Poésies posthumes, 1857
A la Sœur Marceline
J’étais couché pâle et sans vieDans un linceul de sang glacéOù la douleur et l’insomniePendant trois nuits m’avaient bercé.
Pauvre fille, tu n’es pas belle,A force de veiller sur elleLa mort t’a laissé sa pâleur ;En soignant la misère humaineTa main s’est durcie à la peineComme celle du laboureur.
Mais la fatigue et le courageFont briller ce pâte visage,Au chevet de l’agonisant.Elle est douce, ta main grossière,Au pauvre blessé qui la serrePleine de larmes et de sang.
Poursuis ta route solitaire,Chaque pas que tu fais sur terre,C’est pour ton œuvre et vers ton Dieu.Nous disons que le mal existe,Nous, dont la sagesse consiste,A savoir le fuir en tout lieu ;
Mais ta conscience le nie.Tu n’y crois plus, toi dont la vieN’est qu’un long combat contre lui,Et tu ne sens pas ses atteintes,Car ta bouche n’a plus de plaintesQue pour les souffrances d’autrui.
Versification
- Forme
- Sizains
- Rimes
- 1(abab) 4(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 4 sizains, 1 quatrain
- Mots à la rime
- a vie / l’insomnie féminine, classiqueb glacé / bercé masculine, classiquea belle / elle féminine, classiqueb pâleur / laboureur masculine, classiquec humaine / peine féminine, classiquea courage / visage féminine, classiqueb l’agonisant / sang masculine, non classiquec grossière / serre féminine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquec existe / consiste féminine, classiquea nie / vie féminine, classiqueb lui / d’autrui masculine, classiquec atteintes / plaintes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard,Paris, 1951· numérisation poesies.net· Sources