Premières poésies, 1835· Chansons à mettre en musique Et fragments
L’andalouse
Avez-vous vu, dans Barcelone,Une Andalouse au sein bruni ?Pâle comme un beau soir d'automne !C'est ma maîtresse, ma lionne !La marquesa d'Amaëgui !
J'ai fait bien des chansons pour elle ;Je me suis battu bien souvent.Bien souvent j'ai fait sentinelle,Pour voir le coin de sa prunelle,Quand son rideau tremblait au vent.
Elle est à moi, moi seul au monde.Ses grands sourcils noirs sont à moi,Son corps souple et sa jambe ronde,Sa chevelure qui l'inonde,Plus longue qu'un manteau de roi !
C'est à moi son beau col qui pencheQuand elle dort dans son boudoir,Et sa basquina sur sa hanche,Son bras dans sa mitaine blanche,Son pied dans son brodequin noir !
Vrai Dieu ! Lorsque son œil pétilleSous la frange de ses réseaux,Rien que pour toucher sa mantille,De par tous les saints de Castille,On se ferait rompre les os.
Qu'elle est superbe en son désordre,Quand elle tombe, les seins nus,Qu'on la voit, béante, se tordreDans un baiser de rage, et mordreEn criant des mots inconnus !
Et qu'elle est folle dans sa joieLorsqu'elle chante le matin,Lorsqu'en tirant son bas de soie,Elle fait, sur son flanc qui ploie,Craquer son corset de satin !
Allons, mon page, en embuscades !Allons ! la belle nuit d'été !Je veux ce soir des sérénadesA faire damner les alcadesDe Tolose au Guadalété !
Versification
- Forme
- 8 quintils (quintils)
- Rimes
- 8(abaab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 8 quintils
- Mots à la rime
- a Barcelone / d'automne / lionne féminine, classiqueb bruni / d'Amaëgui masculine, classiquea elle / sentinelle / prunelle féminine, classiqueb souvent / vent masculine, classiquea monde / ronde / l'inonde féminine, classiqueb moi / roi masculine, classiquea penche / hanche / blanche féminine, classiqueb boudoir / noir masculine, classiquea pétille / mantille / Castille féminine, classiqueb réseaux / os masculine, classiquea désordre / tordre / mordre féminine, classiqueb nus / inconnus masculine, classiquea joie / soie / ploie féminine, classiqueb matin / satin masculine, classiquea embuscades / sérénades / alcades féminine, classiqueb d'été / Guadalété masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, Paris, Texte établi par Maurice Allem, Paris, Garnier Frères, 1967, publié par les éditions Classiques Garnier, 1967· numérisation Enclitt· Sources