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un seul est le mot juste.

Élégies nationales et satires politiques, 1826· Élégies nationales

À Béranger

Gérard de Nerval· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 95 vers

De mes rêves brillans‖ douce et frêle espérance,Ces chants, que produisit‖ un trop rare loisir,C’est au poète de la France,C’est à toi, Béranger,‖ que j’ose les offrir !J’aurais pu, leur donnant‖ un essor moins rapide,Les rendre plus dignes de toi ;Mais ma Muse a pâli d’effroiDevant vin avenir perfide.Pourtant, daigne sourire‖ à ses faibles essais !

Par leur patriotisme‖ ils te plairont peut-être,Et puissent-ils en moi‖ te faire reconnaîtreSinon un bon poète,‖ au moins un bon Français !Je le suis, car tes vers‖ plurent à mon enfance,Car je chéris tes chants‖ nobles ou gracieux,Car je sens se mouiller mes yeux,Quand ils nous parlent de la France.

Épouvanté de ses revers,Mais animé par ses victoires,C’est à ses malheurs, à ses gloires,Que j’ai voué mes premiers vers.Plus de succès peut-être‖ attendaient ma jeunesse,Si leur vol moins audacieuxEût su flatter de sa bassesseD’autres autels et d’autres dieux ;Mais, à ton idole chérie,Ma Muse a consacré ses jours :Un sourire de la PatrieVaut mieux que la faveur des Cours.

Qu’ils partent, je les abandonne,Ces vers, poétiques enfans,Soit qu’on leur garde une couronneOu qu’on enchaîne leurs, accens ;Car déjà l’horizon menace,Et le but désiré s’effaceParmi des nuages sanglans !

Qui les amoncela ?‖ Quel effrayant murmureA répandu l’effroi‖ dans nos murs attristés ?Quel monstre osa flétrir‖ de soi ; haleine impureL’espoir de la patrie‖ et de nos libertés ?Ah ! déjà ton courage‖ a connu sa puissance,Et sa fureur, plus d’une fois,A su livrer ton innocenceAux fers dont on pare les lois.

Mais que dis-je ? Ces fers,‖ ils m’attendent peut-être,Car le monstre odieux‖ nous a tous menacés :Le disciple comme le maîtreSe verront réunis‖ dans ses liens glacés ;Il suffit, pour s’en rendre digne,D’aimer la patrie et ses droits,Et sa lâche fureur‖ étouffera la voixDu faible passereau,‖ comme celle du cigne.

Pour mon noble pays,‖ dont il voudrait ternirLa liberté, les lois, l’histoire,J’avais conçu pourtant‖ un plus doux avenir ;Mon espoir quelquefois‖ y répandit la gloire,Et crut y découvrir‖ ces tableaux de victoire,Dont la morte splendeur‖ n’est plus qu’un souvenir ;Mais, plus tard, j’écartai‖ cette image flatteuse,Et, modeste en mes vœux,‖ que je plaçai plus bas,Je rêvai seulement‖ (que ne rêve-t-on pas ?)Que la France était libre,‖ et qu’elle était heureuse.

Était-ce trop ? — Hélas !‖ j’oubliais ses malheurs,J'oubliais cette ligue‖ à sa perte archarnée,Qui voudrait, à son char‖ la sentant enchaînée,Triompher de sa chute,‖ et rire de ses pleurs ;Puis, sous un joug honteux,‖ avilie, haletante,Veuve de ses honneurs‖ pour jamais effacés,L’ensevelir toute expiranteDans la poudre des temps passés.

Étranger, à l’aspect‖ de la France épuisée,Alors tu gémirais‖ sur ta lyre brisée,Et, comme le pouvoir‖ ne peut te pardonner,Il ne resterait dans nos villesQue des serfs, pour te plaindre‖ en regrets inutiles,Et des tyrans pour t’enchaîner !

Avant ce temps cruel,‖ dont j’aperçois l’aurore,Avant que notre voix‖ ne t’implore qu’en vain,Des chants, ô poète divin !La France t’en demande encore !Ce noir présage alors‖ fuira loin de nos cœurs,Bercés dans un songe de gloire ;Ainsi qu’aux temps passés,‖ nous nous croirons vainqueurs,Et pour un avenir‖ nous prendrons leur mémoire.

Mais non, craignons plutôt‖ d’endormir nos espritsSur les dangers qui nous menacent :Que d’autres images se placentDans tes énergiques écrits !Que devant nous, surpris‖ en sa marche perfide,Le crime comparaisse,‖ hypocrite et livide ;Qu’à l’aspect effrayant‖ de ses sombres projets,Dans tous les cœurs vraiment françaisLe patriotisme s’éveille !Qu’on s’écrie : Il est temps !‖ Il est temps ! Et, tout bas,Que la voix du sergent‖ murmure à notre oreilleCes mots : Dieu, mes enfans,‖ vous donne un beau trépas !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
9[abab] 10[abba] 1[ababccb] 1[ababba] 3[aa]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (52 de 12, 43 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a espérance / France féminine, classiqueb loisir / offrir masculine, classiquec rapide / perfide féminine, classiqued toi / d’effroi masculine, classiquee essais / Français masculine, classiquea peut-être / reconnaître féminine, classiquec enfance / France féminine, classiqued gracieux / yeux masculine, classiquea revers / vers masculine, classiqueb victoires / gloires féminine, classiquec jeunesse / bassesse féminine, classiqued audacieux / dieux masculine, classiquee chérie / Patrie féminine, classiquef jours / Cours masculine, classiquea abandonne / couronne féminine, classiqueb enfans / accens / sanglans masculine, classiquec menace / s’efface féminine, classiquea murmure / impure féminine, classiqueb attristés / libertés masculine, classiquec puissance / innocence féminine, classiqued fois / lois masculine, classiquea peut-être / maître féminine, classiqueb menacés / glacés masculine, classiquec digne / cigne féminine, classiqued droits / voix masculine, classiquea ternir / avenir / souvenir masculine, classiqueb l’histoire / gloire / victoire féminine, classiquec flatteuse / heureuse féminine, classiqued bas / pas masculine, classiquea malheurs / pleurs masculine, classiqueb archarnée / enchaînée féminine, classiquec haletante / expirante féminine, classiqued effacés / passés masculine, classiquea épuisée / brisée féminine, classiqueb pardonner / t’enchaîner masculine, classiquec villes / inutiles féminine, classiquea l’aurore / encore féminine, classiqueb vain / divin masculine, classiquec cœurs / vainqueurs masculine, classiqued gloire / mémoire féminine, classiquea esprits / écrits masculine, classiqueb menacent / placent féminine, classiquec perfide / livide féminine, classiqued projets / français masculine, classiquee s’éveille / oreille féminine, classiquef bas / trépas masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

95 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Élégies nationales et satires politiques, Libraires du Palais-Royal, 1827· numérisation poesies.net· Sources