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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1801‑1815· Élégies· Livre second

Combat d’Homère et d’Hésiode

Charles Millevoye· strophes variées, alexandrins, 120 vers

C'était dans la Chalcide.‖ A ses festins funèbresGanictor, appelant‖ tous les chantres célèbres,Pleurait Amphidamas ;‖ et des jeux solennelsAchevaient d'apaiser‖ les mânes paternels.Trois fois la nuit sacrée‖ a fait place à l'aurore,Et le cirque poudreux‖ vient de s'ouvrir encore.Les lutteurs sont armés‖ de leurs cestes pesants ;L'huile coule à flots d'or‖ sur leurs membres luisants,Cependant que, jaloux‖ d'un glorieux salaire,Les chars ont déployé‖ leur course circulaire.

Mais les derniers rayons‖ du troisième soleilVont d'un combat plus noble‖ éclairer l'appareil :Nouveaux Automédons !‖ d'une main empresséeSur les essieux brûlants‖ jetez l'onde glacée ;Vers la crèche abondante‖ emmenez les coursiers,Et séchez vos sueurs‖ aux flammes des foyers.Que de ses longs efforts‖ l'athlète enfin respire.Et vous, peuple ! écoutez :‖ les maîtres de la lyre,Hésiode encor jeune,‖ Homère déjà vieux,Se disputent le prix‖ des chants harmonieux.Du laurier d'Hippocrène‖ une branche sacréeS'agite dans la main‖ du poëte d'Ascrée ;En ces mots il commence,‖ et ses nobles chansonsDe la lyre jamais‖ n'empruntèrent les sons.

« Sur le mont des neuf Sœurs‖ je portais la houlette,Elles vinrent un jour,‖ au milieu des troupeaux,Saluer le pasteur‖ du doux nom de poète ;Je visitai leur temple‖ et portai leurs bandeaux.

» Une nuit, je rêvai‖ que l'oiseau du tonnerre,Vers les bords du Mélès‖ se jouant avec moi,M'emportait aux confins‖ des cieux et de la terre,Et me disait : « La terre‖ et les cieux sont à toi. »

» Filles de Mnémosyne,‖ augustes immortelles,O Muses ! vous serez‖ mes dernières amours.Heureuse est la demeure‖ où reposent vos ailes !La palme et l'olivier‖ l'ombrageront toujours.

» Honneur au roi des dieux !‖ Autant le haut GargareSurpasse les rochers‖ enfoncés dans la mer ;Autant l'Olympe altier‖ surmonte le Tartare ;Autant parmi les dieux‖ domine Jupiter.

« Les Muses, vers le soir,‖ entrelaçant leur danse,Couronnent l'Hélicon‖ de leur groupe joyeux ;Ou, montant vers l'Olympe,‖ elles vont en cadenceSavourer le nectar‖ dans la coupe des dieux.

» Jupiter ne meurt point ;‖ le sang de l'hécatombeJamais ne rougira‖ le marbre de sa tombe ;Sur sa tombe jamais‖ les coursiers indomptésN'iront briser les chars‖ dans la lice emportés.

« Et nous, mortels promis‖ à l'empire des ombres,Nous verrons avant peu‖ le nocher des enfers,Et les dormantes eaux‖ du fleuve aux rives sombres,Qui seul de son tribut‖ n'enrichit point les mers.

» Au terme inévitable‖ à grands pas je m'avance :Des travaux et des jours tu chantas l’ordonnancePour moi, faible vieillard‖ que le temps a glacé,Les travaux sont finis‖ et les jours ont cessé.

» Fils du Mêlés ! la voix,‖ prodige d'harmonie,Est celle du vieux cygne‖ aux sons mélodieux ;L'Olympe est ton domaine,‖ et ton puissant géniePénètre librement‖ dans le conseil des dieux.Et toutefois., des maux‖ épuisant l'urne amère,Mendiant repoussé‖ de palais en palais,Tu maudiras la vie‖ et le jour où la mèreReçut l'embrassement‖ de l'amoureux Mêlés.

» Pontife d'Hélicon !‖ tes vers sont l'ambroisieQue la charmante Hébé‖ verse aux banquets du cielAux rives d'Olmius,‖ la docte PoésieA laissé sur la bouche‖ un rayon de son miel.Redoute cependant‖ les fêtes d'Ariane ;Crains l'amour, crains l'Eubée‖ et ses flots ennemis !Ta dernière heure est proche :‖ invoqué par Diane,Jupiter Néméen‖ aux Parques t'a promis. »Ils cessaient ; mais la foule‖ autour d'eux réunieSe plut à prolonger‖ ce combat d'harmonie.Homère alors chanta,‖ d'une sublime voix,Les peuples immolés‖ aux querelles des rois,La Discorde attelant‖ les coursiers de la guerre,L'Injure aux pieds d'airain‖ foulant au loin la terre,Et la Grèce, d'Achille‖ embrassant les genoux.Hésiode redit‖ sur un mode plus douxLe gai Printemps séchant‖ les larmes des Hyades ;Les sept filles d'Atlas,‖ les timides Pléiades,Sur le front du Taureau‖ s'élevant dans les airs ;Le Soleil en vainqueur‖ parcourant l'univers,Et les Mois, les Saisons,‖ dans leur marche ordonnée,Suivant à pas égaux‖ la route de l'année.Il rappelait à l'homme‖ instruit par ses leçonsLes jours chéris des dieux,‖ les soins dus aux moissons,Ils cessaient ; mais la foule‖ autour d'eux réunieSe plut à prolonger‖ ce combat d'harmonie.Homère alors chanta,‖ d'une sublime voix,Les peuples immolés‖ aux querelles des rois,La Discorde attelant‖ les coursiers de la guerre,L'Injure aux pieds d'airain‖ foulant au loin la terre,Et la Grèce, d'Achille‖ embrassant les genoux.Hésiode redit‖ sur un mode plus douxLe gai Printemps séchant‖ les larmes des Hyades ;Les sept filles d'Atlas,‖ les timides Pléiades,Sur le front du Taureau‖ s'élevant dans les airs ;Le Soleil en vainqueur‖ parcourant l'univers,Et les Mois, les Saisons,‖ dans leur marche ordonnée,Suivant à pas égaux‖ la route de l'année.Il rappelait à l'homme‖ instruit par ses leçonsLes jours chéris des dieux,‖ les soins dus aux moissons,Le prix du temps, les fruits‖ de l'austère sagesse,Et les dons renaissants‖ de la Bonne Déesse.

Ganictor, né timide,‖ et dans la paix nourri,Aux belliqueux accords‖ n'était point aguerri ;Il décerna la palme‖ aux hymnes pacifiques :Une noire brebis,‖ deux trépieds magnifiques,Du prêtre d'Apollon‖ payèrent les talents.Homère, un vain laurier‖ ceignit tes cheveux blancs !…Le vainqueur, aux regards‖ de la foule assemblée,Du sang de la brebis‖ dans le cirque immoléeApaise avant le temps‖ la Junon des enfers ;Et les riches trépieds‖ aux Muses sont offerts.Le vieillard se dérobe‖ aux louanges stériles.Un enfant de Samos‖ guide ses pas débiles ;Et tous deux, sans regrets‖ quittant ces bords ingrats,Vont chercher de » amis,‖ qu'ils ne trouveront pas.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
40[aa] 10[abab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a funèbres / célèbres féminine, classiqueb solennels / paternels masculine, classiquec l'aurore / encore féminine, classiqued pesants / luisants masculine, classiquee salaire / circulaire féminine, classiquea soleil / l'appareil masculine, classiqueb empressée / glacée féminine, classiquec coursiers / foyers masculine, classiqued respire / lyre féminine, classiquee vieux / harmonieux masculine, classiquef sacrée / d'Ascrée féminine, classiqueg chansons / sons masculine, classiquea houlette / poète féminine, classiqueb troupeaux / bandeaux masculine, classiquea tonnerre / terre féminine, classiqueb moi / toi masculine, classiquea immortelles / ailes féminine, classiqueb amours / toujours masculine, classiquea Gargare / Tartare féminine, classiqueb mer / Jupiter masculine, classiquea danse / cadence féminine, classiqueb joyeux / dieux masculine, classiquea l'hécatombe / tombe féminine, classiqueb indomptés / emportés masculine, classiquea ombres / sombres féminine, classiqueb enfers / mers masculine, classiquea m'avance / l’ordonnance féminine, classiqueb glacé / cessé masculine, classiquea d'harmonie / génie féminine, classiqueb mélodieux / dieux masculine, classiquec amère / mère féminine, classiqued palais / Mêlés masculine, classiquea l'ambroisie / Poésie féminine, équivalenteb ciel / miel masculine, classiquec d'Ariane / Diane féminine, classiqued ennemis / promis masculine, classiquee réunie / d'harmonie féminine, classiquef voix / rois masculine, classiqueg guerre / terre féminine, classiqueh genoux / doux masculine, classiquei Hyades / Pléiades féminine, classiquej airs / l'univers masculine, classiquek ordonnée / l'année féminine, classiquel leçons / moissons masculine, classiqueu sagesse / Déesse féminine, classiquea nourri / aguerri masculine, classiqueb pacifiques / magnifiques féminine, classiquec talents / blancs masculine, classiqued assemblée / immolée féminine, classiquee enfers / offerts masculine, classiquef stériles / débiles féminine, classiqueg ingrats / pas masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

120 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources