Poésies diverses, 1672
A monsieur de la Mothe le Vayer
SUR LA MORT DE MONSIEUR SON FILS
Aux larmes, Le Vayer,‖ laisse les yeux ouverts ;Ton deuil est raisonnable,‖ encor qu'il soit extrême ;Et, lors que pour toujours‖ on perd ce que tu perds,La Sagesse, croy moy,‖ peut pleurer elle-mesme.
On se propose à tort‖ cent préceptes diversPour vouloir d'un œil sec‖ voir mourir ce qu'on ayme ;L'effort en est barbare‖ aux yeux de l'Univers,Et c'est brutalité‖ plus que vertu suprême.
On sçait bien que les pleurs‖ ne ramèneront pasCe cher Fils, que t'enlève‖ un impréveu trépas,Mais la perte par là‖ n'en est pas moins cruelle ;
Ses vertus d'un chacun‖ le faisoient révérer ;Il avoit le cœur grand,‖ l'esprit beau, l'âme belle,Et ce sont des sujets‖ à tousjours le pleurer.
Vous voyez bien, Monsieur, que je m’écarte fort du chemin qu’on suit d’ordinaire en pareille rencontre, et que le Sonnet que je vous envoyé, n’est rien moins qu’une consolation ; mais fay crû qu’il falloit en user de la sorte avec vous, et que c’est consoler un Philosophe que de luy justifier ses larmes et mettre sa douleur en liberté. Si je n’ay pas trouvé d’assez fortes raisons pour affranchir vostre tendresse des sévères leçons de la Philosophie et pour vous obliger à pleurer sans contrainte, il en faut accuser le peu d’éloquence d’un homme qui ne sçauroit persuader ce qu’il sçait si bien faire.
MOLIÈRE.
Versification
- Forme
- Sonnet classique (sonnet)
- Rimes
- abab abab ccd ede
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a ouverts / perds masculine, classiqueb extrême / elle-mesme féminine, classiquea divers / l'Univers masculine, classiqueb ayme / suprême féminine, classiquea pas / trépas masculine, classiqueb cruelle / belle féminine, classiquea révérer / pleurer masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
14 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres de Molière, Paris, ÉMILE TESTARD, ÉDITEUR, 1893· numérisation gallica.bnf.fr· Sources