Les Nuits d’hiver, 1861
Marguerite
Elle s'appelait Marguerite,Et comme celle à qui jadisFaust allait offrir l'eau bénite,On l'attendait au paradis.
C'était une humble et douce filleAimant son père et craignant DieuDans plus d'une pauvre familleOn l'appelait l'ange du lieu.
Comme l'aurore matinaleFraîche comme elle, s'éveillantDans son alcôve virginale,Elle s'habillait en priant.
Pour unique et simple toilette,Sans riche atour et sans miroir,Elle ramenait sur sa tête,En bandeaux plats, ses cheveux noirs.
Puis comme elle avait fait la veille,Au joug du labeur se mettant,Cigale en même temps qu'abeille,Elle travaillait en chantant.
Mais le vieux refrain de romanceQu'un vieux poëte avait chantéTraversait dans son innocence,Sans troubler sa limpidité.
Jusque vers sa quinzième annéeHeureuse, elle vécut ainsi.Qui donc peut l'avoir entraînéeDans le chemin où la voici ?
Maintenant elle est descendueAux bas lieux de l'impureté ;Son alcôve ouvre sur la rue,Et son nom est numéroté.
Elle parle un langage étrange,Met du carmin sale, et du blancÀ son front pur que son bon angeN'osait effleurer qu'en tremblant.
Elle s'appelait Marguerite,Et comme celle à qui jadisFaust allait offrir l'eau bénite,On l'attendait au paradis.
1842
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a Marguerite / bénite féminine, classiqueb jadis / paradis masculine, classiquea fille / famille féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquea matinale / virginale féminine, classiqueb s'éveillant / priant masculine, classiquea toilette / tête féminine, classiqueb miroir / noirs masculine, non classiquea veille / qu'abeille féminine, classiqueb mettant / chantant masculine, classiquea romance / innocence féminine, classiqueb chanté / limpidité masculine, classiquea année / entraînée féminine, classiqueb ainsi / voici masculine, classiquea descendue / rue féminine, classiqueb l'impureté / numéroté masculine, classiquea étrange / ange féminine, classiqueb blanc / tremblant masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Nuits d’hiver, M. Levy,Paris, 1868· numérisation FRANTEXT· Sources