Premières poésies, 1835
À Juana
Ô ciel ! je vous revois, madame, —De tous les amours de mon âmeVous le plus tendre et le premier.Vous souvient-il de notre histoire ?Moi, j'en ai gardé la mémoire : —C'était, je crois, l'été dernier.
Ah ! marquise, quand on y pense,Ce temps qu'en folie on dépense,Comme il nous échappe et nous fuit !Sais-tu bien, ma vieille maîtresse,Qu'à l'hiver, sans qu'il y paraisse,J'aurai vingt ans, et toi dix-huit ?
Eh bien ! m'amour, sans flatterie,Si ma rose est un peu pâlie,Elle a conservé sa beauté.Enfant ! jamais tête espagnoleNe fut si belle, ni si folle. —Te souviens-tu de cet été ?
De nos soirs, de notre querelle ?Tu me donnas, je me rappelle,Ton collier d'or pour m'apaiser, —Et pendant trois nuits, que je meure,Je m'éveillai tous les quarts d'heure,Pour le voir et pour le baiser !
Et ta duègne, ô duègne damnée !Et la diabolique journéeOù tu pensas faire mourir,Ô ma perle d'Andalousie,Ton vieux mari de jalousie,Et ton jeune amant de plaisir !
Ah ! prenez-y garde, marquise,Cet amour-là, quoi qu'on en dise,Se retrouvera quelque jour.Quand un cœur vous a contenue,Juana, la place est devenueTrop vaste pour un autre amour.
Mais que dis-je ? ainsi va le monde.Comment lutterais-je avec l'ondeDont les flots ne reculent pas ?Ferme tes yeux, tes bras, ton âme ;Adieu, ma vie, — adieu, madame,Ainsi va le monde ici-bas.
Le temps emporte sur son aileEt le printemps et l'hirondelle,Et la vie et les jours perdus ;Tout s'en va comme la fumée,L'espérance et la renommée,Et moi qui vous ai tant aimée,Et toi qui ne t'en souviens plus !
1831.
Versification
- Forme
- Sizains
- Rimes
- 7(aabccb) 1(aabcccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 7 sizains, 1 septain
- Mots à la rime
- a madame / âme féminine, classiqueb premier / dernier masculine, classiquec histoire / mémoire féminine, classiquea pense / dépense féminine, classiqueb fuit / dix-huit masculine, classiquec maîtresse / paraisse féminine, classiquea flatterie / pâlie féminine, classiqueb beauté / été masculine, classiquec espagnole / folle féminine, classiquea querelle / rappelle féminine, classiqueb m'apaiser / baiser masculine, classiquec meure / d'heure féminine, classiquea damnée / journée féminine, classiqueb mourir / plaisir masculine, classiquec d'Andalousie / jalousie féminine, classiquea marquise / dise féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquec contenue / devenue féminine, classiquea monde / l'onde féminine, classiqueb pas / ici-bas masculine, classiquec âme / madame féminine, classiquea aile / l'hirondelle féminine, classiqueb perdus / plus masculine, classiquec fumée / renommée / aimée féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, Paris, Texte établi par Maurice Allem, Paris, Garnier Frères, 1967, publié par les éditions Classiques Garnier, 1967· numérisation Enclitt· Sources