Les hortensias bleus, 1896· IV Chambre obscure· Nénies
CLXI. « Le front pareil au front de Psyché de Capoue »
A Ghislaine de CARAMAN-CHIMAY.
Princesse en qui le ciel mit un esprit si doux.RACINE.
Le front pareil au front‖ de Psyché de CapouePurement étalait‖ son modelé serein ;Avec, autour, l'anneau‖ de nattes qui se noue,Sur le blanc du Paros‖ tressant un blond d'airain ;
Au point, que, sous le doigt‖ de l'ange noir qui tue,Et dont le geste glace,‖ et dont l'étreinte mord,On pensait voir, plutôt,‖ s'étendre une statue,Un marbre qui sommeille,‖ un albâtre qui dort.
Païenne par la forme‖ et sainte par la flamme ;Ange par le regard,‖ déesse par les yeux ;Minerve par le front,‖ et Maria par l'âme ;A demi de l'Olympe,‖ à moitié dans les cieux.
Le vol harmonieux‖ des mains spirituellesQui faisaient résonner‖ l'âme des clavecins,Sous tes gestes raidis,‖ garderont, virtuelles,Les chansons, dans leurs doigts,‖ encloses par essaims.
Hélas ! c'en est donc fait‖ des extases divinesQue versait le doigté‖ mélodique et subtilDes phalanges, aussi‖ candides, aussi finesQue des lys dont le rythme‖ eût été le pistil.
Mais non ; l'œil de l'esprit‖ qui vite se dessilleTe voit remplir aux cieux‖ un office pareil,Où tu vas alterner‖ avec Sainte CécileSur le clavier divin‖ des rayons du soleil !
Tu me pardonneras‖ peut-être ma faiblesseToi qui, dans ce vil monde,‖ étais la pureté,En jugeant ce que m'a‖ conféré de noblesseLa compréhension‖ de toute ta clarté.
Tu fus Celle qui passe,‖ incorruptible et pure,Parmi le groupe affreux‖ des laideurs d'ici-bas,Que ta candeur voilait‖ comme d'une guipure ;Et qui, ne faisant pas‖ le mal, n'y croyait pas.
C'est ainsi qu'observant‖ ta mort qui m'intimide,Et qui pèse d'en haut‖ notre fragilité,J'ai senti sur mon front,‖ de ton regard humide,S'épandre encor l'absoute‖ et couler la bonté.
Un mot encor pour toi,‖ Muse à la fois et Sainte,Que de tes cheveux blonds‖ je revois toujours ceinteSous ton profil de vierge,‖ et ton air étoiléQue pas un seul oubli,‖ dans nos cœurs, n'a voilé.
Diadème natté‖ de tes deux nobles tressesQu'on aimait contempler‖ dans les jours de détresses,Ébauchant ici-bas‖ l'auréole d'or purDont ton front aujourd'hui‖ se nimbe, dans l'azur,
Pour ta candeur, gardée‖ au milieu de nos fanges,Par-dessus les berceaux‖ de tes fils, et leurs langes :Prorogée au delà‖ de la maternité,Et rapportée entière‖ à ton éternité.
Elle n'eût pas aimé‖ vous voir sans fin morose :Elle n'eût pas voulu‖ nous voir toujours pleurer ;Elle savait que c'est‖ le devoir d'une roseD'être rose ; et la loi‖ d'un astre, d'éclairer.
Comme elle connaissait‖ que le regret empireLa vie, assez déjà‖ triste sans qu'il advint ;Je crois qu'elle eut rêvé‖ que d'Elle on se souvîntAinsi que d'une fleur‖ cueillie, et qu'on respire.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abab) 3(aabb) 1(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a Capoue / noue féminine, classiqueb serein / d'airain masculine, classiquea tue / statue féminine, classiqueb mord / dort masculine, classiquea flamme / l'âme féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquea spirituelles / virtuelles féminine, classiqueb clavecins / essaims masculine, classiquea divines / fines féminine, classiqueb subtil / pistil masculine, classiquea dessille / Cécile féminine, classiqueb pareil / soleil masculine, classiquea faiblesse / noblesse féminine, classiqueb pureté / clarté masculine, classiquea pure / guipure féminine, classiqueb d'ici-bas / pas masculine, classiquea m'intimide / humide féminine, classiqueb fragilité / bonté masculine, classiquea Sainte / ceinte féminine, classiqueb étoilé / voilé masculine, classiquea tresses / détresses féminine, classiqueb pur / l'azur masculine, classiquea fanges / langes féminine, classiqueb maternité / éternité masculine, classiquea morose / rose féminine, classiqueb pleurer / d'éclairer masculine, classiquea empire / respire féminine, classiqueb advint / souvînt masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0
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56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, Bibliothèque nationale de France, 1906· numérisation gallica.bnf.fr· Sources