- a demeures / heures féminine, classiqueb j’écris / cris masculine, classiquec bruyantes / mourantes féminine, classiquea misérables / coupables féminine, classiqueb Horreur / douleur masculine, classiquec victime / magnanime féminine, classiquea paisibles / terribles féminine, classiqueb postérité / Fraternité masculine, classiquec pâles / râles féminine, classiquea souffrance / d’espérance féminine, classiqueb appris / nuits masculine, classiquec mères / amères féminine, classiquea vulgaires / frères féminine, classiqueb instant / hésitant masculine, classiquec âmes / femmes féminine, classiquea souscrire / expire féminine, classiqueb tous / loups masculine, classiquec nourriture / l’aventure féminine, classiquea effacée / glacée féminine, classiqueb main / faim masculine, classiquec ombre / sombre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres posthumes, Alfortville, Librairie internationaliste, 1900-1910· numérisation Bibliothèque numérique romande· Sources