Les Nuits d’hiver, 1861
Les corbeaux
Le jour tardif blanchit à peine,La silhouette des coteauxDans l'ombre encore est incertaine,La vapeur qui monte des eauxRampe en brouillard blanc sur la plaineOù vont descendre les corbeaux.
De loin, bien avant qu'il paraisse,Leur vol, que l'on entend venir,Selon le vent monte ou s'abaisse ;Rien ne pourra les faire enfuir,Car ils sont affamés sans cesse :Tout leur est bon pour se nourrir.
Attirés par l'odeur malsaine,Sur les carcasses d'animauxOn les voit tomber par centaineEt dès qu'ils ont blanchi les os,Ils abandonnent leur aubaineAu tourbillon des étourneaux.
L'hiver, par la neige affamée,Leur voracité s'enhardit,Et dans la basse-cour ferméeLa troupe noire entre, à midi,Fouillant du bec dans la buéeQui sort du fumier attiédi.
Sans étudier la scienceDans le grand messager boiteux,Ils savent quand on ensemence,Et, suivant le pas lourd des bœufs,Pillent la future abondanceDans les sillons ouverts par eux.
Ils sont plus défiants qu'en guerreUn avant-poste de soldats ;Le plus fin chasseur de la terreDe près ne les approche pas,Et de loin ne les atteint guère :Ils flairent la poudre à cent pas.
1856
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(ababab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a peine / incertaine / plaine féminine, classiqueb coteaux / eaux / corbeaux masculine, classiquea paraisse / s'abaisse / cesse féminine, classiqueb venir / enfuir / nourrir masculine, classiquea malsaine / centaine / aubaine féminine, classiqueb d'animaux / os / étourneaux masculine, classiquea affamée / fermée / buée féminine, classiqueb s'enhardit / midi / attiédi masculine, classiquea science / ensemence / abondance féminine, classiqueb boiteux / bœufs / eux masculine, classiquea guerre / terre / guère féminine, classiqueb soldats / pas masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Nuits d’hiver, M. Levy,Paris, 1868· numérisation FRANTEXT· Sources