Poésies, 1801‑1815· Élégies· Livre second
La jeune épouse
Vierges filles des mers,‖ jeunes Océanides,Écartez le soleil‖ de vos grottes humides.
Les sons de la cithare‖ au bruit des coupes d'orS'unissent ; et déjà‖ la fille d'Elphedor,Naïs, vierge au front pur,‖ de roses couronnée,Rêveuse s'est assise‖ au banquet d'hyménée.Toutefois par moment,‖ son regard inquietMesurait le déclin‖ du jour qui s'enfuyait.
« La nuit vient, disait-elle,‖ et bientôt voici l'heureOù doit s'ouvrir pour moi‖ la nouvelle demeure.Doux seuil ! toit paternel !‖ Fleurs qu'arrosait ma main !Mes yeux, sans vous trouver,‖ vous chercheront demainMon père, et vous, mes sœurs,‖ à qui je fus si chère !Il faut nous séparer…‖ O ma mère, ma mère !L'inexorable hymen‖ va m'imposer sa loi,Le baiser du réveil‖ ne sera plus pour toi. »
Dans l'épaisseur des bois,‖ s'ouvrait l'enceinte agresteOù jadis la Pudeur‖ eut son autel modeste :Un sentier peu connu,‖ de mousse recouvert.Conduisait au parvis‖ de ce temple désert.Là, tandis que Vesper‖ cache encor son étoile,La virginale épouse,‖ abandonnant le voileDont le prêtre d'hymen‖ a paré ses cheveux,Vient à l'humble déesse‖ offrir ses derniers vœux.
Les yeux baissés, au temple‖ elle arrive en silence ;La tige d'un beau lis‖ dans sa main se balance.Sur l'autel, d'un lait pur‖ elle épanche les flots,Se prosterne, et sa voix‖ laisse échapper ces mots :« Sainte Pudeur, accepte‖ une dernière offrande.Tu ne me verras plus‖ enlacer ta guirlande,Couronner tes autels‖ de bandeaux et de fleurs ;Je ne puis désormais‖ te donner (pie des pleurs.
Arrosant de ses pleurs‖ le beau lis qu'elle effeuille,La fille d'Elphédor‖ un moment se recueille,Imprime sur l'autel‖ un baiser triste et doux,Et lentement retourne‖ au banquet de l'époux.L'époux distrait, cherchant‖ son épouse charmante,Oubliait et la fêle‖ et la coupe écumante.Il voit Naïs, et, l'œil‖ étincelant d'amour,Accuse de lenteur‖ le char brillant du jour.
C'en est fait : dérobée‖ aux larmes de sa mère,Naïs… O chaste Nuit !‖ redouble ton mystère.Tout est calme autour d'eux ;‖ tout dort ; on n'entend plusQue les soupirs mourants‖ et les vagues refus.Sainte Pudeur ! adieu :‖ de ton culte jalouse,Vénus, Vénus triomphe,‖ et la vierge est épouse,Et l'époux enflammé‖ tremble que le soleilNe remonte avant l'heure‖ à l'horizon vermeil.
Vierges filles des mers,‖ jeunes Océanides,Retenez le soleil‖ en vos grottes humides.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 25((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 distiquess, 2 distiques
- Mots à la rime
- a Océanides / humides féminine, classiquea d'or / d'Elphedor masculine, classiqueb couronnée / d'hyménée féminine, classiquec inquiet / s'enfuyait masculine, classiquea l'heure / demeure féminine, classiqueb main / demain masculine, classiquec chère / mère féminine, classiqued loi / toi masculine, classiquea agreste / modeste féminine, classiqueb recouvert / désert masculine, classiquec étoile / voile féminine, classiqued cheveux / vœux masculine, classiquea silence / balance féminine, classiqueb flots / mots masculine, classiquec offrande / guirlande féminine, classiqued fleurs / pleurs masculine, classiquea effeuille / recueille féminine, classiqueb doux / l'époux masculine, classiquec charmante / écumante féminine, classiqued d'amour / jour masculine, classiquea mère / mystère féminine, classiqueb plus / refus masculine, classiquec jalouse / épouse féminine, classiqued soleil / vermeil masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources