Poésies nouvelles, 1852
A Alf. de Musset
RÉPONSE DE M. SAINTE-BEUVE
Il n'est pas mort, ami,‖ ce poëte, en mon âme ;Il n'est pas mort, ami,‖ tu le dis, je le crois.Il ne dort pas, il veille,‖ étincelle sans flamme ;La flamme, je l'étouffe,‖ et je retiens ma voix.
Que dire et que chanter,‖ quand la plage est déserte,Quand les flots des jours pleins‖ sont déjà retirés,Quand l'écume flétrie‖ et partout l'algue verteCouvrent au loin les bords‖ au matin si sacrés !
Que dire des soupirs‖ que la jeunesse enfuieRenvoie à tous instants‖ à ce cœur non soumis ?Que dire des banquets‖ où s'égaya la vie,Et des premiers plaisirs,‖ et des premiers amis ?
L'amour vint sérieux‖ pour moi dans son ivresse.Sous les fleurs lu chantais,‖ raillant ses dons jaloux.Enfin, un jour lu crus !‖ moi, j'y croyais sans cesse…Sept ans entiers, sept ans !‖… Alfred, y croyons-nous ?
L'une, ardente, vous prend‖ dans sa soif, et vous jetteComme un fruit qu'on méprise‖ après l'avoir séché.L'autre, tendre et croyante,‖ un jour devient muette,Et pleure, et dit que l'astre‖ en son ciel s'est couché !
Le mal qu'on savait moins‖ se révèle à toute heure,Inhérent à la terre,‖ irréparable et lent.On croyait tout changer,‖ il faut que tout demeure.Bailler, maudire alors,‖ amer et violent,
A quoi bon ? — Trop sentir,‖ c'est bien souvent se faire,C'est refuser du chant‖ l'aimable guérison,C'est vouloir dans son cœur‖ tout son deuil volontaire,C'est enchaîner sa lampe‖ aux murs de sa prison !
Mais cependant, ami,‖ si ton luth qui me tente,Si ta voix d'autrefois‖ se remet à briller ;Si ton frais souvenir‖ dans la course bruyante,Ton cor de gai chasseur‖ me revient appeler ;
Si de toi quelque accent‖ léger, pourtant : sensible,Comme aujourd'hui m'apporte‖ un écho du passé,S'il revient éveiller,‖ à ce cœur accessible,Ce qu'il cache dans l'ombre‖ et qu'il n'a pas laissé,
Soudain ma voix renaît,‖ mon soupir chante encore,Mon pleur, comme au matin,‖ s'échappe harmonieux,Et, tout parlant d'ennuis‖ qu'il vaut mieux qu'on dévore,Le désir me reprend‖ de les conter aux cieux.
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a âme / flamme féminine, classiqueb crois / voix masculine, classiquea déserte / verte féminine, classiqueb retirés / sacrés masculine, classiquea enfuie / vie féminine, classiqueb soumis / amis masculine, classiquea ivresse / cesse féminine, classiqueb jaloux / croyons-nous masculine, classiquea jette / muette féminine, classiqueb séché / couché masculine, classiquea heure / demeure féminine, classiqueb lent / violent masculine, classiquea faire / volontaire féminine, classiqueb guérison / prison masculine, classiquea tente / bruyante féminine, classiqueb briller / appeler masculine, classiquea sensible / accessible féminine, classiqueb passé / laissé masculine, classiquea encore / dévore féminine, classiqueb harmonieux / cieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies nouvelles, Paris, Texte établi par Maurice Allem, Paris, Garnier Frères, 1967, publié par les éditions Classiques Garnier, 1967· numérisation Enclitt· Sources