Poésies nouvelles, 1852
Rolla
I
Regrettez-vous le temps‖ où le ciel sur la terreMarchait et respirait‖ dans un peuple de dieux ?Où Vénus Astarté,‖ fille de l'onde amère,Secouait, vierge encor,‖ les larmes de sa mère,Et fécondait le monde‖ en tordant ses cheveux ?Regrettez-vous le temps‖ où les Nymphes lascivesOndoyaient au soleil‖ parmi les fleurs des eaux,Et d'un éclat de rire‖ agaçaient sur les rivesLes Faunes indolents‖ couchés dans les roseaux ?Où les sources tremblaient‖ des baisers de Narcisse ?Où, du nord au midi,‖ sur la créationHercule promenait‖ l'éternelle justiceSous son manteau sanglant,‖ taillé dans un lion ?Où les Sylvains moqueurs,‖ dans l'écorce des chênes,Avec les rameaux verts‖ se balançaient au vent,Et sifflaient dans l'écho‖ la chanson du passant ?Où tout était divin,‖ jusqu'aux douleurs humaines,Où le monde adorait‖ ce qu'il tue aujourd'hui,Où quatre mille dieux‖ n'avaient pas un athée,Où tout était heureux,‖ excepté Prométhée,Frère aîné de Satan,‖ qui tomba comme lui ?— Et quand tout fut changé,‖ le ciel, la terre et l'homme,Quand le berceau du monde‖ en devint le cercueil,Quand l'ouragan du Nord‖ sur les débris de RomeDe sa sombre avalanche‖ étendit le linceul —
Regrettez-vous le temps‖ où d'un siècle barbareNaquit un siècle d'or,‖ plus fertile et plus beau ?Où le vieil univers‖ fendit avec LazareDe son front rajeuni‖ la pierre du tombeau ?Regrettez-vous le temps‖ où nos vieilles romancesOuvraient leurs ailes d'or‖ vers leur monde enchanté ?Où tous nos monuments‖ et toutes nos croyancesPortaient le manteau blanc‖ de leur virginité ?Où, sous la main du Christ,‖ tout venait de renaître ?Où le palais du prince,‖ et la maison du prêtre,Portant la même croix‖ sur leur front radieux,Sortaient de la montagne‖ eu regardant les cieux ?Où Cologne et Strasbourg,‖ Notre-Dame et Saint-Pierre,S'agenouillant au loin‖ dans leurs robes de pierre,Sur l'orgue universel‖ des peuples prosternésEntonnaient l'hosanna‖ des siècles nouveau-nés ?Le temps où se faisait‖ tout ce qu'a dit l'histoire ;Où sur les saints autels‖ les crucifix d'ivoireOuvraient des bras sans tache,‖ et blancs comme le lait ;Où la Vie était jeune,‖ — où la Mort espérait ?
O Christ ! je ne suis pas‖ de ceux que la prièreDans tes temples muets‖ amène à pas tremblants ;Je ne suis pas de ceux‖ qui vont à ton Calvaire,En se frappant le cœur,‖ baiser les pieds sanglants ;Et je reste debout‖ sous tes sacrés portiques,Quand ton peuple fidèle,‖ autour des noirs arceaux,Se courbe en murmurant‖ sous le vent des cantiques,Comme au souffle du nord‖ un peuple de roseaux.Je ne crois pas, ô Christ !‖ à la parole sainte :Je suis venu trop tard‖ dans on monde trop vieux.D'un siècle sans espoir‖ naît un siècle sans crainte ;Les comètes du nôtre‖ ont dépeuplé les cieux.Maintenant le hasard‖ promène au sein des ombresDe leurs illusions‖ les mondes réveillés ;L'esprit des temps passés,‖ errant sur leurs décombres,Jette au gouffre éternel‖ tes anges mutilés.Les clous du Golgotha‖ te soutiennent à peine ;Sous ton divin tombeau‖ le sol s'est dérobé :Ta gloire est morte, ô Christ !‖ et sur nos croix d'ébèneTon cadavre céleste‖ en poussière est tombé !
Eh bien ! qu'il soit permis‖ d'en baiser la poussière.Au moins crédule enfant‖ de ce siècle sans foi,Et de pleurer, ô Christ !‖ sur cette froide terreQui vivait de ta mort,‖ et qui mourra sans toi !Oh ! maintenant, mon Dieu,‖ qui lui rendra la vie ?Du plus pur de ton sang‖ tu l'avais rajeunie,Jésus ! ce que lu fis,‖ qui jamais le fera ?Nous, vieillards nés d'hier,‖ qui nous rajeunira ?
Nous sommes aussi vieux‖ qu'au jour de ta naissance.Nous attendons autant,‖ nous avons plus perdu.Plus livide et plus froid,‖ dans son cercueil immensePour la seconde fois‖ Lazare est étendu.Où donc est le Sauveur,‖ pour entr'ouvrir nos tombes ?Où donc le vieux saint Paul,‖ haranguant les Romains,Suspendant tout un peuple‖ à ses haillons divins ?Où donc est le Cénacle,‖ où donc les Catacombes ?Avec qui marche donc‖ l'auréole de feu ?Sur quels pieds tombez-vous,‖ parfums de Madelaine ?Où donc vibre dans l'air‖ une voix pins qu'humaine ?Qui de nous, qui de nous‖ va devenir un Dieu ?La Terre est aussi vieille,‖ aussi dégénérée,Elle branle une fête‖ aussi désespérée,Que lorsque Jean parut‖ sur le sable des mers,Et que la moribonde,‖ à sa parole sainte,Tressaillant tout à coup‖ comme une femme enceinte,Sentit bondir en elle‖ un nouvel univers.Les jours sont revenus‖ de Claude et de Tibère ;Tout ici, comme alors,‖ est mort avec le temps,Et Saturne est au bout‖ du sang de ses enfants ;Mais l'espérance humaine‖ est tasse d'être mère,Et, le sein tout meurtri‖ d'avoir tant allaité,Elle fait Son repos‖ de sa stérilité.
II
De tous les débauchés‖ de la ville du mondeOù le libertinage‖ est à meilleur marché,De la plus vieille en vice,‖ et de la plus féconde,Je veux dire Paris,‖ — le plus grand débauchéÉtait Jacques Rolla ;‖ — jamais dans les tavernes,Sous les rayons tremblants‖ des blafardes lanternes,Plus indocile enfant‖ ne s'était accoudéSur une table chaude,‖ ou sur un coup de dé.Ce n'était pas Rolla‖ qui gouvernait sa vie,C'étaient ses passions ;‖ — il les laissait allerComme un pâtre assoupi‖ regarde l'eau couler.Elles vivaient ; — son corps‖ était l'hôtellerieOù s'étaient attablés‖ ces pâles voyageurs ;Tantôt pour y briser‖ les lits et les murailles,Pour s'y chercher dans l'ombre,‖ et s'ouvrir les entraillesComme des cerfs en rut‖ et des gladiateurs ;Tantôt pour y chanter‖ en s'enivrant ensemble,Comme de gais oiseaux‖ qu'un coup de vent rassemble,Et qui, pour vingt amours,‖ n'ont qu'un arbuste en fleursLe père de Rolla,‖ gentillâtre imbécile,L'avait fait élever‖ comme un riche héritier.Sans songer que lui-même,‖ à sa petite ville,Il avait de son bien‖ mangé plus de moitié.En sorte que Rolla,‖ par un beau soir d'automne,Se vit à dix-neuf ans‖ maître de sa personne, —Et n'ayant dans la main‖ ni talent ni métier.Il eût trouvé d'ailleurs‖ tout travail impossible ;Un gagne-pain quelconque,‖ un métier de valet,Soulevait sur sa lèvre‖ un rire inextinguible.Ainsi, mordant à même‖ au peu qu'il possédait,Il resta grand seigneur,‖ tel que Dieu l'avait fait.
Hercule, fatigué‖ de sa tâche éternelle,S'assit un jour, dit-on,‖ entre un double chemin.Il vit la Volupté‖ qui lui tendait la main :Il suivit la Vertu,‖ qui lui sembla plus belle.Aujourd'hui rien n'est beau,‖ ni le mal ni le bien.Ce n'est pas notre temps‖ qui s'arrête et qui doute ;Les siècles, en passant,‖ ont fait leur grande routeEntre les deux sentiers,‖ dont il ne reste rien.
Rolla fit à vingt ans‖ ce qu'avaient fait ses pères.Ce qu'on voit aux abords‖ d'une grande cité,Ce sont des abattoirs,‖ des murs, des cimetières ;C'est ainsi qu'en entrant‖ dans la société,On trouve ses égouts. — La virginité sainteS'y cache à tous les yeux‖ sous une triple enceinte ;On voile la pudeur,‖ mais la corruptionY baise en plein soleil‖ la prostitution.Les hommes dans leur sein‖ n'accueillent leur semblable,Que lorsqu'il a trempé‖ dans le fleuve fangeuxL'acier chaste et brûlant‖ du glaive redoutableQu'il a reçu du ciel‖ pour se défendre d'eux.
Jacque était grand, loyal,‖ intrépide et superbe.L'habitude, qui fait‖ de la vie un proverbe,Lui donnait la nausée.‖ — Heureux ou malheureux,Il ne fit rien comme elle,‖ et garda pour ses dieuxL'audace et la fierté,‖ qui sont ses sœurs aînées.
Il prit trois bourses d'or,‖ et, durant trois années,Il vécut au soleil‖ sans se douter des lois ;Et jamais fils d'Adam,‖ sous la sainte lumière,N'a, de l'est au couchant,‖ promené sur la terreUn plus large mépris‖ des peuples et des rois.
Seul, il marchait tout nu‖ dans cette mascaradeQu'on appelle la vie,‖ en y parlant tout haut.Tel que la robe d'or‖ du jeune Alcibiade,Son orgueil indolent,‖ du palais au ruisseau,Traînait derrière lui‖ comme un royal manteau.
Ce n'était pour personne‖ un objet de mystèreQu'il eût trois ans à vivre,‖ et qu'il mangeât sou bien.Le monde souriait‖ en le regardant faire,Et lui, qui le faisait,‖ disait à l'ordinaireQu'il se ferait sauter‖ quand il n'aurait plus rien.
C'était un noble cœur,‖ naïf comme l'enfance,Bon comme la pitié,‖ grand comme l'espérance.Il ne voulut jamais‖ croire à sa pauvreté.L'armure qu'il portait‖ n'allait pas à sa taille ;Elle était bonne au plus‖ pour un jour de bataille,Et ce jour-là fut court‖ comme une nuit d'été.
Lorsque dans le désert‖ la cavale sauvage,Après trois jours de marche,‖ attend un jour d'orage,Pour boire l'eau du ciel‖ sur ses palmiers poudreux ;Le soleil est de plomb,‖ les palmiers en silenceSous leur ciel embrasé‖ penchent leurs longs cheveux ;Elle cherche son puits‖ dans le désert immense,Le soleil l'a séché ;‖ sur le rocher brûlantLes lions hérissés‖ dorment en grommelant.Elle se sent fléchir ;‖ ses narines qui saignentS'enfoncent dans le sable,‖ et le sable altéréVient boire avidement‖ son sang décoloré.Alors elle se couche,‖ et ses grands yeux s'éteignent,Et le pâle désert‖ roule sur son enfantLes flots silencieux‖ de son linceul mouvant.
Elle ne savait pas,‖ lorsque les caravanesAvec leurs chameliers‖ passaient sous les platanes,Qu'elle n'avait qu'à suivre‖ et qu'à baisser le front,Pour trouver à Bagdad‖ de fraîches écuries,Des râteliers dorés,‖ des luzernes fleuries,Et des puits dont le ciel‖ n'a jamais vu le fond.
Si Dieu nous a tirés‖ tous de la même fange,Certe, il a dû pétrir‖ dans une argile étrangeEt sécher aux rayons‖ d'un soleil irritéCet être, quel qu'il soit,‖ ou l'aigle, ou l'hirondelle,Qui ne saurait plier‖ ni son cou ni son aile,Et qui n'a pour tout bien‖ qu'un mot : la liberté.
III
Est-ce sur de la neige,‖ ou sur une statue,Que celte lampe d'or,‖ dans l'ombre suspendue,Fait onduler l'azur‖ de ce rideau tremblant ?Non, la neige est plus pâle,‖ et le marbre est moins blanc.C'est un enfant qui dort.‖ — Sur ses lèvres ouvertesVoltige par instants‖ un faible et doux soupir ;Un soupir plus léger‖ que ceux des algues vertesQuand le soir sur les mers‖ voltige le Zéphir,Et que, sentant fléchir‖ ses ailes embauméesSous les baisers ardents‖ de ses fleurs bien-aimées,Il boit sur ses bras nus‖ les perles des roseaux.
C'est un enfant qui dort‖ sous ces épais rideaux,Un enfant de quinze ans,‖ — presque une jeune femme ;Rien n'est encor formé‖ dans cet être charmant.Le petit chérubin‖ qui veille sur son âmeDoute s'il est son frère,‖ ou s'il est son amant.Ses longs cheveux épars‖ la couvrent tout entière.La croix de son collier‖ repose dans sa main,Comme pour témoigner‖ qu'elle a fait sa prière,Et qu'elle va la faire‖ en s'éveillant demain.
Elle dort, regardez :‖ — quel front noble et candide !Partout, comme un lait pur‖ sur une onde limpide,Le ciel sur la beauté‖ répandit la pudeur.Elle dort toute nue‖ et la main sur son cœur.N'est-ce pas que la nuit‖ la rend encor plus belle ?Que ces molles clartés‖ palpitent autour d'elleComme si, malgré lui,‖ le sombre Esprit du soirSentait sur ce beau corps‖ frémir son manteau noir ?
Les pas silencieux‖ du prêtre dans l'enceinteFont tressaillir le cœur‖ d'une terreur moins sainte,O vierge ! que le bruit‖ de tes soupirs légers.Regardez cette chambre‖ et ces frais orangers,Ces livres, ce métier,‖ cette branche béniteQui se penche en pleurant‖ sur ce vieux crucifix ;Ne chercherait-on pas‖ le rouet de MargueriteDans ce mélancolique‖ et chaste paradis ?N'est-ce pas qu'il est pur,‖ le sommeil de l'enfance ?Que le ciel lui donna‖ sa beauté pour défense ?Que l'amour d'une vierge‖ est une piétéComme l'amour céleste,‖ et qu'en approchant d'elle,Dans l'air qu'elle respire‖ on sent frissonner l'aileDu séraphin jaloux‖ qui veille à son côté ?
Si ce n'est pas ta mère,‖ ô pâle jeune fille,Quelle est donc cette femme‖ assise à ton chevet,Qui regarde l'horloge‖ et l'âtre qui pétille,En secouant la tète,‖ et d'un air inquiet ?Qu'attend-elle si tard ?‖ — Pour qui, si c'est la mère,S'en va-t-elle entr'ouvrir,‖ depuis quelques instants,Ta porte et ton balcon…‖ si ce n'est pour ton père ?Et ton père, Marie,‖ est mort depuis longtemps.Pour qui donc ces flacons,‖ celte table fumante,Que de ses propres mains‖ elle vient de servir ?Pour qui donc ces flambeaux,‖ et qui donc va venir ?…Qui que ce soit, tu dors,‖ tu n'es pas son amante.Les songes de tes nuits‖ sont plus purs que le jour,Et trop jeunes encor‖ pour te parler d'amour.
A qui donc ce manteau‖ que cette femme essuie ?Il est couvert de boue‖ et dégouttant de pluie ;C'est le tien, Maria,‖ c'est celui d'un enfant.Tes cheveux sont mouillés.‖ Tes mains et ton visage .Sont devenus vermeils‖ au froid souffle du vent.Où donc t'en allais-tu‖ par cette nuit d'orage ?Cette femme n'est pas‖ ta mère, assurément.
Silence ! on a parlé.‖ Des femmes inconnuesOnt entr'ouvert la porte,‖ — et d'autres, demi-nues,Les cheveux en désordre,‖ et se traînant aux murs,Traversaient en sueur‖ des corridors obscurs.Une lampe a bougé ;‖ — les restes d'une orgie,Aux dernières lueurs‖ de sa morne clarté,Sont apparus au fond‖ d'un boudoir écarté.Les verres se heurtaient‖ sur la nappe rougie ;La porte est retombée‖ au bruit d'un rire affreux.
C'est une vision,‖ n'est-il pas vrai, Marie ?C'est un rêve insensé‖ qui m'a frappé les yeux.Tout repose, tout dort ;‖ — cette femme est ta mère.C'est le parfum des fleurs,‖ c'est une huile légèreQui baigne tes cheveux,‖ et la chaste rougeurQui couvre ton beau front‖ vient du sang de ton cœur.
Silence ! quelqu'un frappe,‖ — et sur les dalles sombresUn pas retentissant‖ fait tressaillir la nuit.Une lueur tremblante‖ approche avec deux ombres…C'est toi, maigre Rolla ?‖ que viens-tu faire ici ?
O Faust ! n'étais-tu pas‖ prêt à quitter la terre,Dans cette nuit d'angoisse‖ où l'archange déchu,Sous son manteau de feu,‖ comme une ombre légère,T'emporta dans L'espace‖ à ses pieds suspendu ?N'avais-tu pas crié‖ ton dernier anathème,Et, quand tu tressaillis‖ au bruit des chants sacrés,N'avais-tu pas frappé,‖ dans ton dernier blasphème,Ton front sexagénaire‖ à tes murs délabrés ?Oui, le poison tremblait‖ sur ta lèvre livide ;La Mort, qui t'escortait‖ dans tes œuvres sans nom.Avait à les côtés‖ descendu jusqu'au fondLa spirale sans fin‖ de ton long suicide ;Et, trop vieux pour s'ouvrir,‖ ton cœur s'était briséComme un roc en hiver,‖ par la froidure usé.Ton heure était venue,‖ athée à barbe grise ;L'arbre de ta science‖ était déraciné.L'ange exterminateur‖ te vit avec surpriseFaire jaillir encor,‖ pour te vendre au Damné,Une goutte de sang‖ de ton bras décharné.Oh ! sur quel océan,‖ sur quelle grotte obscure,Sur quel bois d'aloès‖ et de frais oliviers,Sur quelle neige intacte‖ au sommet des glaciers,Souffle-t-il à l'aurore‖ une brise aussi pure,Un vent d'est aussi plein‖ des larmes du printemps,Que celui qui passa‖ sur ta tête blanchie,Quand le ciel te donna‖ de ressaisir la vieAu manteau virginal‖ d'un enfant de quinze ans !Quinze ans ! — O Roméo !‖ l'âge de Juliette !L'âge où vous vous aimiez !‖ où le vent du malin,Sur l'échelle de soie,‖ au chant de l'alouette,Berçait vos longs baisers‖ et vos adieux sans fin !Quinze ans ! — l'âge céleste‖ où l'arbre de la vie,Sous la tiède oasis‖ du désert embaumé,Baigne ses fruits dorés‖ de myrrhe et d'ambroisie,Et pour féconder l'air,‖ comme un palmier d'Asie,N'a qu'à jeter au vent‖ son voile parfumé !Quinze ans ! — l'âge où la femme,‖ au jour de sa naissance,Sortit des mains de Dieu‖ si blanche d'innocence,Si riche de beauté,‖ que son père immortelDe ses phalanges d'or‖ en fit l'âge éternel !
Oh ! la fleur de l'Éden,‖ pourquoi l'as-tu fanée,Insouciante enfant,‖ belle Ève aux blonds cheveux ?Tout trahir et tout perdre‖ était ta destinée ;Tu fis ton Dieu mortel,‖ et tu l'en aimas mieux.Qu'on te rende le ciel,‖ tu le perdras encore.Tu sais trop bien qu'ailleurs‖ c'est-toi que l'homme adore ;Avec lui de nouveau‖ tu voudrais t'exiler,Pour mourir sur son cœur,‖ et pour l'en consoler !Rolla considérait‖ d'un œil mélancoliqueLa belle Marion‖ dormant dans son grand lit ;Je ne sais quoi d'horrible‖ et presque diaboliqueLe faisait jusqu'aux os‖ frissonner malgré lui.Marion coûtait cher.‖ — Pour lui payer sa nuit,Il avait dépensé‖ sa dernière pistole.Ses amis le savaient.‖ Lui-même, en arrivant,Il s'était pris la main,‖ et donné sa paroleQue personne au grand jour‖ ne le verrait vivant.Trois ans, — les trois plus beaux‖ de la belle jeunesse,Trois ans de volupté,‖ de délire et d'ivresse,Allaient s'évanouir‖ comme un songe léger,Comme le chant lointain‖ d'un oiseau passager.Et celte triste nuit,‖ — nuit de mort, — la dernière, —Celle où l'agonisant‖ fait encor sa prièreQuand sa lèvre est muette,‖ — où pour le condamnéTout est si près de Dieu‖ que tout est pardonné, —Il venait la passer‖ chez une fille infâme,Lui ! chrétien, homme, fils‖ d'un homme ! Et cette femme,Cet être misérable,‖ un brin d'herbe, un enfant,Sur son cercueil ouvert‖ dormait en l'attendant.
O chaos éternel !‖ prostituer l'enfance !Ne valait-il pas mieux,‖ sur ce lit sans défense,Balafrer ce beau corps‖ au tranchant d'une faux,Prendre ce cou de neige‖ et lui tordre les os ?Ne valait-il pas mieux‖ lui poser sur la faceUn masque de chaux vive‖ avec un gant de fer,Que d'en faire un ruisseau‖ limpide à la surface,Réfléchissant les fleurs‖ et l'étoile qui passe,Et d'en salir le fond‖ des poisons de l'enfer !
Oh ! qu'elle est belle encor !‖ quel trésor, ô nature !Oh ! quel premier baiser‖ l'Amour se préparait !Quels doux fruits eût portés,‖ quand sa fleur sera mûre,Cette beauté céleste,‖ et quelle flamme pureSur cette chaste lampe‖ un jour s'éveillerait !
Pauvreté ! Pauvreté !‖ c'est loi la courtisane.C'est toi qui dans ce lit‖ as poussé cet enfantQue la Grèce eût jeté‖ sur l'autel de Diane !Regarde — elle a prié‖ ce soir en s'endormant…Prié ! — Qui donc, grand Dieu !‖ C'est toi qu'en cette vieIl faut qu'à deux genoux‖ elle conjure et prie ;C'est toi qui, chuchotant‖ dans le souffle du vent,Au milieu des sanglots‖ d'une insomnie amère,Es venue un beau soir‖ murmurer à sa mère :Ta fille est belle et vierge,‖ et tout cela se vend !Pour aller au sabbat,‖ c'est toi qui l'as lavée,Comme on lave les morts‖ pour les mettre au tombeau ;C'est loi qui, celte nuit,‖ quand elle est arrivée,Aux lueurs des éclairs,‖ courais sous son manteau !
Hélas ! qui peut savoir‖ pour quelle destinée,En lui donnant du pain,‖ peut-être elle était née ?D'un être sans pudeur‖ ce n'est pas là le front.Rien d'impur ne germait‖ sous cette fraîche aurore.Pauvre fille ! à quinze ans,‖ ses sens dormaient encore ;Son nom était Marie,‖ et non pas Marion.Ce qui l'a dégradée,‖ hélas ! c'est la misère,Et non l'amour de l'or.‖ — Telle que la voilà,Sous les rideaux honteux‖ de ce hideux repaire,Dans cet infâme lit,‖ elle donne à sa mère,En rentrant au logis,‖ ce qu'elle a gagné là.
Vous ne la plaignez pas,‖ vous, femmes de ce monde !Vous qui vivez gaîment‖ dans une horreur profondeDe tout ce qui n'est pas‖ riche et gai comme vous !Vous ne la plaignez pas,‖ vous, mères de familles,Qui poussez les verrous‖ aux portes de vos filles,Et cachez un amant‖ sous le lit de l'époux !Vos amours sont dorés,‖ vivants et poétiques ;Vous en parlez du moins,‖ — vous n'êtes pas publiques.Vous n'avez jamais vu‖ le spectre de la FaimSoulever en chantant‖ les draps de votre couche,Et, de sa lèvre blême‖ effleurant votre bouche,Demander un baiser‖ pour un morceau de pain.
O mon siècle ! est-il vrai‖ que ce qu'on te voit faire.Se soit vu de tout temps ?‖ O fleuve impétueux,Tu portes à la mer‖ des cadavres hideux ;Us flottent en silence,‖ — et cette vieille terreQui voit l'humanité‖ vivre et mourir ainsi,Autour de son soleil‖ tournant dans son orbite,Vers son père immortel‖ n'en monte pas plus vite,Pour lâcher de l'atteindre,‖ et de s'en plaindre à lui.
Eh bien ! lève-loi donc,‖ puisqu'il en est ainsi,Lève-toi les seins nus,‖ belle prostituée.Le vin coule et pétille,‖ et la brise du soirBerce les rideaux blancs‖ dans ton joyeux miroir.C'est une belle nuit,‖ — c'est moi qui l'ai payée.Le Christ, à son souper‖ sentit moins de terreurQue je ne sens au mien‖ de gaité dans le cœur.Allons ! vive l'amour‖ que l'ivresse accompagne !Que tes baisers brûlants‖ sentent le vin d'Espagne !Que l'esprit du vertige‖ et des bruyants repasA l'ange du plaisir‖ nous porte dans ses bras !Allons ! chantons Bacchus,‖ l'amour et la folie !Buvons au temps qui passe,‖ à la mort, à la vie !Oublions et buvons ;‖ — vive la liberté !Chantons l'or et la nuit,‖ la vigne et la beauté !
IV
Dors-tu content, Voltaire,‖ et ton hideux sourireVoltige-t-il encor‖ sur tes os décharnés ?Ton siècle était, dit-on,‖ trop jeune pour te lire ;Le nôtre doit te plaire,‖ et tes hommes sont nés.Il est tombé sur nous,‖ cet édifice immenseQue de tes larges mains‖ tu sapais nuit et jour.La Mort devait l'attendre‖ avec impatience,Pendant quatre-vingts ans‖ que tu lui fis ta cour ;Vous devez vous aimer‖ d'un infernal amour.Ne quittes-tu jamais‖ la couche nuptialeOù vous vous embrassez‖ dans les vers du tombeau,Pour t'en aller tout seul‖ promener ton front pâleDans un cloître désert‖ ou dans un vieux château ?Que le disent alors‖ tous ces grands corps sans vie,Ces murs silencieux,‖ ces autels désolés,Que pour l'éternité‖ ton souffle a dépeuplés ?Que te disent les croix ?‖ que te dit le Messie ?Oh ! saigne-t-il encor,‖ quand, pour le déclouer,Sur son arbre tremblant,‖ comme une fleur flétrie,Ton spectre dans la nuit‖ revient le secouer ?Crois-tu ta mission‖ dignement accomplie,Et, comme l'Éternel,‖ à la création,Trouves-tu que c'est bien,‖ et que ton œuvre est bon ?Au festin de mon hôte‖ alors je te convie.Tu n'as qu'à te lever ;‖ — quelqu'un soupe ce soirChez qui le Commandeur‖ peut frapper et s'asseoir.
Entends-tu soupirer‖ ces enfants qui s'embrassent ?On dirait, dans l'étreinte‖ où leurs bras nus s'enlacent,Par une double vie‖ un seul corps animé.Des sanglots inouïs,‖ des plaintes oppressées,Ouvrent en frissonnant‖ leurs lèvres insensées.En les baisant au front‖ le Plaisir s'est pâmé.Ils sont jeunes et beaux,‖ et, rien qu'à les entendre,Comme un pavillon d'or‖ le ciel devrait descendre :Regarde ! — ils n'aiment pas ;‖ ils n'ont jamais aimé…
Où les ont-ils appris,‖ ces mots si pleins de charmes,Que la volupté seule,‖ au milieu de ses larmes,A le droit de répandre‖ et de balbutier ?O femme ! étrange objet‖ de joie et de supplice !Mystérieux autel,‖ où, dans le sacrifice,On entend tour à tour‖ blasphémer et prier !Dis-moi, dans quel écho,‖ dans quel air vivent-elles,Ces paroles sans nom,‖ et pourtant éternelles,Qui ne sont qu'un délire,‖ et depuis cinq mille ansSe suspendent encore‖ aux lèvres des amants ?
O profanation !‖ point d'amour, et deux anges !Deux cœurs purs comme l'or,‖ que les saintes phalangesPorteraient à leur père‖ en voyant leur beauté !Point d'amour ! et des pleurs !‖ et la nuit qui murmure,El le vent qui frémit,‖ et toute la natureQui pâlit de plaisir,‖ qui boit la volupté !Et des parfums fumants,‖ et des flacons à terre,Et des baisers sans nombre,‖ et peut-être, ô misère !Un malheureux de plus‖ qui maudira le jour…Point d'amour ! et partout‖ le spectre de l'amour !
Cloîtres silencieux,‖ voûtes des monastères,C'est vous, sombres caveaux,‖ vous qui savez aimer !Ce sont vos froides nefs,‖ vos pavés et vos pierresQue jamais lèvre en feu‖ n'a baisés sans pâmer.Oh ! venez donc rouvrir‖ vos profondes entraillesA ces deux enfants-là‖ qui cherchent le plaisirSur, un lit qui n'est bon‖ qu'à dormir ou mourir ;Frappez-leur donc le cœur‖ sur vos saintes murailles,Que la haire sanglante‖ y fasse entrer ses clous.Trempez-leur donc le front‖ dans les eaux baptismales ;Dites-leur donc un peu‖ ce qu'avec leurs genouxIl leur faudrait user‖ de pierres sépulcrales,Avant de soupçonner‖ qu'on aime comme vous !
Oui, c'est un vaste amour‖ qu'au fond de vos calicesVous buviez à plein cœur,‖ moines mystérieux !La tête du Sauveur‖ errait sur vos cilicesLorsque le doux sommeil‖ avait fermé vos yeux,Et, quand l'orgue chantait‖ aux rayons de l'aurore,Dans vos vitraux dorés‖ vous la cherchiez encore.Vous aimiez ardemment !‖ oh ! vous étiez heureux !
Vois-tu, vieil Arouet ?‖ cet homme plein de vie,Qui de baisers ardents‖ couvre ce sein si beau,Sera couché demain‖ dans un étroit tombeau.Jetterais-lu sur lui‖ quelques regards d'envie ?Sois tranquille, il t'a lu.‖ Rien ne peut lui donnerNi consolation,‖ ni lueur d'espérance.Si l'incrédulité‖ devient une science,On parlera de Jacque,‖ et, sans la profaner,Dans ta tombe ce soir‖ tu pourrais l'emmener.
Penses-tu cependant‖ que si quelque croyance,Si le plus léger fil‖ le retenait encor,Il viendrait sur ce lit‖ prostituer sa mort ?Sa mort ! — Ah ! laisse-lui‖ la plus faible penséeQu'elle n'est qu'un passage‖ à quelque lieu d'horreur,Au plus affreux, qu'importe ?‖ il n'en aura pas peur ;Il la relèvera,‖ la jeune fiancée,Il la regardera,‖ dans l'espace élancée,Porter au Dieu vivant‖ la clef d'or de son cœur !
Voilà pourtant ton œuvre,‖ Arouet, voilà l'hommeTel que lu l'as voulu.‖ — C'est dans ce siècle-ci,C'est d'hier seulement‖ qu'on peut mourir ainsi.Quand Brulus s'écria‖ sur les débris de Rome :— Vertu, tu n'es qu'un nom !‖ — il ne blasphéma pasIl avait tout perdu,‖ sa gloire et sa patrie,Son beau rêve adoré,‖ sa liberté chérie,Sa Portia, son Cassius,‖ son sang et ses soldats ;Il ne voulait plus croire‖ aux choses de la terre.Mais quand il se vit seul,‖ assis sur une pierre,En songeant à la mort,‖ il regarda les cieux.Il n'avait rien perdu‖ dans cet espace immense ;Son cœur y respirait‖ un air plein d'espérance ;Il lui restait encor‖ son épée et ses dieux..
Et que nous reste-t-il,‖ à nous, les déicides ?Pour qui travailliez-vous,‖ démolisseurs stupides.Lorsque vous disséquiez‖ le Christ sur son autel ?Que vouliez-vous semer‖ sur sa céleste tombe,Quand vous jetiez au vent‖ la sanglante colombeQui tombe en tournoyant‖ dans l'abîme éternel ?Vous vouliez pétrir l'homme‖ à votre fantaisie ;Vous vouliez faire un monde.‖ — Eh bien ! vous l'avez fait.Votre monde est superbe,‖ et votre homme est parfait !Les monts sont nivelés,‖ la plaine est éclaircie ;Vous avez sagement‖ taillé l'arbre de vie ;Tout est bien balayé‖ sur vos chemins de fer ;Tout est grand, tout est beau,— mais on meurt dans voire air.Vous y faites vibrer‖ de sublimes paroles ;Elles flottent au loin‖ dans les vents empestés.Elles ont ébranlé‖ de terribles idoles ;Mais les oiseaux du ciel‖ en sont épouvantés.L'hypocrisie est morte,‖ on ne croit plus aux prêtres ;Mais la vertu se meurt,‖ on ne croit plus à Dieu.Le noble n'est plus fier‖ du sang de ses ancêtres ;Mais il le prostitue‖ au fond d'un mauvais lieu.On ne mutile plus‖ la pensée et la scène,On a mis au plein vent‖ l'intelligence humaine ;Mais le peuple voudra‖ des combats de taureau.Quand on est pauvre et fier,‖ quand on est riche et triste,On n'est plus assez fou‖ pour se faire trappiste ;Mais on fait comme Escousse,‖ on allume un réchaud.
V
Quand Rolla sur les toits‖ vit le soleil paraître,Il alla s'appuyer‖ au bord de la fenêtre.De pesants chariots‖ commençaient à rouler.Il courba son front pâle,‖ et resta sans parler.En longs ruisseaux de sang‖ se déchiraient les nues ;Tel, quand Jésus cria,‖ des mains du ciel venuesFendirent en lambeaux‖ le voile aux plis sanglants.
Un groupe délaissé‖ de chanteurs ambulantsMurmurait sûr la place‖ une ancienne romance.Ah ! comme les vieux airs‖ qu'on chantait à douze ansFrappent droit dans le cœur‖ aux heures de souffrance !Comme ils dévorent tout !‖ comme on se sent loin d'eux !Comme on baisse la tête‖ en les trouvant si vieux !Sont-ce là tes soupirs,‖ noir Esprit des ruines ?Ange des souvenirs,‖ sont-ce là tes sanglots ?Ah ! comme ils voltigeaient,‖ frais et légers oiseaux,Sur le palais doré‖ des amours enfantines !Comme ils savent rouvrir‖ les fleurs des temps passés,Et nous ensevelir,‖ eux qui nous ont bercés !Rolla se détourna‖ pour regarder Marie.Elle se trouvait lasse,‖ et s'était rendormie.Ainsi tous deux fuyaient‖ les cruautés du sort,L'enfant dans le sommeil,‖ et l'homme dans la mort.
Quand le soleil se lève‖ aux beaux jours de l'automne,Les neiges sous ses pas‖ paraissent s'embraser.Les épaules d'argent‖ de la Nuit qui frissonneSe couvrent de rougeur‖ sous son premier baiser.Tel frissonne le corps‖ d'une chaste pucelle,Quand dans les soirs d'été‖ le sang lui porte au cœur.Tel, le moindre désir‖ qui l'effleure de l'aileMet un voile de pourpre‖ à la sainte pudeur.Roi du monde, ô soleil !‖ la terre est ta maîtresse.Ta sœur dans ses bras nus‖ l'endort à ton côté ;Tu n'as voulu pour toi‖ l'éternelle jeunesseQu'afin de lui verser‖ l'éternelle beauté !
Vous qui volez là-bas,‖ légères hirondelles,Dites-moi, dites-moi,‖ pourquoi vais-je mourir ?Oh ! l'affreux suicide !‖ oh ! si j'avais des ailes,Par ce beau ciel si pur‖ je voudrais les ouvrir !Dites-moi, terre et cieux,‖ qu'est-ce donc que l'aurore ?Qu'importe un jour de plus‖ à ce vieil univers ?Dites-moi, verts gazons,‖ dites-moi, sombres mers,Quand des feux du matin‖ l'horizon se colore,Si vous n'éprouvez rien,‖ qu'avez-vous donc en vousQui fait bondir le cœur‖ et fléchir les genoux ?O terre, à ton soleil‖ qui donc t'a fiancée ?Que chantent tes oiseaux ?‖ que pleure ta rosée ?Pourquoi de tes amours‖ viens-tu m'entretenir ?Que me voulez-vous tous,‖ à moi qui vais mourir ?
Et pourquoi donc aimer ?‖ Pourquoi ce mot terribleRevenait-il sans cesse‖ à l'esprit de Rolla ?Quels étranges accords,‖ quelle voix invisibleVenaient le murmurer,‖ quand la mort était là ?
A lui, qui, débauché‖ jusques à la folie,Et dans les cabarets‖ vivant au jour le jour,Aussi facilement‖ qu'il méprisait la vieFaisait gloire et métier‖ de mépriser l'amour ?A lui, qui regardait‖ ce mot comme une injure,Et, comme un vieux soldat‖ vous montre une blessure,Montrait avec orgueil‖ le rocher de son cœur,Où n'avait pas germé‖ la plus chétive fleur !A lui, qui n'avait eu‖ ni logis ni maîtresse,Qui vivait en plein air,‖ en défiant son sort,Et qui laissait le vent‖ secouer sa jeunesse,Comme une feuille sèche‖ au pied d'un arbre mort !
Et maintenant que l'homme‖ avait vidé son verre,Qu'il venait dans un bouge,‖ à son heure dernière,Chercher un lit de mort‖ où l'on pût blasphémer ;Quand tout était fini,‖ quand la nuit éternelleAttendait de ses jours‖ la dernière étincelle,Qui donc au moribond‖ osait parler d'aimer ?
Lorsque le jeune aiglon,‖ voyant partir sa mère,En la suivant des yeux‖ s'avance au bord du nid,Qui donc lui dit alors‖ qu'il peut quitter la terre,Et sauter dans le ciel‖ déployé devant lui ?Qui donc lui parle bas,‖ l'encourage et l'appelle ?Il n'a jamais ouvert‖ sa serre ni son aile ;Il sait qu'il est aiglon ;‖ — le vent passe, il le suit.Il naît sous le soleil‖ des âmes dégradées,Comme il naît des chacals,‖ des chiens et des serpents,Qui meurent dans la fange‖ où leurs mères sont nées,Le ventre tout gonflé‖ de leurs œufs malfaisants.La nature a besoin‖ de leurs sales lignées,Pour engraisser la terre‖ autour de ses tombeaux,Chercher ses diamants,‖ et nourrir ses corbeaux.
Mais quand elle pétrit‖ ses nobles créatures,Elle qui voit là-haut‖ comme on vit ici-bas,Elle sait des secrets‖ qui les font assez puresPour que le monde entier‖ ne les lui souille pas.Le moule en est d'airain,‖ si l'espèce en est rare.Elle peut les plonger‖ dans ses plus noirs marais ;Elle sait ce que vaut‖ son marbre de Carrare,Et que les eaux du ciel‖ ne l'entament jamais.
Il peut s'assimiler‖ au débauché vulgaire,Celui que le ciseau‖ de la commune mèreA taillé dans les flancs‖ de ses plus purs granits.Il peut pendant trois ans‖ étouffer sa pensée.Dans la nuit de son cœur‖ la vipère glacéeDéroule tôt ou tard‖ ses anneaux infinis.
Nègres de Saint-Domingue,‖ après combien d'annéesDe farouche silence‖ et de stupidité,Vos peuplades sans nombre,‖ au soleil enchaînées,Se sont-elles de terre‖ enfin déracinées,Au souffle de la haine‖ et de la liberté ?C'est ainsi qu'aujourd'hui‖ s'éveillent tes pensées,O Rolla ! c'est ainsi‖ que bondissent tes fers,Et que devant tes yeux‖ des torches insenséesCourent à l'infini,‖ traversant des déserts.Écrase maintenant‖ les débris de ta vie ;Écorche tes pieds nus‖ sur tes flacons brisés ;Et, dans le dernier toast‖ de ta dernière orgie,Étouffe le néant‖ dans tes bras épuisés.Le néant ! le néant !‖ vois-tu son ombre immenseQui ronge le soleil‖ sur son axe enflammé ?L'ombre gagne ! il s'éteint,‖ — l'éternité commence.Tu n'aimeras jamais,‖ toi qui n'as point aimé.
Rolla, pâle et tremblant,‖ referma la croisée.Il brisa sur sa tige‖ un pauvre dahlia.J'aime, lui dit la fleur,‖ et je meurs embraséeDes baisers du zéphir,‖ qui me relèvera.— J'ai jeté loin de moi,‖ quand je me suis parée,Les éléments impurs‖ qui souillaient ma fraîcheur.Il m'a baisée au front‖ dans ma robe dorée ;Tu peux m'épanouir,‖ et me briser le cœur.
J'aime ! — voilà le mot‖ que la nature entièreCrie au vent qui l'emporte,‖ à l'oiseau qui le suit !Sombre et dernier soupir‖ que poussera la terre,Quand elle tombera‖ dans l'éternelle nuit !Oh ! vous le murmurez‖ dans vos sphères sacrées,Étoiles du matin,‖ ce mot triste et charmant !La plus faible de vous,‖ quand Dieu vous a créées,A voulu traverser‖ les plaines éthérées,Pour chercher le soleil,‖ son immortel amant.Elle s'est élancée‖ au sein des nuits profondes.Mais une autre l'aimait‖ elle-même ; — et les mondesSe sont mis en voyage‖ autour du firmament.
Jacque était immobile,‖ et regardait Marie.Je ne sais ce qu'avait‖ cette femme endormieD'étrange dans ses traits,‖ de grand, de déjà vu.Il se sentait frémir‖ d'un frisson inconnu.N'était-ce pas sa sœur,‖ cette prostituée ?Les murs de cette chambre‖ obscure et délabréeN'étaient-ils pas aussi‖ faits pour l'ensevelir ?Ne la sentait-il pas‖ souffrir de sa torture,Et saigner des douleurs‖ dont il allait mourir ?
— Oui, dans celle chétive‖ et douce créatureLa Résignation‖ marche à pas languissants.Sa souffrance est ma sœur,‖ — oui, voilà la statueQue je devais trouver‖ sur ma tombe étendue,Donnant d'un doux sommeil‖ tandis que j'y descends.Oh ! ne l'éveille pas !‖ la vie est à la terre ;Mais ton sommeil est pur,‖ — ton sommeil est à Dieu !Laisse-moi le baiser‖ sur la longue paupière ;C'est à lui, pauvre enfant,‖ que je veux dire adieu ;Lui qui n'a pas vendu‖ sa robe d'innocence,Lui que je puis aimer,‖ et n'ai point acheté ;Lui qui se croit encore‖ aux jours de ton enfance,Lui qui rêve ! — et qui n'a‖ de toi que ta beauté.
Oh, mon Dieu ! n'est-ce pas‖ une forme angéliqueQui flotte mollement‖ sous ce rideau léger ?S'il est vrai que l'amour,‖ ce cygne passager,N'ait besoin pour dorer‖ son chant mélancoliqueQue des contours divins‖ de la réalité,Et de ce qui voltige‖ autour de la beauté ;S'il est vrai qu'ici-bas‖ on le trompe sans cesse,Et que lui qui le sait,‖ de peur de se guérir,Doive éternellement‖ ne prendre à sa maîtresseQue les illusions‖ qu'il lui faut pour souffrir ;Qu'ai-je à chercher ailleurs ?‖ la jeunesse et la vieNe sont-elles pas là‖ dans toute leur fraîcheur ?Amour ! lu peux venir.‖ Que t'importe Marie ?Pendant que sur sa tige‖ elle est épanouie,Si tu n'es qu'un parfum,‖ sors de ta triste fleur !
Lentement, doucement,‖ à côté de Marie,Les yeux sur ses yeux bleus,‖ leur fraîche haleine unie,Rolla s'était couché :‖ son regard assoupiFlottait, puis remontait,‖ puis mourait malgré lui.Marie en soupirant‖ entr'ouvrit sa paupière.— Je faisais, lui dit-elle,‖ un rêve singulier.J'étais là, dans ce lit ;‖ je croyais m'éveiller ;La chambre me semblait‖ comme un grand cimetièreTout plein de tertres verts‖ et de vieux ossements.Trois hommes dans la neige‖ apportaient une bière ;Us la posèrent là pour faire leur prière ;Puis la bière s'ouvrit,‖ et je vous vis dedans.Un gros flot de sang noir‖ vous coulait sur la face.Vous vous êtes levé‖ pour venir à mon lit ;Vous m'avez pris la main,‖ et puis vous avez dit :« Qu'est-ce que lu fais là ?‖ pourquoi prends-tu ma place ?Alors j'ai regardé,‖ j'étais sur un tombeau.
— Vraiment ? répondit Jacque ;‖ eh bien ! ma chère amie,Ton rêve est assez vrai‖ du moins, s'il n'est pas beau.Tu n'auras pas besoin‖ demain d'être endormiePour en voir un pareil ;‖ je me tuerai ce soir.
Marie en souriant‖ regarda son miroir.Mais elle vit Rolla‖ si pâle derrière elle,Qu'elle en resta muette‖ et plus pâle que lui.— Ah ! dit-elle en tremblant,‖ qu'avez-vous aujourd'hui ?— Ce que j'ai ? dit Rolla,‖ tu ne sais pas, ma belle,Que je suis ruiné‖ depuis hier au soir ?C'est pour te dire adieu‖ que je venais te voir.Tout le monde le sait,‖ il faut que je me lue.— Vous avez donc joué ?‖ — Non, je suis ruiné.— Ruiné ? dit Marie,‖ et, comme une statue,Elle fixait à terre‖ un grand œil étonné.Ruiné ? ruiné ?‖ vous n'avez pas de mère ?Pas d'amis ? de parents ?‖ personne sur la terre ?Vous voulez vous tuer ?‖ pourquoi vous tuez-vous ?
Elle se retourna‖ sur le bord de sa couche.Jamais son doux regard‖ n'avait été si doux.Deux ou trois questions‖ flottèrent sur sa bouche ;Mais n'osant pas les faire,‖ elle s'en vint poserSa tète sur la sienne‖ et lui prit un baiser.— Je voudrais pourtant bien‖ te faire une demande,Murmura-t-elle enfin ;‖ moi, je n'ai pas d'argent,Et sitôt que j'en ai,‖ ma mère me le prend.Mais j'ai mon collier d'or,‖ veux-tu que je le vende ?Tu prendras ce qu'il vaut,‖ et tu l'iras jouer.
Rolla lui répondit‖ par un léger sourire.Il prit un flacon noir‖ qu'il vida sans rien dire ;Puis, se penchant sur elle,‖ il baisa son collier.Quand elle souleva‖ sa tête appesantie,Ce n'était déjà plus‖ qu'un être inanimé.Dans ce chaste baiser‖ son âme était partie.Et, pendant un moment,‖ tous deux avaient aimé.
Versification
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a terre / amère / mère féminine, classiqueb dieux / cheveux masculine, classiquec lascives / rives féminine, classiqued eaux / roseaux masculine, classiquee Narcisse / justice féminine, classiquef création / lion masculine, classiqueg chênes / humaines féminine, classiqueh vent / passant masculine, classiquei aujourd'hui / lui masculine, classiquej athée / Prométhée féminine, classiquek l'homme / Rome féminine, classiquel cercueil / linceul masculine, classiquea barbare / Lazare féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquec romances / croyances féminine, classiqued enchanté / virginité masculine, classiquee renaître / prêtre féminine, classiquef radieux / cieux masculine, classiqueg Saint-Pierre / pierre féminine, classiqueh prosternés / nouveau-nés masculine, classiquei l'histoire / d'ivoire féminine, classiquej lait / espérait masculine, classiquea prière / Calvaire féminine, classiqueb tremblants / sanglants masculine, classiquec portiques / cantiques féminine, classiqued arceaux / roseaux masculine, classiquee sainte / crainte féminine, classiquef vieux / cieux masculine, classiqueg ombres / décombres féminine, classiqueh réveillés / mutilés masculine, classiquei peine / d'ébène féminine, classiquej dérobé / tombé masculine, classiquea poussière / terre féminine, classiqueb foi / toi masculine, classiquec vie / rajeunie féminine, classiqued fera / rajeunira masculine, classiquea naissance / immense féminine, classiqueb perdu / étendu masculine, classiquec tombes / Catacombes féminine, classiqued Romains / divins masculine, classiquee feu / Dieu masculine, classiquef Madelaine / qu'humaine féminine, classiqueg dégénérée / désespérée féminine, classiqueh mers / univers masculine, classiquei sainte / enceinte féminine, classiquej Tibère / mère féminine, classiquek temps / enfants masculine, classiquel allaité / stérilité masculine, classiquea monde / féconde féminine, classiqueb marché / débauché masculine, classiquec tavernes / lanternes féminine, classiqued accoudé / dé masculine, classiquee vie / l'hôtellerie féminine, classiquef aller / couler masculine, classiqueg voyageurs / gladiateurs / fleurs masculine, classiqueh murailles / entrailles féminine, classiquei ensemble / rassemble féminine, classiquej imbécile / ville féminine, classiquek héritier / moitié / métier masculine, classiquel d'automne / personne féminine, classiquem impossible / inextinguible féminine, non classiquen valet / possédait / fait masculine, classiquea éternelle / belle féminine, non classiqueb chemin / main masculine, classiquec bien / rien masculine, classiqued doute / route féminine, classiquea pères / cimetières féminine, classiqueb cité / société masculine, classiqued corruption / prostitution masculine, classiquee semblable / redoutable féminine, classiquef fangeux / d'eux masculine, classiquea superbe / proverbe féminine, classiqueb malheureux / dieux masculine, classiquec aînées / années féminine, classiqueb lois / rois masculine, classiquec lumière / terre féminine, classiquea mascarade / Alcibiade féminine, classiqueb haut / ruisseau / manteau masculine, classiquea mystère / faire / l'ordinaire féminine, classiquea l'enfance / l'espérance féminine, classiqueb pauvreté / d'été masculine, non classiquec taille / bataille féminine, classiquea sauvage / d'orage féminine, classiqueb poudreux / cheveux masculine, classiquec silence / immense féminine, classiqued brûlant / grommelant masculine, classiquee saignent / s'éteignent féminine, classiquef altéré / décoloré masculine, classiqueg enfant / mouvant masculine, classiquea caravanes / platanes féminine, classiqueb front / fond masculine, classiquec écuries / fleuries féminine, classiquea fange / étrange féminine, classiqueb irrité / liberté masculine, classiquec l'hirondelle / aile féminine, classiquea statue / suspendue féminine, classiqueb tremblant / blanc masculine, classiquec ouvertes / vertes féminine, classiqued soupir / Zéphir masculine, classiquee embaumées / bien-aimées féminine, classiquef roseaux / rideaux masculine, classiqueb femme / âme féminine, classiquec charmant / amant masculine, classiqued entière / prière féminine, classiquee main / demain masculine, classiquea candide / limpide féminine, classiqueb pudeur / cœur masculine, classiquec belle / d'elle féminine, classiqued soir / noir masculine, classiquea l'enceinte / sainte féminine, classiqueb légers / orangers masculine, classiquec bénite / Marguerite féminine, classiqued crucifix / paradis masculine, classiquee l'enfance / défense féminine, classiquef piété / côté masculine, classiqueg d'elle / l'aile féminine, classiquea fille / pétille féminine, classiqueb chevet / inquiet masculine, classiquec mère / père féminine, classiqued instants / longtemps masculine, classiquee fumante / amante féminine, classiquef servir / venir masculine, classiqueg jour / d'amour masculine, classiquea essuie / pluie féminine, classiqueb enfant / vent / assurément masculine, classiquec visage / d'orage féminine, classiquea inconnues / demi-nues féminine, classiqueb murs / obscurs masculine, classiquec orgie / rougie / Marie féminine, classiqued clarté / écarté masculine, classiquee affreux / yeux masculine, classiquec mère / légère féminine, classiqued rougeur / cœur masculine, classiquea sombres / ombres féminine, classiqueb nuit / ici masculine, classiquea terre / légère féminine, classiqueb déchu / suspendu masculine, classiquec anathème / blasphème féminine, classiqued sacrés / délabrés masculine, classiquee livide / suicide féminine, classiquef nom / fond masculine, classiqueg brisé / usé masculine, classiqueh grise / surprise féminine, non classiquei déraciné / Damné masculine, classiquej décharné / oliviers / glaciers masculine, classiquek obscure / pure féminine, classiquel printemps / ans masculine, classiquem blanchie / vie féminine, classiquen Juliette / l'alouette féminine, non classiqueo malin / fin masculine, classiquep vie / d'ambroisie / d'Asie féminine, classiqueq embaumé / parfumé masculine, classiquer naissance / d'innocence féminine, non classiques immortel / éternel masculine, classiquea fanée / destinée féminine, classiqueb cheveux / mieux masculine, classiquec encore / adore féminine, classiqued t'exiler / consoler masculine, classiquee mélancolique / diabolique féminine, classiquef lit / lui / nuit masculine, classiqueg pistole / parole féminine, classiqueh arrivant / vivant masculine, classiquei jeunesse / d'ivresse féminine, classiquej léger / passager masculine, classiquek dernière / prière féminine, classiquel condamné / pardonné masculine, classiquem infâme / femme féminine, classiquen enfant / l'attendant masculine, classiqueb faux / os masculine, non classiquec face / surface / passe féminine, non classiqued fer / l'enfer masculine, classiquea nature / mûre / pure féminine, classiqueb préparait / s'éveillerait masculine, classiquea courtisane / Diane féminine, classiqueb enfant / s'endormant masculine, classiquec vie / prie féminine, classiqued vent / vend masculine, classiquee amère / mère féminine, classiquef lavée / arrivée féminine, classiqueg tombeau / manteau masculine, classiquea destinée / née féminine, classiqueb front / Marion masculine, classiquec aurore / encore féminine, classiqued misère / repaire / mère féminine, classiquee voilà / là masculine, classiquea monde / profonde féminine, classiqueb vous / l'époux masculine, classiquec familles / filles féminine, classiqued poétiques / publiques féminine, classiquee Faim / pain masculine, classiquef couche / bouche féminine, classiquea faire / terre féminine, classiqueb impétueux / hideux masculine, classiquec ainsi / lui masculine, classiqued orbite / vite féminine, non classiqueb prostituée / payée féminine, classiquec soir / miroir masculine, classiqued terreur / cœur masculine, classiquee accompagne / d'Espagne féminine, classiquef repas / bras masculine, classiqueg folie / vie féminine, classiqueh liberté / beauté masculine, classiquea sourire / lire féminine, classiqueb décharnés / nés masculine, classiquec immense / impatience féminine, classiqued jour / cour / amour masculine, classiquee nuptiale / pâle féminine, classiquef tombeau / château masculine, classiqueg vie / Messie féminine, classiqueh désolés / dépeuplés masculine, classiquei déclouer / secouer masculine, classiquej flétrie / accomplie / convie féminine, classiquek création / bon masculine, classiquel soir / s'asseoir masculine, classiquea s'embrassent / s'enlacent féminine, classiqueb animé / pâmé masculine, classiquec oppressées / insensées féminine, classiqued entendre / descendre féminine, classiquee aimé / balbutier / prier masculine, classiquea charmes / larmes féminine, classiquec supplice / sacrifice féminine, classiqued vivent-elles / éternelles féminine, classiquee ans / amants masculine, classiquea anges / phalanges féminine, classiqueb beauté / volupté masculine, classiquec murmure / nature féminine, classiqued terre / misère féminine, classiquee jour / l'amour masculine, classiquea monastères / pierres féminine, classiqueb aimer / pâmer masculine, classiquec entrailles / murailles féminine, classiqued plaisir / mourir masculine, classiquee clous / genoux / vous masculine, classiquef baptismales / sépulcrales féminine, classiquea calices / cilices féminine, classiqueb mystérieux / yeux / heureux masculine, non classiquec l'aurore / encore féminine, classiquea vie / d'envie féminine, classiquec donner / profaner / l'emmener masculine, classiqued d'espérance / science / croyance féminine, classiqueb encor / mort masculine, classiquec pensée / fiancée / élancée féminine, classiqued d'horreur / peur / cœur masculine, classiqueb siècle-ci / ainsi masculine, classiquec pas / soldats masculine, classiqued patrie / chérie féminine, classiquee terre / pierre féminine, classiquef cieux / dieux masculine, classiqueg immense / d'espérance féminine, classiquea déicides / stupides féminine, classiqueb autel / éternel masculine, classiquec tombe / colombe féminine, classiqued fantaisie / éclaircie / vie féminine, classiquee fait / parfait masculine, classiquef fer / air masculine, classiqueg paroles / idoles féminine, classiqueh empestés / épouvantés masculine, classiquei prêtres / ancêtres féminine, classiquej Dieu / lieu masculine, classiquek scène / humaine féminine, classiquel taureau / réchaud masculine, classiquem triste / trappiste féminine, non classiquea paraître / fenêtre féminine, classiqueb rouler / parler masculine, classiquec nues / venues féminine, classiqued sanglants / ambulants / ans masculine, classiqueb romance / souffrance féminine, classiquec d'eux / vieux masculine, classiqued ruines / enfantines féminine, classiquee sanglots / oiseaux masculine, classiquef passés / bercés masculine, classiqueg Marie / rendormie féminine, classiqueh sort / mort masculine, classiquea l'automne / frissonne féminine, classiqueb s'embraser / baiser masculine, classiquec pucelle / l'aile féminine, classiqued cœur / pudeur masculine, classiquee maîtresse / jeunesse féminine, classiquef côté / beauté masculine, classiquea hirondelles / ailes féminine, classiqueb mourir / ouvrir masculine, classiquec l'aurore / colore féminine, classiqued univers / mers masculine, classiquee vous / genoux masculine, classiquef fiancée / rosée féminine, classiqueg m'entretenir / mourir masculine, non classiquea terrible / invisible féminine, classiqueb Rolla / là masculine, classiquec injure / blessure féminine, classiqued cœur / fleur masculine, classiquea verre / dernière féminine, classiqueb blasphémer / d'aimer masculine, classiquec éternelle / étincelle féminine, classiquea mère / terre féminine, classiqueb nid / lui / suit masculine, classiquec l'appelle / aile féminine, classiqued dégradées / nées / lignées féminine, classiquee serpents / malfaisants masculine, classiquef tombeaux / corbeaux masculine, classiquea créatures / pures féminine, classiqueb ici-bas / pas masculine, classiquec rare / Carrare féminine, classiqued marais / jamais masculine, classiquea vulgaire / mère féminine, classiqueb granits / infinis masculine, classiquec pensée / glacée féminine, classiquea d'années / enchaînées féminine, classiqueb stupidité / liberté masculine, classiquec déracinées / pensées / insensées féminine, classiqued fers / déserts masculine, classiquee vie / orgie féminine, classiquef brisés / épuisés masculine, classiqueg immense / commence féminine, classiqueh enflammé / aimé masculine, classiquea croisée / embrasée féminine, classiqueb dahlia / relèvera masculine, classiquec parée / dorée féminine, classiqued fraîcheur / cœur masculine, classiquea entière / terre féminine, classiqueb suit / nuit masculine, classiquec sacrées / créées / éthérées féminine, non classiqued charmant / amant / firmament masculine, classiquee profondes / mondes féminine, non classiquea Marie / endormie féminine, classiqueb vu / inconnu masculine, classiquec prostituée / délabrée féminine, classiqued l'ensevelir / mourir masculine, classiquee torture / créature féminine, classiqueb languissants / descends masculine, classiquec statue / étendue féminine, classiqued terre / paupière féminine, classiquee Dieu / adieu masculine, classiquef d'innocence / enfance féminine, classiqueg acheté / beauté masculine, classiquea angélique / mélancolique féminine, classiquec réalité / beauté masculine, classiqued cesse / maîtresse féminine, classiquee guérir / souffrir masculine, classiquef vie / Marie féminine, classiqueg fraîcheur / fleur masculine, classiqueh épanouie / Marie / unie féminine, classiqueb assoupi / lui masculine, classiquec paupière / cimetière féminine, classiqued singulier / m'éveiller masculine, classiquee ossements / dedans masculine, classiquef bière / prière féminine, classiqueg face / place féminine, classiqueh lit / dit masculine, classiquei tombeau / beau masculine, classiquea amie / endormie féminine, classiqueb elle / belle féminine, classiquec lui / aujourd'hui masculine, classiqued soir / voir masculine, classiquee lue / statue féminine, classiquef ruiné / étonné masculine, classiqueh tuez-vous / doux masculine, classiquec poser / baiser masculine, classiqued demande / vende féminine, classiquee d'argent / prend masculine, classiquef jouer / collier masculine, classiquea sourire / dire féminine, classiquec appesantie / partie féminine, classiqued inanimé / aimé masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
784 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies nouvelles, Paris, Texte établi par Maurice Allem, Paris, Garnier Frères, 1967, publié par les éditions Classiques Garnier, 1967· numérisation Enclitt· Sources