Poésies, 1801‑1815· Chants élégiaques
Le mancenillier
« Qu'il serait doux‖ le baiser de ta bouche,O Zarina !‖… Je l'aime, et je suis roi. »Ainsi parlait‖ le chef au cœur faroucheA Zarina‖ qui pâlissait d'effroi.
« Fier Nélusko !‖ Zarina te révère ;Mais Zéphaldi‖ lui seul est tout pour moi. »Jetant sur elle‖ un regard de colère,Il répéta :‖ « Je t'aime, et je suis roi. »
Puis affectant‖ un visage tranquille :« O Zarina !‖ ce soir je t'attendraiDans le bocage,‖ au couchant de notre île. »Et Zarina‖ répondit : « J'y serai. »
Il s'éloigna.‖ L'insulaire tremblanteAlla s'asseoir‖ sous le mancenillier,Et commença,‖ d'une voix faible et lente,Ce chant lugubre‖ et qui fut le dernier :
« Viens, Nélusko !‖ La feuille balancée» Frémit au loin‖ sous les vents en courroux.» Ta nuit d'amour‖ sera triste et glacée,» Et mon sommeil‖ sera paisible et doux.
» O charme pur !‖ ô voluptés nouvelles !» Esprit de l'air,‖ est-ce toi que j'entends ?» Viens-tu déjà‖ m'emporter sur tes ailes» Vers les bosquets‖ de l'éternel printemps ?
» Je t'ai gardé‖ le baiser de ma bouche,» Mon jeune ami !‖ viens te rejoindre à moi» Dans ce séjour‖ où le maître farouche» Ne dira plus :‖ Je t'aime, et je suis roi. »
Elle disait.‖ Déjà sur sa paupièreLe long sommeil‖ descendait lentement ;Lorsqu'à grands pas‖ traversant la bruyère,Soudain parut‖ Zéphaldi, son amant,
Il la cherchait.‖ O terreur ! sous l'ombrageA peine il vit‖ sa belle Zarina,Qu'il reconnut‖ le funeste feuillage,Et que d'horreur‖ tout son cœur frissonna.
Il la saisit‖ sous l'arbre solitaire,Et dans ses bras‖ l'emportant plein d'effroi :« O Zarina !‖ parle, qu'allais-tu faire ?— Me dérober‖ aux poursuites d'un roi. »
Le lendemain‖ la pierre accoutuméeAvait reçu‖ leur serment nuptial,Et l'humble toit‖ de la hutte enfuméeFaisait envie‖ au pavillon royal.
A leur passage‖ en tumulte on s'élance ;Et Zéphaldi‖ répétait en chemin :« J'ai la sagaie,‖ et la flèche, et la lance,Et tout rival‖ périra de ma main. »
Le roi présent‖ dévore la menace ;Son âme altière‖ est contrainte à fléchir :Tel un torrent‖ frémit, écume et passeAu pied d'un mont‖ qu'il ne saurait franchir.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a bouche / farouche féminine, classiqueb roi / d'effroi masculine, classiquea révère / colère féminine, classiqueb moi / roi masculine, classiquea tranquille / île féminine, classiqueb t'attendrai / serai masculine, classiquea tremblante / lente féminine, classiqueb mancenillier / dernier masculine, classiquea balancée / glacée féminine, classiqueb courroux / doux masculine, classiquea nouvelles / ailes féminine, classiqueb j'entends / printemps masculine, classiquea paupière / bruyère féminine, classiqueb lentement / amant masculine, classiquea l'ombrage / feuillage féminine, classiqueb Zarina / frissonna masculine, classiquea solitaire / faire féminine, classiqueb d'effroi / roi masculine, classiquea accoutumée / enfumée féminine, classiqueb nuptial / royal masculine, classiquea s'élance / lance féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea menace / passe féminine, classiqueb fléchir / franchir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources