Poésies posthumes, 1857
Le Voyage à Pontchartrain
Paul, un soir, par la gauche riveArriveCroyant voir Madame Aubernon,Mais non.
Où faut-il en quittant VersailleQu’on aille ?Retrouver Hetzel à Meudon ?Va donc !
Hetzel, dînant sur la pelouse,En blouse,Régalait un de ses amisBien mis.
La compagnie offre une prise,Surprise ;On sert au convive nouveauDu veau.
Mais, dit Hetzel, cassant sa croûte,En route !Pour voir Montfort et PontchartrainBon train !
Je crois, dit Paul, que l’on m’inviteBien vite ;Ce n’est pas d’aller à MontfortMon fort !
Sur un cheval ou sur un âneC’est crâne.Mais, dit Hetzel, nous n’irons pasAu pas.
Je vais tirer de ma sacocheUn coche.Prête ton cabriolet neuf,Obeuf !
Paul accède, et, bravant la Parque,S’embarque !Il quitte pour faire sept lieuesCes lieux.
— Obeuf, je trouve que ta hotteCahote ;Nous sommes comme des harengsEn rangs !
Mais, laisserons-nous dans l’attenteMa tante ?Dit Obeuf ; j’ai d’un souper froidEffroi.
Hetzel, tranquille et sans rancuneAucune,Dit : J’ai, ma foi, dans ce réchaudTrès chaud !
Le coche près d’une charretteS’arrête !O spectacle ! on découvre au loinDu foin !
Mais, déjà, sur la nappe blanche,L’éclancheFumait, écrasant de son poidsDes pois.
Et, couvrant d’un vin délectableLa table,Une jeune enfant, douce à voir,L’œil noir,
Le front baissé sous sa cornetteFort nette,Faisait froufrou de son juponFripon.
— Messieurs, dit avec politesseL’hôtesse,Vous aviez deux coussins étroitsPour trois.
— Non pas, dit Hetzel : sur mon âme,Madame,J’ai trouvé ce cabrioletMollet !
Mais Obeuf comme une torpilleRoupille !— Tu t’en vas déjà te coucher,Cocher ?
Paul pourfend comme une flambergeL’auberge ;Hetzel va dans le poulaillerBâiller.
Aussitôt viennent les punaises,Bien aisesDe pouvoir d’un jeune étrangerManger.
Mais Hetzel, trouvant l’EstafetteParfaite,Lit jusqu’au jour ce matinalJournal.
Dans son lit, Paul, dont le nez gonfleEt ronfle,Donne au Diable tous ces taudisMaudits.
Un roulier, tenant sa chandelleTrès belle,Le réveille avec ses sabotsPas beaux.
Mais déjà dans la cheminée,Minée,Voit ses enfants effarouchésCouchés,
Et sur la gouttière que doreL’auroreFait sa toilette un freluquetFriquet.
Paul, se penchant à sa croiséeBoisée,Découvre Hetzel, sous un hangard,Hagard.
— Oh ! dit-il, l’air vous enlumineLa mine ;Vous n’avez pas très bien dormi,L’ami !
— J’ai, dit Hetzel, fait un bon somme,En somme ;Mais je me suis levé matin,Mâtin !
Obeuf, devant son haridelleFidèle,Sous l’enseigne d’un cabaretParait.
Adieu, vallons, coteaux, campagnes,Montagnes !Paul rentre sur ses échalasFort las.
Et, de retour, dans sa chambretteProprette,Il trouve, sur son canapéCampé,
Bonnaire, qui, sombre, à peine ivre,Se livreA d’inconséquents et fréquentsCancans.
Versification
- Forme
- 33 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 33(aabb)
- Mètre
- Dissyllabes et octosyllabes (66 de 2, 66 de 8)· profil 2, 8
- Strophes
- 33 quatrains
- Mots à la rime
- a rive / Arrive féminine, classiqueb Aubernon / non masculine, classiquea Versaille / aille féminine, classiqueb Meudon / donc masculine, non classiquea pelouse / blouse féminine, classiqueb amis / mis masculine, classiquea prise / Surprise féminine, classiqueb nouveau / veau masculine, classiquea croûte / route féminine, classiqueb Pontchartrain / train masculine, classiquea m’invite / vite féminine, classiqueb Montfort / fort masculine, classiquea âne / crâne féminine, classiqueb pas masculine, classiquea sacoche / coche féminine, classiqueb neuf / Obeuf masculine, classiquea Parque / S’embarque féminine, classiqueb lieues / lieux mixte, classiquea hotte / Cahote féminine, mixteb harengs / rangs masculine, classiquea l’attente / tante féminine, classiqueb froid / Effroi masculine, classiquea rancune / Aucune féminine, non classiqueb réchaud / chaud masculine, classiquea charrette / S’arrête féminine, classiqueb loin / foin masculine, classiquea blanche / L’éclanche féminine, classiqueb poids / pois masculine, classiquea délectable / table féminine, classiqueb voir / noir masculine, classiquea cornette / nette féminine, classiqueb jupon / Fripon masculine, classiquea politesse / L’hôtesse féminine, classiqueb étroits / trois masculine, classiquea âme / Madame féminine, classiqueb cabriolet / Mollet masculine, classiquea torpille / Roupille féminine, classiqueb coucher / Cocher masculine, classiquea flamberge / L’auberge féminine, classiqueb poulailler / Bâiller masculine, classiquea punaises / aises féminine, classiqueb étranger / Manger masculine, classiquea l’Estafette / Parfaite féminine, classiqueb matinal / Journal masculine, classiquea gonfle / ronfle féminine, classiqueb taudis / Maudits masculine, classiquea chandelle / belle féminine, classiqueb sabots / beaux masculine, classiquea cheminée / Minée féminine, classiqueb effarouchés / Couchés masculine, classiquea dore / L’aurore féminine, classiqueb freluquet / Friquet masculine, classiquea croisée / Boisée féminine, classiqueb hangard / Hagard masculine, classiquea enlumine / mine féminine, classiqueb dormi / L’ami masculine, classiquea somme féminine, classiqueb matin / Mâtin masculine, classiquea haridelle / Fidèle féminine, classiqueb cabaret / Parait masculine, classiquea campagnes / Montagnes féminine, classiqueb échalas / las masculine, classiquea chambrette / Proprette féminine, classiqueb canapé / Campé masculine, classiquea ivre / livre féminine, classiqueb fréquents / Cancans masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.4· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
132 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard,Paris, 1951· numérisation poesies.net· Sources