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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1801‑1815· Ballades

L’orphelin

Charles Millevoye· 9 huitains, octosyllabes, 72 vers

Un tombeau inconnu, trouvé à Ermenonville, et la découverte d’un prétendu fils de Rousseau, ont attiré quelques instants l’attention. En rattachant l’une à l’autre ces deux circonstances, j’ai cherché à les rendre plus intéressantes.

Un printemps, dans Ermenonville,Près de la tombe où fut Rousseau,Vers le bord du lac immobileJ'aperçus un autre tombeau.Sur la pierre attachant ma vue,A l'ombre du vert peuplier,Je lus celte histoire inconnue,Que mon cœur ne peut oublier :

« Alors que du sein de sa mèreL'enfant de Rousseau fut ravi,Un billet, scellé par un père,De ces tristes mots fut suivi :« Sa naissance est infortunée ;» Ce billet doit la découvrir,» Le jour de sa vingtième année ;» Et puisse-t-on ne pas l'ouvrir ! »

» Afin d'échapper à lui-même,Rousseau cherche à tromper son cœurPar cet ingénieux blasphème,Il s'applaudit de sou erreur :« Enfant ! j'ai dû te méconnaître. »Ils sont nombreux, les fils ingrats !» Je t'épargne un crime peut-être» En te rejetant de mes bras.

» Tout ce que j'aimais m'abandonne ;» Toi-même aurais pu me trahir.» Pour prix du jour que je te donne,» Ils te diraient de me haïr.» Tu ne maudiras que ma cendre. »Et lorsque l'éternel sommeilSur sa paupière allait descendre,Il ne chercha que le soleil.

» Mais enfin du billet sinistreQuand le temps vint briser le sceau,Des autels le pieux ministreLut : « Émile, fils de Rousseau. »De son sort il fallut instruireL'orphelin, que depuis, dit-on,Jamais on ne revit sourire…Malheureux ! il savait son nom.

» De la demeure hospitalièreCardant le simple habit de lin,Il dit : « J'irai chercher mon père ;Trop longtemps je fus orphelin. »Et sous les peupliers paisiblesCherchant qui put l'abandonner,Sur ces dépouilles insensiblesIl pleura : c'était pardonner !

« Je l'entrevis, ce jeune Émile !Parcourant d'un pas inquietCelte solitude tranquille,Devant les hommes il fuyait.Une longue mélancolieConsuma lentement son cœur ;Souvent il relisait Julie,Souvent il la nommait sa sœur.

« Si la pervenche solitaireSe présentait sur son chemin,Il disait : « O fleur de mon père !» Viens reposer contre mon sein. »Se levant sitôt que dans l'ombreParaissait l'aube au front vermeil,Il répétait d'une voix sombre :« Et moi, j'aime aussi le soleil. »

« Un jour, plus matinal encore,Près de son père il vint s'asseoir :Tel il s'assit avant l'aurore,Tel on le retrouva le soir.Sur la tombe où dorment ses cendresOn lit ces mots presque effacés :« Arrêtez-vous ici, cœurs tendres !» Mortels indifférents, passez. »

Versification

Forme
9 huitains (huitains)
Rimes
9(ababcdcd)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
9 huitains
Mots à la rime
a Ermenonville / immobile féminine, classiqueb Rousseau / tombeau masculine, classiquec vue / inconnue féminine, classiqued peuplier / oublier masculine, classiquea mère / père féminine, classiqueb ravi / suivi masculine, classiquec infortunée / année féminine, classiqued découvrir / l'ouvrir masculine, classiquea lui-même / blasphème féminine, classiqueb cœur / erreur masculine, classiquec méconnaître / peut-être féminine, classiqued ingrats / bras masculine, classiquea m'abandonne / donne féminine, classiqueb trahir / haïr masculine, classiquec cendre / descendre féminine, classiqued sommeil / soleil masculine, classiquea sinistre / ministre féminine, classiqueb sceau / Rousseau masculine, classiquec instruire / sourire féminine, classiqued dit-on / nom masculine, classiquea hospitalière / père féminine, classiqueb lin / orphelin masculine, classiquec paisibles / insensibles féminine, classiqued l'abandonner / pardonner masculine, classiquea Émile / tranquille féminine, classiqueb inquiet / fuyait masculine, classiquec mélancolie / Julie féminine, classiqued cœur / sœur masculine, classiquea solitaire / père féminine, classiqueb chemin / sein masculine, classiquec l'ombre / sombre féminine, classiqued vermeil / soleil masculine, classiquea encore / l'aurore féminine, classiqueb s'asseoir / soir masculine, classiquec cendres / tendres féminine, classiqued effacés / passez masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de, PARIS, CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1865· numérisation Bibliothèque numérique de Lyon· Sources