Œuvres, 1890· Poésie
L’Automne
À Rodolphe Darzens.
Le parc bien clos s’emplit‖ de paix et d’ombre lente :Un vent grave a soufflé‖ sur le naïf orgueilDu lys et la candeur‖ de la rose insolente ;Mais les arbres sont beaux‖ comme des rois en deuil.
Encore un soir ! Des voix‖ éparses dans l’automneParlent de calme espoir‖ et d’oubli ; l’on diraitQu’un verbe de pardon‖ mystérieux résonneParmi les rameaux d’or‖ de la riche forêt.
Au dehors, par delà‖ mon vespéral domaine,La terre a des parfums‖ puissants et ténébreux ;Dans les vignes, le vent‖ vibrant de joie humaineDisperse des clameurs‖ de vendangeurs heureux :
C’est l’altière saison‖ des grappes empourpréesDes splendeurs de jeunesse‖ éclatent dans les champs.Si j’allais me mêler‖ aux foules enivréesDe clairs raisins et si‖ j’allais chanter leurs chants ?
Je suis las à présent‖ de mes rêves stérilesQue j’ai gardés comme un‖ miraculeux trésor.Je hais comme l’amour‖ mes fiertés puérilesEt la rose de deuil‖ comme la rose d’or.
L’Ennui, rhythme dolent‖ de flûte surannée,L’Orgueil, vulgaire chœur‖ d’inutiles buccins,Ne vont-ils pas mourir‖ avec la vieille annéeDans le soir bourdonnant‖ de rires et d’essaims ?
D’invisibles clairons‖ dans l’Occident de cuivreM’appellent vers la vigne‖ et les impurs vergers ;Je veux aussi ma part‖ dans le péché de vivre ;Seigneur, conduisez-moi‖ parmi les étrangers !
Pourtant tu sais, ô cœur‖ épris de blond mystère,Qu’au pays triomphal‖ des treilles et des vinsVeille le dur regret‖ de la forêt austère :Tu pleurerais de honte‖ en leurs sentiers divins.
N’écoute pas le cri‖ lointain qui te réclame,Les conseils exhalés‖ dans la senteur des nuits.Tu sais que nul baiser‖ libérateur, mon âme,Ne rompt l’enchantement‖ de tes subtils ennuis.
Laisse les vendangeurs‖ en leurs mauvaises vignes,Tu ne t’enivres pas‖ des vins de leur pressoir :Contemple les lueurs‖ candides des grands cygnesGlissant royalement‖ sur les lacs bleus de soir.
Et dans le jardin pur‖ de floraisons charnellesRegarde croître l’ombre‖ avec sérénité,Tandis qu’au ciel, des mains‖ blanches et fraternellesFont dans le crépuscule‖ un geste de clarté.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a lente / insolente féminine, classiqueb orgueil / deuil masculine, classiquea l’automne / résonne féminine, classiqueb dirait / forêt masculine, classiquea domaine / humaine féminine, classiqueb ténébreux / heureux masculine, classiquea empourprées / enivrées féminine, classiqueb champs / chants masculine, classiquea stériles / puériles féminine, classiqueb trésor / d’or masculine, classiquea surannée / année féminine, classiqueb buccins / d’essaims masculine, classiquea cuivre / vivre féminine, classiqueb vergers / étrangers masculine, classiquea mystère / austère féminine, classiqueb vins / divins masculine, classiquea réclame / âme féminine, classiqueb nuits / ennuis masculine, classiquea vignes / cygnes féminine, classiqueb pressoir / soir masculine, classiquea charnelles / fraternelles féminine, classiqueb sérénité / clarté masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres, Paris, édition Lemerre, 1890· numérisation poesies.net· Sources