Premières poésies, 1835
À Julie
On me demande, par les rues,Pourquoi je vais bayant aux grues,Fumant mon cigare au soleil,A quoi se passe ma jeunesse,Et depuis trois ans de paresseCe qu'ont fait mes nuits sans sommeil.
Donne-moi tes lèvres, Julie ;Les folles nuits qui t'ont pâlieOnt séché leur corail luisant.Parfume-les de ton haleine ;Donne-les-moi, mon Africaine,Tes belles lèvres de pur sang.
Mon imprimeur crie à tue-têteQue sa machine est toujours prête,Et que la mienne n'en peut mais.D'honnêtes gens, qu'un club admire,N'ont pas dédaigné de prédireQue je n'en reviendrai jamais.
Julie, as-tu du vin d'Espagne ?Hier, nous battions la campagne ;Va donc voir s'il en reste encor.Ta bouche est brûlante, Julie ;Inventons donc quelque folieQui nous perde l'âme et le corps.
On dit que ma gourme me rentre,Que je n'ai plus rien dans le ventre,Que je suis vide à faire peur ;Je crois, si j'en valais la peine,Qu'on m'enverrait à Sainte-Hélène,Avec un cancer dans le cœur.
Allons, Julie, il faut t'attendreA me voir quelque jour en cendre,Comme Hercule sur son rocher.Puisque c'est par toi que j'expire,Ouvre ta robe, Déjanire,Que je monte sur mon bûcher.
Mars 1832.
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a rues / grues féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquec jeunesse / paresse féminine, classiquea Julie / pâlie féminine, classiqueb luisant / sang masculine, non classiquec haleine / Africaine féminine, classiquea tue-tête / prête féminine, classiqueb mais / jamais masculine, classiquec admire / prédire féminine, classiquea d'Espagne / campagne féminine, classiqueb encor / corps masculine, non classiquec Julie / folie féminine, classiquea rentre / ventre féminine, classiqueb peur / cœur masculine, classiquec peine / Sainte-Hélène féminine, classiquea t'attendre / cendre féminine, classiqueb rocher / bûcher masculine, classiquec j'expire / Déjanire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.6
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, Paris, Texte établi par Maurice Allem, Paris, Garnier Frères, 1967, publié par les éditions Classiques Garnier, 1967· numérisation Enclitt· Sources