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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies posthumes, 1857· A Aimée d’Alton

A Ninon

Alfred de Musset· 10 quatrains, alexandrins, 40 vers

Avec tout votre esprit,‖ la belle indifférente,Avec tous vos grands airs‖ de rigueur nonchalante,Qui nous font tant de mal‖ et qui vous vont si bien,Il n’en est pas moins vrai‖ que vous n’y pouvez rien.

Il n’en est pas moins vrai‖ que, sans qu’il y paraisse,Vous êtes mon idole‖ et ma seule maîtresse ;Qu’on n’en aime pas moins‖ pour devoir se cacher,Et que vous ne pouvez,‖ Ninon, m’en empêcher.

Il n’en est pas moins vrai‖ qu’en dépit de vous-même,Quand vous dites un mot‖ vous sentez qu’on vous aime,Que, malgré vos mépris,‖ on n’en veut pas guérir,Et que d’amour de vous,‖ il est doux de souffrir.

Il n’en est pas moins vrai‖ que, sitôt qu’on vous touche,Vous avez beau nous fuir,‖ sensitive farouche,On emporte de vous‖ des éclairs de beauté,Et que le tourment même‖ est une volupté.

Soyez bonne ou maligne,‖ orgueilleuse ou coquette,Vous avez beau railler‖ et mépriser l’amour,Et, comme un diamant‖ qui change de facette,Sous mille aspects divers‖ vous montrer tour à tour ;

Il n’en est pas moins vrai‖ que je vous remercie,Que je me trouve heureux,‖ que je vous appartiens,Et que, si vous voulez‖ du reste de ma vie,Le mal qui vient de vous‖ vaut mieux que tous les biens.

Je vous dirai quelqu’un‖ qui sait que je vous aime :C’est ma Muse, Ninon ;‖ nous avons nos secrets.Ma Muse vous ressemble,‖ ou plutôt, c’est vous-même ;Pour que je l’aime encor‖ elle vient sous vos traits.

La nuit, je vois dans l’ombre‖ une pale auréole,Où flottent doucement‖ les contours d’un beau front ;Un rêve m’apparaît‖ qui passe et qui s’envole ;Les heureux sont les fous :‖ les poètes le sont.

J’entoure de mes bras‖ une forme légère ;J’écoute à mon chevet‖ murmurer une voix ;Un bel ange aux yeux noirs‖ sourit à ma misère ;Je regarde le ciel,‖ Ninon, et je vous vois ;

O mon unique amour,‖ cette douleur chérie,Ne me l’arrachez pas‖ quand j’en devrais mourir !Je me tais devant vous ;‖ — quel mal fait ma folie ?Ne me plaignez jamais‖ et laissez-moi souffrir.

Versification

Forme
10 quatrains (strophes variées)
Rimes
4(aabb) 6(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a indifférente / nonchalante féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquea paraisse / maîtresse féminine, classiqueb cacher / empêcher masculine, classiquea vous-même / aime féminine, classiqueb guérir / souffrir masculine, classiquea touche / farouche féminine, classiqueb beauté / volupté masculine, classiquea coquette / facette féminine, classiqueb l’amour / tour masculine, classiquea remercie / vie féminine, classiqueb appartiens / biens masculine, classiquea aime / vous-même féminine, classiqueb secrets / traits masculine, classiquea auréole / s’envole féminine, classiqueb front / sont masculine, classiquea légère / misère féminine, classiqueb voix / vois masculine, classiquea chérie / folie féminine, classiqueb mourir / souffrir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard,Paris, 1951· numérisation poesies.net· Sources