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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Cantilènes, 1886· Histoires merveilleuses

Mélusine

Jean Moréas· quatrains, vers de 9, 11 et 8 syllabes, 97 vers

I

Raimondin chevauche‖ et son cheval l'emporte,Les rênes au col,‖ à travers les futaies.Le vent berce sur l'eau‖ l'ombre des futaies ;Sur l'eau la lune est‖ blanche comme une morte.

Moins blanc sur l'eau le clair‖ de la lune flotte,Moins blanc que le visage‖ dolent du comte.Bien dolent, bien dolent‖ est le cœur du comte.Dans la futaie et‖ sur l'eau le vent soufflotte :

« les unes, sous les hauts hennins,L'œil à mainte feintise idoine,Aux traînes que portent des nainsPar les escaliers de sardoine ;

D'autres, dont la grâce floritComme une branche neuve, et toutes ;Et la pucelle qui souritAu chevalier vainqueur des joutes :

Festins mentis aux affamés,Promise nef qui soudain cule,Leurres de fleuves tôt humésDans la hagarde canicule…

Indicible, et le front vêtuDe pierres gemmes en guirlande,Par quel géant gardée es-tuAux grottes de Nortoberlande,

La prime et l'ultime, et pennonOù l'aure des promesses joue,Et molette de bon renomBrochant le désir qui s'ébroue ! »

Le vent berce sur l'eau‖ l'ombre du bouleau,Le vent berce la blanche‖ lune sur l'eau.De la futaie une‖ gente dame sort,Très doucement elle‖ chante un très doux chant ;Le comte a le cœur‖ abusé du doux chant,Le comte ne sait‖ pas s'il veille ou s'il dort :

« les papemors‖ dans l'air violetVont, et blonds et‖ blancs comme du lait.Blonde suis, blanche‖ comme du lait,En gone de‖ velours violet.

Les diaspes et‖ les caldoniesDardent sur mes tresses‖ infinies.Mes pers yeux, mirances‖ infinies,Fanent diaspes‖ et caldonies.

Feuilles et pétales‖ parfumés,Montent, montent les rosiers ramés.Ainsi que fleurs‖ aux rosiers ramés,A mon buste mes seins parfumés.

Des citoles avec des saltèresFrémissent aux soirs‖ des périptères.Ma parole aux soirs‖ des périptèresFait taire citoles‖ et saltères :

Targe sur les‖ dangers ennemisEt bel-accueil‖ « ceux-là sont promis,Sire comte, à votre‖ vœu promisPlus haut que les‖ pensers ennemis. »

II

Le vent souffle, souffle‖ à travers la boulaie,Le cheval porte Raimondin, à sa guise.Sans qu'il lui tire la bride ou le conduise,Le cheval galope‖ à travers la boulaie.

Le comte est pâle comme‖ un mort sous le heaume,Sous le haubert dur‖ son cœur garde une plaie.Le vent souffle, souffle‖ à travers la boulaie.Elle frissonne au vent,‖ l'aigrette du heaume :

« Sur le haut lit par‖ l'évêque bénit, et fleuriD'écarlates tentures‖ de Constantinople,— Le si doux chant chantait juste, — la dame a guériMon cœur, de sa main, ambre‖ de Constantinople,De ses clairs yeux, écus‖ d'or et de sinople.

Sur l'oreiller par‖ l'évêque bénit, tout brodéD'oisillons volants, sous‖ les lambrequins en dôme,— Le si doux chant chantait juste, — mon rêve a goûtéParmi la pompe de‖ sa chevelure en dôme,Le sûr fruit de son corps,‖ magistère et baume.

Las ! Las ! Trop tard, trop‖ tôt la male-bouche parla ;Le mal-souci parla‖ de forfait et de rite.Mon dieu, se pourrait‖-il, oh ! Se pourrait-il celaHideux simulacre et‖ démoniaque rite,Sur la couette par l'évêque bénite ! »

Le vent berce sur l'eau‖ l'ombre du bouleau.De la futaie un triste,‖ triste chant monte.Le vent berce la blanche‖ lune sur l'eau.Il ne sait pas s'il‖ veille ou s'il dort, le comte.

« Spectre clément‖ à la vie, et commeDe se voir réel‖ il avait peur ;Ah ! Grand'peur il‖ avait du labeurOpiniâtre‖ et failli de l'homme.

L'anacampsérote‖ au suc vermeilEst éclose : au cœur‖ las panacée ;Au flux de son aile‖ cadencéeL'Iynge berce‖ l'amer sommeil.

Mais le jaloux,‖ dont la voix incite,S'essore des marges‖ du misselEt dit : qu'il nous faut‖ rompre le scelDe l'incantation illicite.

Alors c'est la chute‖ et le confinDu fier palais‖ qu'abritait la nue ;Et voici qu'Entélékhia nueRampe en le jour‖ vertical et vain. »

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
8(abba) 11(abab) 1(aabccb) 3(ababb)
Mètre
Vers de 9, 11 et 8 syllabes (36 de 9, 29 de 11, 20 de 8, 6 de 12, 6 de 13)· profil 8, 4÷5, 5÷6, 6÷6, 5÷8
Strophes
19 quatrains, 3 quintils, 1 sizain
Mots à la rime
a l'emporte / morte féminine, classiqueb futaies féminine, classiquea flotte / soufflotte féminine, classiqueb comte féminine, classiquea hennins / nains masculine, classiqueb idoine / sardoine féminine, classiquea florit / sourit masculine, classiqueb toutes / joutes féminine, classiquea affamés / humés masculine, classiqueb cule / canicule féminine, classiquea vêtu / es-tu masculine, classiqueb guirlande / Nortoberlande féminine, classiquea pennon / renom masculine, classiqueb joue / s'ébroue féminine, classiquea bouleau / l'eau masculine, classiqueb sort / dort masculine, classiquec chant masculine, classiquea violet / lait masculine, classiqueb lait / violet masculine, classiquea caldonies / infinies féminine, classiqueb infinies / caldonies féminine, classiquea parfumés / ramés masculine, classiqueb ramés / parfumés masculine, classiquea saltères / périptères féminine, classiqueb périptères / saltères féminine, classiquea ennemis / promis masculine, classiqueb promis / ennemis masculine, classiquea boulaie féminine, classiqueb guise / conduise féminine, classiquea heaume féminine, classiqueb plaie / boulaie féminine, classiquea fleuri / guéri masculine, classiqueb Constantinople / sinople féminine, classiquea brodé / goûté masculine, classiqueb dôme / baume féminine, classiquea parla / cela masculine, classiqueb rite / bénite féminine, classiqueb monte / comte féminine, classiquea comme / l'homme féminine, classiqueb peur / labeur masculine, classiquea vermeil / sommeil masculine, classiqueb panacée / cadencée féminine, classiquea incite / illicite féminine, classiqueb missel / scel masculine, classiquea confin / vain masculine, classiqueb nue féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 3.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

97 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Cantilènes, Paris, LÉON VANIER, ÉDITEUR DES MODERNES, 1886· numérisation poesies.net· Sources