Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Premières poésies, 1835

Portia

Alfred de Musset· distiques, alexandrins, 534 vers

Qu’est le hasard ? — C’est le marbre qui reçoit
la vie des mains du statuaire. La Providence donne le hasard.SCHILLER.

I

Les premières clartés‖ du jour avaient rougiL'Orient, quand le comte‖ Onorio LuigiRentra du bal masqué.‖ — Fatigue ou nonchalance,La comtesse à son bras‖ s'appuyait en silence,Et d'une main distraite‖ écartait ses cheveuxQui tombaient en désordre,‖ et voilaient ses beaux yeux.Elle s'alla jeter,‖ en entrant dans la chambre,Sur le bord de son lit.‖ — On était en décembre,Et déjà l'air glacé‖ des longs soirs de janvierSoulevait par instant‖ la cendre du foyer.Luigi n'approcha pas‖ toutefois de la flammeQui l'éclairait de loin.‖ — Il regardait sa femme ;Une idée incertaine‖ et terrible semblaitFlotter dans son esprit,‖ que le sommeil troublait.Le comte commençait‖ à vieillir. — Son visageParaissait cependant‖ se ressentir de l'âgeMoins que des passions‖ qui l'avaient agité.C'était un Florentin ;‖ jeune, il avait étéCe qu'on appelle à Rome‖ un coureur d'aventure.Débauché par ennui,‖ mais triste par nature,Voyant venir le temps,‖ il s'était marié ;Si bien qu'ayant tout vu,‖ n'ayant rien oublié, —Pourquoi ne pas le dire ?‖ il était jaloux. — L'hommeQui vit sans jalousie,‖ en ce bas monde, est commeCelui qui dort sans lampe ;‖ il peut sentir le brasQui vient pour le frapper,‖ mais il ne le voit pas.

Pour le palais Luigi,‖ la porte en était libre.Le comte eût mis en quatre‖ et jeté dans le TibreQuiconque aurait osé‖ toucher sa femme au pied ;Car nul pouvoir humain,‖ quand il avait prié,Ne l'eût fait d'un instant‖ différer ses vengeances.Il avait acheté‖ du ciel ses indulgences ;On le disait du moins.‖ — Qui dans Rome eût penséQu'un tel homme pût être‖ impunément blessé ?Mariée à quinze ans,‖ noble, riche, adorée,De tous les biens du monde‖ à loisir entourée,N'ayant dès le berceau‖ connu qu'une amitié,Sa femme ne l'avait‖ jamais remercié ;Mais quel soupçon pouvait‖ l'atteindre ? Et qu'était-elle,Sinon la plus loyale‖ et la moins infidèleDes épouses ?Luigi s’était levé. LongtempsIl parut réfléchir‖ en marchant à pas lents.Enfin, s'arrêtant court :‖ « Portia, vous êtes lasse,Dit-il, car vous dormez‖ tout debout. — Moi, de grâce ?Prit-elle en rougissant ;‖ oui, j'ai beaucoup dansé.Je me sens défaillir‖ malgré moi. — Je ne sais,Reprit Onorio,‖ quel était ce jeune hommeEn manteau noir ; il est‖ depuis deux jours à Rome.Vous a-t-il adressé‖ la parole ? — De quiParlez-vous, mon ami ?‖ dit Portia. — De celuiQui se tenait debout‖ à souper, ce me semble,Derrière vous ; j'ai cru‖ vous voir parler ensemble.Vous a-t-on dit quel est‖ son nom ? — Je n'en sais rienPlus que vous, dit Portia.‖ — Je l'ai trouvé très bien,Dit Luigi, n'est-ce pas ?‖ Et gageons qu'à cette heure,Il n'est pas comme vous‖ défaillant, que je meure ;Joyeux plutôt. — Joyeux ?‖ sans doute ; et d'où vous vient,S'il vous plaît, ce dessein‖ d'en parler qui vous tient ?— Et, prit Onorio,‖ d'où ce dessein contraire,Lorsque j'en viens parler,‖ de vous en vouloir taire ?Le propos en est-il‖ étrange ? AssurémentPlus d'un méchant parleur‖ le tient en ce moment.Rien n'est plus curieux‖ ni plus gai, sur mon âme,Qu'un manteau noir au bal.‖ — Mon ami, dit la dame,Le soleil va venir‖ tout à l'heure, pourquoiDemeurez-vous ainsi ?‖ Venez auprès de moi.— J'y viens, et c'est le temps,‖ vrai Dieu, que l'on achèveDe quitter son habit‖ quand le soleil se lève !Dormez si vous voulez,‖ mais tenez pour certainQue je n'ai pas sommeil‖ quand il est si matin.— Quoi, me laisser ainsi‖ toute seule ? J'espèreQue non, — n'ayant rien fait,‖ seigneur, pour vous déplaire.

— Madame », dit Luigi‖ s'avançant quatre pas, —Et comme hors du lit‖ pendait un de ses bras,De même que l'on voit‖ d'une coupe approchéeSe saisir ardemment‖ une lèvre séchée,Ainsi vous l'auriez vu‖ sur ce bras endormiMettre un baiser brûlant,‖ — puis, tremblant à demi :« Tu ne le connais pas,‖ ô jeune Vénitienne !Ce poison florentin‖ qui consume une veine,La dévore, et ne veut‖ qu'un mot pour arracherD'un cœur d'homme dix ans‖ de joie, et dessécherComme un marais impur‖ ce premier bien de l'âme,Qui fait l'amour d'un homme,‖ et l'honneur d'une femme !Mal sans fin, sans remède,‖ affreux, que j'ai sucéDans le lait de ma mère,‖ et qui rend insensé.— Quel mal ? dit Portia.— C’est quand on dit d’un hommeQu'il est jaloux. Ceux-là,‖ c'est ainsi qu'on les nomme.— Maria ! dit l'enfant,‖ est-ce de moi, mon Dieu !Que vous seriez jaloux ?— Moi, madame ! à quel lieu ?Jaloux ? vous l'ai-je dit !‖ sur la foi de mon âme,Aucunement ! jaloux‖ pourquoi donc ? Non, madame,Je ne suis pas jaloux ;‖ allez, dormez en paix. »

Comme il s'éloignait d'elle‖ à ce discours, aprèsQu'il se fut au balcon‖ accoudé d'un air sombre(Et le croissant déjà‖ pâlissait avec l'ombre),En regardant sa femme,‖ il vit qu'elle fermaitSes bras sur sa poitrine,‖ et qu'elle s'endormait.

Qui ne sait que la nuit‖ a des puissances telles,Que les femmes y sont,‖ comme les fleurs, plus belles,Et que tout vent du soir‖ qui les peut effleurerLeur enlève un parfum‖ plus doux à respirer ?Ce fut pourquoi, nul bruit‖ ne frappant son ouïe,Luigi, qui l'admirait‖ si fraîche épanouie,Si tranquille, si pure,‖ œil mourant, front penché,Ainsi qu'un jeune faon‖ dans les hauts blés couché,Sentit ceci, — qu'au front‖ d'une femme endormie,Il n'est âme si rude‖ et si bien affermieQui ne trouve de quoi‖ voir son plus dur chagrinSe fondre comme au feu‖ d'une flamme l'airain.Car, à qui s'en fier,‖ mon Dieu ! si la natureNous fait voir à sa face‖ une telle imposture,Qu'il faille séparer‖ la créature en deux,Et défendre son cœur‖ de l'amour de ses yeux !

Cependant que, debout‖ dans son antique salle,Le Toscan sous sa lampe‖ inclinait son front pâle,Au pied de son balcon‖ il crut entendre, au longDu mur, une voix d'homme,‖ avec un violon. —Sur quoi, s'étant sans bruit‖ avancé sous la barre,Il vit distinctement‖ deux porteurs de guitare, —L'un inconnu, — pour l'autre,‖ il n'en pouvait douter,C'était son manteau noir,‖ — il le voulut guetter.Pourtant rien ne trahit‖ ce qu'en sentit son âme,Sinon qu'il mit la main‖ lentement à sa lame,Comme pour éprouver,‖ la tirant à demi,Qu'ayant là deux rivaux,‖ il avait un ami. —

Tout se taisait. Il prit‖ le temps de reconnaîtreLes traits du cavalier ;‖ puis, fermant sa fenêtreSans bruit, et sans que rien‖ sur ses traits eût changé,Il vit si dans le lit‖ sa femme avait bougé.— Elle était immobile,‖ et la nuit défaillanteLa découvrait au jour‖ plus belle et plus riante.Donc notre Florentin,‖ ayant dit ses avésDu soir, se mit au lit.‖ — Frère, si vous avezPar le monde jamais‖ vu quelqu'un de Florence,Et de son sang en lui‖ pris quelque expérience,Vous savez que la haine‖ en ce pays n'est pasUn géant comme ici‖ fier et levant le bras ;C'est une empoisonneuse‖ en silence accroupieAu revers d'un fossé,‖ qui de loin vous épie,Boiteuse, retenant‖ son souffle avec sa voix,Et, crainte de faillir,‖ s'y prenant à deux fois.

II

L'église était déserte,‖ et les flambeaux funèbresCroisaient en chancelant‖ leurs feux dans les ténèbres,Quand le jeune étranger‖ s'arrêta sur le seuil.Sa main n'écarta pas‖ son long manteau de deuilPour puiser l'eau bénite‖ au bord de l'urne sainte.Il entra sans respect‖ dans la divine enceinte,Mais aussi sans mépris.‖ — Quelques religieuxPriaient bas, et le chœur‖ était silencieux.Les orgues se taisaient,‖ les lampes immobilesSemblaient dormir en paix‖ sous les voûtes tranquilles ;Un écho prolongé‖ répétait chaque pas.Solitudes de Dieu !‖ qui ne vous connaît pas ?Dômes mystérieux,‖ solennité sacrée,Quelle âme, en vous voyant,‖ est jamais demeuréeSans doute ou sans terreur ?‖ — Toutefois devant vousL'inconnu ne baissa‖ le front ni les genoux.Il restait en silence‖ et comme dans l'attente.— L'heure sonne. — Ce fut‖ une femme tremblanteDe vieillesse sans doute,‖ ou de froid (car la nuitÉtait froide), qui vint‖ à lui. « Le temps s'enfuit,Dit-il, entendez-vous‖ le coq chanter ? La rueParaît déserte encor,‖ mais l'ombre diminue ;Marchez donc devant moi.‖ » La vieille répliqua :« Voici la clef ; allez‖ jusqu'à ce mur, c'est làQu'on vous attend ; allez‖ vite, et faites en sorteQu'on vous voie. — Merci »‖, dit l'étranger. — La porteRetomba lentement‖ derrière lui. « Le cielLes garde ! » dit la vieille‖ en marchant à l'autel.

Où donc, noble jeune homme,‖ à cette heure où les ombresSous les pieds du passant‖ tendent leurs voiles sombres,Où donc vas-tu si vite ?‖ et pourquoi ton coursierFait-il jaillir le feu‖ de l'étrier d'acier ?Ta dague bat tes flancs,‖ et ta tempe ruisselle :Jeune homme, où donc vas-tu ?‖ qui te pousse ou t'appelle ?Pourquoi comme un fuyard‖ sur l'arçon te courber ?Frère, la terre est grise,‖ et l'on y peut tomber.Pourtant ton serviteur‖ fidèle, hors d'haleine,Voit de loin ton panache,‖ et peut le suivre à peine.Que Dieu soit avec toi,‖ frère, si c'est l'amourQui t'a dans l'ombre ainsi‖ fait devancer le jour !L'amour sait tout franchir,‖ et bienheureux qui laisseLa sueur de son front‖ aux pieds de sa maîtresse !Nulle crainte en ton cœur,‖ nul souci du danger,Va ! — Car ce qui t'attend‖ là-bas, jeune étranger,Que ce soit une main‖ à la tienne tendue,Que ce soit un poignard‖ au tournant d'une rue,Qu'importe ? — Va toujours,‖ frère, Dieu seul est grand !

Mais, près de ce palais,‖ pourquoi ton œil errantCherche-t-il donc à voir‖ et comme à reconnaîtreCe kiosque, à la nuit close‖ entr'ouvrant sa fenêtre ?Tes vœux sont-ils si haut‖ et si loin avancés ?Jeune homme, songes-y ;‖ ce réduit, tu le sais,Se tient plus invisible‖ à l'œil, que la penséeDans le cœur de son maître,‖ inconnue et glacée.Pourtant au pied du mur,‖ sous les arbres caché,Comme un chasseur, l'oreille‖ au guet, tu t'es penché.D'où partent ces accents ?‖ et quelle voix s'élèveEntre ces barreaux, douce‖ et faible comme un rêve ?

« Dalti, mon cher trésor,‖ mon amour, est-ce toi ? —Portia ! flambeau du ciel !‖ Portia, ta main ; c'est moi. »

Rien de plus. — Et déjà‖ sur l'échelle de soieUne main l'attirait,‖ palpitante de joie ;Déjà deux bras ardents,‖ de baisers enchaîné,L'avaient comme une proie‖ à l'alcôve traîné.

Ô vieillards décrépits !‖ têtes chauves et nues !Cœurs brisés, dont le temps‖ ferme les avenues !Centenaires voûtés,‖ spectres à chef branlant,Qui, pâles au soleil,‖ cheminez d'un pied lent !C'est vous qu'ici j'invoque,‖ et prends en témoignage.Vous n'avez pas toujours‖ été sans vie, et l'âgeN'a pas toujours plié‖ de ses mains de géantVotre front à la terre,‖ et votre âme au néant !Vous avez eu des yeux,‖ des bras et des entrailles !Dites-nous donc, avant‖ que de vos funéraillesL'heure vous vienne prendre,‖ ô vieillards, dites-nousComme un cœur à vingt ans‖ bondit au rendez-vous !

« Amour, disait l'enfant,‖ après que, demi-nue,Elle s'était, mourante,‖ à ses pieds étendue,Vois-tu comme tout dort ?‖ Que ce silence est doux !Dieu n'a dans l'univers‖ laissé vivre que nous. »Puis elle l'admirait‖ avec un doux sourire,Comme elles font toujours.‖ Quelle femme n'admireCe qu'elle aime, et quel front‖ peut-elle préférerA celui que ses yeux‖ ne peuvent rencontrerSans se voiler de pleurs !‖ « Voyons, lui disait-elle,T'es-tu fait beau pour moi,‖ qui me suis faite belle ?Pour qui ce collier d'or ?‖ pour qui ces fins bijoux ?Ce beau panache noir ?‖ Était-ce un peu pour nous ? »Et puis elle ajouta :‖ « Mon amour ! que personneNe vous ait vu venir‖ surtout, car j'en frissonne. »

Mais le jeune Dalti‖ ne lui répondait pas ;Aux rayons de la lune,‖ il avait de ses brasEntouré doucement‖ sa pâle bien-aimée ;Elle laissait tomber‖ sa tête parfuméeSur son épaule, et lui‖ regardait, incliné,Son beau front, d'espérance‖ et de paix couronné !

« Portia, murmura-t-il,‖ cette glace dans l'ombreJette un reflet trop pur‖ à cette alcôve sombre ;Ces fleurs ont trop d'éclat,‖ tes yeux trop de langueurs ;Que ne m'accablais-tu,‖ Portia, de tes rigueurs !Peut-être, Dieu m'aidant,‖ j'eusse trouvé des armes.Mais quand tu m'as noyé‖ de baisers et de larmes,Dis, qui peut m'en défendre,‖ ou qui m'en guérira ?Tu m'as fait trop heureux ;‖ ton amour me tuera ! »

Et comme sur le bord‖ de la longue ottomane,Elle attachée à lui‖ comme un lierre au platane,Il s'était renversé‖ tremblant à ce discours,Elle le vit pâlir :‖ « O mes seules amours,Dit-il, en toute chose‖ il est une barrièreOù, pour grand qu'on se sente,‖ on se jette en arrière ;De quelque fol amour‖ qu'on ait empli son cœur,Le désir est parfois‖ moins grand que le bonheur ;Le ciel, ô ma beauté,‖ ressemble à l'âme humaine :Il s'y trouve une sphère‖ où l'aigle perd haleine,Où le vertige prend,‖ où l'air devient le feu,Et l'homme doit mourir‖ où commence le Dieu. »

La lune se voilait ;‖ la nuit était profonde,Et nul témoin des cieux‖ ne veillait sur le monde.La lampe tout à coup‖ s'éteignit. « Reste là,Dit Portia, je m'en vais‖ l'allumer. » Elle allaSe baisser au foyer.‖ — La cendre à demi morteCouvrait à peine encore‖ une étincelle, en sorteQu'elle resta longtemps.‖ — Mais lorsque la clartéEut enfin autour d'eux‖ chassé l'obscurité :« Ciel et terre, Dalti !‖ Nous sommes trois, dit-elle.— Trois », répéta près d'eux‖ une voix à laquelleRépondirent au loin‖ les voûtes du château.Immobile, caché‖ sous les plis d'un manteau,Comme au seuil d'une porte‖ une antique statue,Onorio, debout,‖ avait frappé leur vue.— D'où venait-il ainsi ?‖ Les avait-il guettésEn silence longtemps,‖ et longtemps écoutés ?De qui savait-il l'heure,‖ et quelle patienceL'avait fait une nuit‖ épier la vengeance ?Cependant son visage‖ était calme et serein,Son fidèle poignard‖ n'était pas dans sa main,Son regard ne marquait‖ ni colère ni haine ;Mais ses cheveux, plus noirs,‖ la veille, que l'ébène,Chose étrange à penser,‖ étaient devenus blancs.Les amants regardaient,‖ sous les rayons tremblantsDe la lampe déjà‖ par l'aurore obscurcie,Ce vieillard d'une nuit,‖ cette tête blanchie,Avec ses longs cheveux‖ plus pâles que son front.« Portia, dit-il, d'un ton‖ de voix lent et profond ;Quand ton père, en mourant,‖ joignit nos mains, la mienneResta pourtant ouverte ;‖ en retirer la tienneÉtait aisé. Pourquoi‖ l'as-tu donc fait si tard ? »

Mais le jeune Dalti‖ s'était levé. « Vieillard,Ne perdons pas de temps.‖ Vous voulez cette femme ?En garde ! Qu'un de nous‖ la rende avec son âme.

— Je le veux », dit le comte ;‖ et deux lames déjàBrillaient en se heurtant.‖ — Vainement la PortiaSe traînait à leurs pieds,‖ tremblante, échevelée.Qui peut sous le soleil‖ tromper sa destinée ?Quand des jours et des nuits‖ qu'on nous compte ici-basLe terme est arrivé,‖ la terre sous nos pasS'entr'ouvrirait plutôt :‖ que sert qu'on s'en défende ?Lorsque la fosse attend,‖ il faut qu'on y descende.Le comte ne poussa‖ qu'un soupir, et tomba.Dalti n'hésita pas.‖ « Viens, dit-il à Portia,Sortons. » Mais elle était‖ sans parole, et mourante.Il prit donc d'une main‖ le cadavre, l'amanteDe l'autre, et s'éloigna.‖ La nuit ne permit pasDe voir de quel côté‖ se dirigeaient ses pas.

III

Une heure est à Venise,‖ — heure des sérénades,Lorsqu'autour de Saint-Marc‖ sous les sombres arcades,Les pieds dans la rosée,‖ et son masque à la main,Une nuit de printemps‖ joue avec le matin,Nul bruit ne trouble plus,‖ dans les palais antiques,La majesté des saints‖ debout sous les portiques.La ville est assoupie,‖ et les flots prisonniersS'endorment sur le bord‖ de ses blancs escaliers.C'est alors que de loin,‖ au détour d'une allée,Se détache en silence‖ une barque isolée,Sans voile, pour tout guide‖ ayant son matelot,Avec son pavillon‖ flottant sous son falot.Telle, au sein de la nuit,‖ et par l'onde bercée,Glissait, par le Zéphyr‖ lentement balancée,La légère chaloupe‖ où le jeune DaltiAgitait en ramant‖ le flot appesanti.Longtemps, au double écho‖ de la vague plaintive,On le vit s'éloigner,‖ en voguant, de la rive ;Mais lorsque la cité,‖ qui semblait s'abaisserEt lentement au loin‖ dans les flots s'enfoncer,Eut, en se dérobant,‖ laissé l'horizon vide,Semblable à l'alcyon‖ qui, dans son cours rapide,S'arrête tout à coup,‖ la chaloupe écartaSes rames sur l'azur‖ des mers, et s'arrêta.« Portia, dit l'étranger,‖ un vent plus doux commenceA se faire sentir.‖ — Chante-moi ta romance. »

Peut-être que le seuil‖ du vieux palais LuigiDu pur sang de son maître‖ était encor rougi ;Que tous les serviteurs‖ sur les draps funérairesN'avaient pas achevé‖ leurs dernières prières ;Peut-être qu'alentour‖ des sinistres apprêtsLes moines, s'agitant‖ comme de noirs cyprès,Et mêlant leurs soupirs‖ aux cantiques des vierges,N'avaient pas sur la tombe‖ encore éteint les cierges ;Peut-être de la veille‖ avait-on retrouvéLe cadavre perdu,‖ le front sous un pavé ;Son chien pleurait sans doute‖ et le cherchait encore.Mais quand Dalti parla,‖ Portia prit sa mandore,Mêlant sa douce voix,‖ que l'écho répétait,Au murmure moqueur‖ du flot qui l'emportait.— Quel homme fut jamais‖ si grand, qu'il se pût croireCertain, ayant vécu,‖ d'avoir une mémoireOù son souvenir, jeune‖ et bravant le trépas,Pût revivre une vie,‖ et ne s'éteindre pas ?Les larmes d'ici-bas‖ ne sont qu'une roséeDont un matin au plus‖ la terre est arrosée,Que la brise secoue,‖ et que boit le soleil ;Puis l'oubli vient au cœur,‖ comme aux yeux le sommeil.

Dalti, le front baissé,‖ tantôt sur son amantePromenait ses regards,‖ tantôt sur l'eau dormante.Ainsi muet, penchant‖ sa tête sur sa main,Il sembla quelque temps‖ demeurer incertain.« Portia, dit-il enfin,‖ ce que vous pouviez faire,Vous l'avez fait ; c'est bien.‖ Parlez-moi sans mystère :Vous en repentez-vous ?‖ — Moi, dit-elle, de quoi ?— D'avoir, dit l'étranger,‖ abandonné pour moiVos biens, votre maison‖ et votre renommée(Il fixa de ses yeux‖ perçants sa bien-aimée.Et puis il ajouta‖ d'un ton dur), — votre époux. »Elle lui répondit :‖ « J'ai fait cela pour vous ;Je ne m’en repens pas.— Ô nature, nature !Murmura l'étranger,‖ vois cette créature :Sous les cieux les plus doux‖ qui la pouvaient nourrir,Cette fleur avait mis‖ dix-huit ans à s'ouvrir.A-t-elle pu tomber‖ et se faner si vite,Pour avoir une nuit‖ touché ma main maudite ?C'est bien, poursuivit-il,‖ c'est bien, elle est à moi.Viens, dit-il à Portia,‖ viens et relève-toi.T'est-il jamais venu‖ dans l'esprit de connaîtreQui j’étais ? qui je suis ?— Eh ! qui pouvez-vous être,Mon ami, si ce n'est‖ un riche et beau seigneur ?Nul ne vous parle ici,‖ qui ne vous rende honneur.— As-tu, dit le jeune homme,‖ autour des promenades,Rencontré quelquefois,‖ le soir, sous les arcades,De ces filles de joie‖ errant en carnaval,Qui traînent dans la boue‖ une robe de bal ?Elles n'ont pas toujours‖ au bout de la journéeDu pain pour leur souper.‖ Telle est leur destinée ;Car souvent de besoin‖ ces spectres consumésProdiguent aux passants‖ des baisers affamés.Elles vivent ainsi.‖ C'est un sort misérable,N'est-il pas vrai ? Le mien‖ cependant est semblable.

— Semblable à celui-là !‖ dit l'enfant. Je vois bien,Dalti, que vous voulez‖ rire, et qu'il n'en est rien.— Silence ! dit Dalti,‖ la vérité tardiveDoit se montrer à vous‖ ici, quoi qu'il arrive.Je suis fils d’un pêcheur.— Maria ; Maria !Prenez pitié de nous,‖ si c'est vrai, dit Portia.

— C'est vrai, dit l'étranger.‖ Écoutez mon histoire.Mon père était pêcheur ;‖ mais je n'ai pas mémoireDu jour où pour partir‖ le destin l'appela,Me laissant pour tout bien‖ la barque où nous voilà.J'avais quinze ans, je crois ;‖ je n'aimais que mon père,Ma venue en ce monde‖ ayant tué ma mère,Mon véritable nom‖ est Daniel Zoppieri.Pendant les premiers temps‖ mon travail m'a nourri,Je suivais le métier‖ qu'avait pris ma famille ;L'astre mystérieux‖ qui sur nos têtes brilleVoyait seul quelquefois‖ tomber mes pleurs amersAu sein des flots sans borne‖ et des profondes mers ;Mais c'était tout. D'ailleurs,‖ je vivais seul, tranquille,Couchant où je pouvais,‖ rarement à la ville.Mon père cependant,‖ qui, pour un batelier,Était fier, m'avait fait‖ d'abord étudier ;Je savais le toscan,‖ et j'allais à l'église ;Ainsi dès ce temps-là‖ je connaissais Venise.Un soir, un grand seigneur ;‖ Michel Gianinetto,Pour donner un concert‖ me loua mon bateau.Sa maîtresse (c'était,‖ je crois, la Muranèse)Y vint seule avec lui ;‖ la mer était mauvaise ;Au bout d'une heure au plus‖ un orage éclata.Elle, comme un enfant‖ qu'elle était, se jetaDans mes bras, effrayée,‖ et me serra contre elle.Vous savez son histoire,‖ et comme elle était belle ;Je n'avais jusqu'alors‖ rien rêvé de pareil,Et de cette nuit-là‖ je perdis le sommeil. »

L'étranger, à ces mots,‖ parut reprendre haleine ;Puis, Portia l'écoutant‖ et respirant à peine,Il poursuivit :« Venise ! ô perfide cité,A qui le ciel donna‖ la fatale beauté,Je respirai cet air‖ dont l'âme est amollie,Et dont ton souffle impur‖ empesta l'Italie !Pauvre et pieds nus, la nuit,‖ j'errais sous tes palais.Je regardais tes grands,‖ qu'un peuple de valetsEntoure, et rend pareils‖ à des paralytiques,Tes nobles arrogants,‖ et tous tes magnifiquesDont l'ombre est saluée,‖ et dont aucun ne dortQue sous un toit de marbre‖ et sur un pavé d'or.Je n'étais cependant‖ qu'un pêcheur ; mais, aux fêtes,Quand j'allais au théâtre‖ écouter les poètes,Je revenais le cœur‖ plein de haine, et navré.Je lisais, je cherchais ;‖ c'est ainsi, par degré,Que je chassai, Portia,‖ comme une ombre légère,L'amour de l'Océan,‖ ma richesse première.Je vous vis, — je vendis‖ ma barque et mes filets.Je ne sais pas pourquoi,‖ ni ce que je voulais,Pourtant je les vendis.‖ C'était ce que sur terreJ'avais pour tout trésor,‖ ou pour toute misère.Je me mis à courir,‖ emportant en cheminTout mon bien qui tenait‖ dans le creux de ma main.Las de marcher bientôt,‖ je m'assis, triste et morne,Au fond d'un carrefour,‖ sur le coin d'une borne.J'avais vu par hasard,‖ auprès d'un mauvais lieuDe la place Saint-Marc,‖ une maison de jeu.J'y courus. Je vidai‖ ma main sur une table,Puis, muet, attendant‖ l'arrêt inévitable,Je demeurai debout.‖ Ayant gagné d'abord,Je résolus de suivre‖ et de tenter le sort.Mais pourquoi vous parler‖ de cette nuit terrible ?Toute une nuit, Portia,‖ le démon invincibleMe cloua sur la place,‖ et je vis devant moiPièce à pièce tomber‖ la fortune d'un roi.Ainsi je demeurai,‖ songeant au fond de l'âme,Chaque fois qu'en criant‖ tournait la roue infâme,Que la mer était proche,‖ et qu'à me recevoirSerait toujours tout prêt‖ ce lit profond et noir.Le banquier cependant,‖ voyant son coffre vide,Me dit que c'était tout.‖ Chacun d'un œil avideSuivait mes mouvements ;‖ je tendis mon manteau.On me jeta dedans‖ la valeur d'un château,Et la corruption‖ de trente courtisanes.Je sortis. — Je restai‖ trois jours sous les platanesOù je vous avais vue,‖ ayant pour tout espoir,Quand vous y passeriez,‖ d'attendre et de vous voir.Tout le reste est connu de vous.— Bonté divine !Dit l'enfant, est-ce là‖ tout ce qui vous chagrine ?Quoi ? de n'être pas noble ?‖ Est-ce que vous croyezQue je vous aimerais‖ plus quand vous le seriez ?— Silence ! dit Dalti,‖ vous n'êtes que la femmeDu pêcheur Zoppieri ;‖ non, sur ma foi, madame,Rien de plus.— Et quoi rien, mon amour ?— Rien de plus,Vous dis-je ; ils sont partis‖ comme ils étaient venus,Ces biens. Ce fut hier‖ la dernière journéeOù j'ai (pour vous du moins‖) tenté la destinée.J'ai perdu ; voyez donc‖ ce que vous décidez.— Vous avez tout perdu ?— Tout, sur trois coups de dés ;Tout, jusqu'à mon palais,‖ cette barque exceptéeQue j'ai depuis longtemps‖ en secret rachetée :Maudissez-moi, Portia ;‖ mais je ne ferai pas,Sur mon âme, un effort‖ pour retenir vos pas.Pourquoi je vous ai prise,‖ et sans remords menéeAu point de partager‖ ainsi ma destinée,Ne le demandez pas.‖ Je l'ai fait ; c'est assez.Vous pouvez me quitter‖ et partir ; choisissez. »Portia, dès le berceau,‖ d'amour environnée,Avait vécu comtesse‖ ainsi qu'elle était née.Jeune, passant sa vie‖ au milieu des plaisirs,Elle avait de bonne heure‖ épuisé les désirs,Ignorant le besoin,‖ et jamais, sur la terre,Sinon pour l'adoucir,‖ n'ayant vu de misère.Son père, déjà vieux,‖ riche et noble seigneur,Quoique avare, l'aimait‖ et n'avait de bonheurQu'à la voir admirer,‖ et quand on disait d'elleQu'étant la plus heureuse,‖ elle était la plus belle.Car tout lui souriait,‖ et même son époux,Onorio, n'avait‖ plié les deux genouxQue devant elle et Dieu.‖ Cependant, en silence,Comme Dalti parlait,‖ sur l'Océan immenseLongtemps elle sembla‖ porter ses yeux errants.L'horizon était vide,‖ et les flots transparentsNe reflétaient au loin‖ sur leur abîme sombre,Que l'astre au pâle front‖ qui s'y mirait dans l'ombre.Dalti la regardait,‖ mais sans dire un seul mot.

— Avait-elle hésité ?‖ — Je ne sais ; — mais bientôt,Comme une tendre fleur‖ que le vent déracine,Faible, et qui lentement‖ sur sa tige s'incline,Telle elle détourna‖ la tête, et lentementS'inclina tout en pleurs‖ jusqu'à son jeune amant.« Songez bien, dit Dalti,‖ que je ne suis, comtesse,Qu'un pêcheur ; que demain,‖ qu'après, et que sans cesseJe serai ce pêcheur.‖ Songez bien que tous deuxAvant qu'il soit longtemps‖ nous allons être vieux ;Que je mourrai peut-être avant vous.— Dieu rassembleLes amants, dit Portia ;‖ nous partirons ensemble.Ton ange en t'emportant‖ me prendra dans ses bras. »

Mais le pêcheur se tut,‖ car il ne croyait pas.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
261((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a rougi / Luigi masculine, classiqueb nonchalance / silence féminine, classiquec cheveux / yeux masculine, classiqued chambre / décembre féminine, classiquee janvier / foyer masculine, classiquef flamme / femme féminine, classiqueg semblait / troublait masculine, classiqueh visage / l'âge féminine, classiquei agité / été masculine, classiquej d'aventure / nature féminine, classiquek marié / oublié masculine, classiquel L'homme / comme féminine, classiquem bras / pas masculine, classiquea libre / Tibre féminine, classiqueb pied / prié masculine, non classiquec vengeances / indulgences féminine, classiqued pensé / blessé masculine, classiquee adorée / entourée féminine, classiquef amitié / remercié masculine, classiqueg qu'était-elle / infidèle féminine, classiqueh épouses / Longtemps / lents masculine, classiquei lasse / grâce féminine, classiquej dansé / sais masculine, classiquek homme / Rome féminine, équivalentel qui / celui masculine, classiquem semble / ensemble féminine, classiquen rien / bien masculine, classiqueo heure / meure féminine, classiquep vient / tient masculine, classiqueq contraire / taire féminine, classiquer Assurément / moment masculine, classiques âme / dame féminine, classiquet pourquoi / moi masculine, classiqueu achève / lève féminine, classiquev certain / matin masculine, classiquew J'espère / déplaire féminine, classiquea pas / bras masculine, classiqueb approchée / séchée féminine, classiquec endormi / demi masculine, classiqued Vénitienne / veine féminine, classiquee arracher / dessécher masculine, classiquef l'âme / femme féminine, classiqueg sucé / insensé masculine, classiqueh Portia / homme / nomme féminine, classiquei Dieu / jaloux / lieu masculine, classiquej âme / madame féminine, classiquek paix / après masculine, classiqueb sombre / l'ombre féminine, classiquec fermait / s'endormait masculine, classiquea telles / belles féminine, classiqueb effleurer / respirer masculine, classiquec ouïe / épanouie féminine, classiqued penché / couché masculine, classiquee endormie / affermie féminine, classiquef chagrin / l'airain masculine, classiqueg nature / imposture féminine, classiqueh deux / yeux masculine, classiquea salle / pâle féminine, classiqueb long / violon masculine, classiquec barre / guitare féminine, non classiqued douter / guetter masculine, classiquee âme / lame féminine, classiquef demi / ami masculine, classiquea reconnaître / fenêtre féminine, classiqueb changé / bougé masculine, classiquec défaillante / riante féminine, classiqued avés / avez masculine, classiquee Florence / expérience féminine, classiqueg accroupie / épie féminine, classiqueh voix / fois masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb seuil / deuil masculine, classiquec sainte / enceinte féminine, classiqued religieux / silencieux masculine, classiquee immobiles / tranquilles féminine, classiquef pas masculine, classiqueg sacrée / demeurée féminine, classiqueh vous / genoux masculine, classiquei l'attente / tremblante féminine, classiquej nuit / s'enfuit masculine, classiquek rue / diminue féminine, classiquel répliqua / là masculine, classiquem sorte / porte féminine, classiquen ciel / l'autel masculine, classiquea ombres / sombres féminine, classiqueb coursier / d'acier masculine, classiquec ruisselle / t'appelle féminine, classiqued courber / tomber masculine, classiquee d'haleine / peine féminine, classiquef l'amour / jour masculine, classiqueg laisse / maîtresse féminine, classiqueh danger / étranger masculine, classiquei tendue / rue féminine, classiquej grand / errant masculine, classiquec avancés / sais masculine, classiqued pensée / glacée féminine, classiquee caché / penché masculine, équivalentef s'élève / rêve féminine, classiquea toi / moi masculine, classiquea soie / joie féminine, classiqueb enchaîné / traîné masculine, classiquea nues / avenues féminine, classiqueb branlant / lent masculine, classiquec témoignage / l'âge féminine, classiqued géant / néant masculine, classiquee entrailles / funérailles féminine, classiquef dites-nous / rendez-vous masculine, classiquea demi-nue / étendue féminine, classiqueb doux / nous masculine, classiquec sourire / n'admire féminine, classiqued préférer / rencontrer masculine, classiquee disait-elle / belle féminine, classiquef bijoux / nous masculine, classiqueg personne / frissonne féminine, classiqueb bien-aimée / parfumée féminine, classiquec incliné / couronné masculine, classiquea l'ombre / sombre féminine, classiqueb langueurs / rigueurs masculine, classiquec armes / larmes féminine, classiqued guérira / tuera masculine, classiquea ottomane / platane féminine, classiqueb discours / amours masculine, classiquec barrière / arrière féminine, classiqued cœur / bonheur masculine, classiquee humaine / haleine féminine, classiquef feu / Dieu masculine, classiquea profonde / monde féminine, classiqueb là / alla masculine, classiquec morte / sorte féminine, classiqued clarté / l'obscurité masculine, classiquee dit-elle / laquelle féminine, classiquef château / manteau masculine, classiqueg statue / vue féminine, classiqueh guettés / écoutés masculine, classiquei patience / vengeance féminine, classiquej serein / main masculine, classiquek haine / l'ébène féminine, classiquel blancs / tremblants masculine, classiquem obscurcie / blanchie féminine, classiquen front / profond masculine, classiqueo mienne / tienne féminine, classiquep tard / Vieillard masculine, classiqueb femme / âme féminine, classiquea déjà / Portia masculine, classiqueb échevelée / destinée féminine, classiquec ici-bas / pas masculine, classiqued défende / descende féminine, classiquee tomba / Portia masculine, classiquef mourante / l'amante féminine, classiquea sérénades / arcades féminine, classiqueb main / matin masculine, classiquec antiques / portiques féminine, classiqued prisonniers / escaliers masculine, classiquee allée / isolée féminine, classiquef matelot / falot masculine, classiqueg bercée / balancée féminine, classiqueh Dalti / appesanti masculine, classiquei plaintive / rive féminine, classiquej s'abaisser / s'enfoncer masculine, classiquek vide / rapide féminine, classiquel écarta / s'arrêta masculine, classiquem commence / romance féminine, classiquea Luigi / rougi masculine, classiqueb funéraires / prières féminine, classiquec apprêts / cyprès masculine, classiqued vierges / cierges féminine, classiquee retrouvé / pavé masculine, classiquef encore / mandore féminine, classiqueg répétait / l'emportait masculine, classiqueh croire / mémoire féminine, classiquei trépas / pas masculine, classiquej rosée / arrosée féminine, classiquek soleil / sommeil masculine, classiquea amante / dormante féminine, classiqueb main / incertain masculine, classiquec faire / mystère féminine, classiqued quoi / moi masculine, classiquee renommée / bien-aimée féminine, classiquef époux / vous masculine, classiqueg pas / nature / créature féminine, classiqueh nourrir / s'ouvrir masculine, classiquei vite / maudite féminine, classiquej moi / relève-toi masculine, classiquek connaître / suis / être féminine, classiquel seigneur / honneur masculine, classiquem promenades / arcades féminine, classiquen carnaval / bal masculine, classiqueo journée / destinée féminine, classiquep consumés / affamés masculine, classiqueq misérable / semblable féminine, classiquea bien / rien masculine, classiqueb tardive / arrive féminine, classiquec pêcheur / Maria / Portia masculine, classiquea histoire / mémoire féminine, classiqueb l'appela / voilà masculine, classiquec père / mère féminine, classiqued Zoppieri / nourri masculine, classiquee famille / brille féminine, classiquef amers / mers masculine, classiqueg tranquille / ville féminine, classiqueh batelier / étudier masculine, classiquei l'église / Venise féminine, classiquej Gianinetto / bateau masculine, classiquek Muranèse / mauvaise féminine, classiquel éclata / jeta masculine, classiquem elle / belle féminine, classiquen pareil / sommeil masculine, classiquea haleine / peine féminine, classiqueb poursuivit / cité / beauté masculine, classiquec amollie / l'Italie féminine, classiqued palais / valets masculine, classiquee paralytiques / magnifiques féminine, classiquef dort / d'or masculine, classiqueg fêtes / poètes féminine, classiqueh navré / degré masculine, non classiquei légère / première féminine, classiquej filets / voulais masculine, classiquek terre / misère féminine, classiquel chemin / main masculine, classiquem morne / borne féminine, classiquen lieu / jeu masculine, classiqueo table / inévitable féminine, classiquep d'abord / sort masculine, classiqueq terrible / invincible féminine, classiquer moi / roi masculine, classiques l'âme / infâme féminine, classiquet recevoir / noir masculine, classiqueu vide / avide féminine, classiquev manteau / château masculine, classiquew courtisanes / platanes féminine, classiquex espoir / voir masculine, classiquey vous / divine / chagrine féminine, classiquez croyez / seriez masculine, classiquea femme / madame féminine, classiqueb plus / amour / venus masculine, classiqued décidez / perdu / dés masculine, classiquee exceptée / rachetée féminine, classiqueg menée / destinée féminine, classiqueh assez / choisissez masculine, classiquei environnée / née féminine, classiquej plaisirs / désirs masculine, classiquel seigneur / bonheur masculine, classiquem d'elle / belle féminine, classiquen époux / genoux masculine, classiqueo silence / immense féminine, classiquep errants / transparents masculine, classiquer mot / bientôt masculine, classiqueb déracine / s'incline féminine, classiquec lentement / amant masculine, classiqued comtesse / cesse féminine, classiquee deux / vieux masculine, classiquef vous / rassemble / ensemble féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

534 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, Paris, Texte établi par Maurice Allem, Paris, Garnier Frères, 1967, publié par les éditions Classiques Garnier, 1967· numérisation Enclitt· Sources