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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1801‑1815· Chants élégiaques

L’arabe au tombeau de son coursier

Charles Millevoye· distiques, décasyllabes, 52 vers

Ce noble ami,‖ plus léger que les vents,Il dort couché‖ sous les sables mouvants.

O voyageur !‖ partage ma tristesse ;Mêle tes cris‖ à mes cris superflus.Il est tombé,‖ le roi de la vitesse !L'air des combats‖ ne le réveille plus.Il est tombé‖ dans l'éclat de sa course :Le trait fatal‖ a tremblé sur son flanc,Et les flots noirs‖ de son généreux sangOnt altéré‖ le cristal de la source.

Ce noble ami,‖ plus léger que les vents,Il dort couché‖ sous les sables mouvants.

Du meurtrier‖ j'ai puni l'insolence ;Sa tête horrible‖ aussitôt a roulé :J'ai de son sang‖ abreuvé celte lance,Et sous mes pieds‖ je l'ai longtemps foulé.Puis, contemplant‖ mon coursier sans haleine,Morne et pensif,‖ je l'appelai trois fois ;En vain, hélas !‖… il fut sourd à ma voix ;Et j'élevai‖ sa tombe dans la plaine.

Ce noble ami,‖ plus léger que les vents,Il dort couché‖ sous les sables mouvants.

Depuis ce jour,‖ tourment de ma mémoire,Nul doux soleil‖ sur ma tète n'a lui :Mort au plaisir,‖ insensible à la gloire,Dans le désert‖ je traîne un long ennui.Cette Arabie,‖ autrefois tant aimée,N'est plus pour moi‖ qu'un immense tombeau ;On me voit fuir‖ le sentier du chameau,L'arbre d'encens‖ et la plaine embaumée.

Ce noble ami,‖ plus léger que les vents,Il dort couché‖ sous les sables mouvants.

Quand du midi‖ le rayon nous dévore,Il me guidait‖ vers l'arbre hospitalier ;A mes côtés‖ il combattait le More,Et sa poitrine‖ était mon bouclier.De mes travaux‖ compagnon intrépide,Fier, et debout‖ dès le réveil du jour,Au rendez-vous‖ et de guerre et d'amourTu m'emportais‖ comme l'éclair rapide.

Mais, noble ami,‖ plus léger que les vents,Tu dors couché‖ sous les sables mouvants.

Tu vis souvent‖ cette jeune Azéide,Trésor d'amour,‖ miracle de beauté ;Tu fus vanté‖ de sa bouche perfide ;Ton cou nerveux‖ de sa main fut flatté.Moins douce était‖ la timide gazelle ;Des verts palmiers‖ elle avait la fraîcheur…Un beau Persan‖ me déroba son cœur ;Elle partit !‖… Tu me restas fidèle.

Mais, noble ami,‖ plus léger que les vents,Tu dors couché‖ sous les sables mouvants.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
5{1(aa) 1(ababcddc)} 1(aa)
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Strophes
6 distiques, 5 huitains
Mots à la rime
a vents / mouvants masculine, classiquea tristesse / vitesse féminine, classiqueb superflus / plus masculine, classiquec course / source féminine, classiqued flanc / sang masculine, classiquea l'insolence / lance féminine, classiqueb roulé / foulé masculine, classiquec haleine / plaine féminine, classiqued fois / voix masculine, classiquea mémoire / gloire féminine, classiqueb lui / ennui masculine, classiquec aimée / embaumée féminine, classiqued tombeau / chameau masculine, classiquea dévore / More féminine, classiqueb hospitalier / bouclier masculine, classiquec intrépide / rapide féminine, classiqued jour / d'amour masculine, classiquea Azéide / perfide féminine, classiqueb beauté / flatté masculine, classiquec gazelle / fidèle féminine, classiqued fraîcheur / cœur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources