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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies posthumes, 1857

Billet à Arsène Houssaye

Alfred de Musset· 10 sizains, heptasyllabes, 60 vers

Pour ouïr les airs antiques,Dans mes délires rustiques,Je vais tout droit devant moi.Monts, villas, forêts, l’espace,Tout disparaît, tout s’efface !De la terre je suis roi.

Voici Rueil, ce gai villageSur qui plane au loin l’imageDu rouge et blanc cardinal,Dans l’église j’imagineQue rit encor JoséphineSous le marbre sépulcral.

Plus loin Malmaison, l’asileDes royautés qu’on exile,Se cache au pied du coteau.Là, César, pendant ses veilles,Consul, rêva les abeillesDe l’impérial manteau !

Verts bosquets de Louveciennes,Oh ! que de fêtes païennesSous votre ombrage embaumé,Lorsque la folle comtesseGuidait les chœurs de l’ivressePour Louis le Bien-Aimé !

Sous ces arbres que l’automneFrappe d’or, mais découronne,Que de baisers échangés !Combien de nobles bacchantesSur leurs gorges provocantesOnt effeuillé d’orangers !

Palais mignon et superbe !Sur le velours de cette herbeOù plus d’un beau sein roula,Sous ce hêtre où je m’appuie,Sur ce perron qui s’ennuie,Du Barry vous enjôla.

Poète au charmant sourire,Vous qui prenez pour écrireLes vifs crayons de Latour,Vous qui me contez l’histoire,Sans beaucoup d’art oratoire,De ces jours dorés d’amour,

Par vous je vois apparaître,Comme aux nuits du royal maître,Bals, concerts, jeux et festins,Ducs chamarrés de dentelles,Grandes dames point rebelles,Petits abbés libertins.

Chapeaux dont la plume ondoie,Talons rouges, velours, soie,Tout l’adorable tableau,Le roman et le poèmeDont vous seriez bien vous-mêmeLe Laclos et le Watteau !

Pour rendre à tous ces beaux arbres,A ces buissons, à ces marbres,Leur éclat de neige et d’or,A la royale demeure,Oui, vous manquez à cette heure,— Mais à moi bien plus encor !

Crayonnés sous les arbres de Louveciennes, 5 octobre 1851.

Versification

Forme
10 sizains (sizains)
Rimes
10(aabccb)
Mètre
Heptasyllabes
Strophes
10 sizains
Mots à la rime
a antiques / rustiques féminine, classiqueb moi / roi masculine, classiquec l’espace / s’efface féminine, classiquea village / l’image féminine, classiqueb cardinal / sépulcral masculine, classiquec j’imagine / Joséphine féminine, classiquea l’asile / exile féminine, classiqueb coteau / manteau masculine, classiquec veilles / abeilles féminine, classiquea Louveciennes / païennes féminine, classiqueb embaumé / Bien-Aimé masculine, classiquec comtesse / l’ivresse féminine, classiquea l’automne / découronne féminine, classiqueb échangés / d’orangers masculine, classiquec bacchantes / provocantes féminine, classiquea superbe / herbe féminine, classiqueb roula / enjôla masculine, classiquec m’appuie / s’ennuie féminine, classiquea sourire / écrire féminine, classiqueb Latour / d’amour masculine, classiquec l’histoire / oratoire féminine, classiquea apparaître / maître féminine, classiqueb festins / libertins masculine, classiquec dentelles / rebelles féminine, classiquea ondoie / soie féminine, classiqueb tableau / Watteau masculine, classiquec poème / vous-même féminine, classiquea arbres / marbres féminine, classiqueb d’or / encor masculine, classiquec demeure / heure féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard,Paris, 1951· numérisation poesies.net· Sources