Élégies nationales et satires politiques, 1826· Poésies diverses
Ode à l’Étoile de la Légion d’Honneur
Imitée De L. Byron.
I
Toi qui répandis tant de gloireSur les vivans et sur les morts,Phare éclatant de la victoire,Qui long-temps brûlas sur nos bords,Aux feux de ta vive lumière,L’homme se rendait immortel !Pourquoi retomber sur la terreQuand ton séjour était le ciel ?
II
Des héros morts les nobles âmesFormaient ta céleste clarté ;Au sein de tes rayons de flammesÉtincelait l’éternité :Fatal à l’orgueil des royaumes,Ton météore audacieux,Aux regards effrayés des hommes,Parut comme un volcan des cieux !
III
Le sang que tu faisais répandreAux jours terribles des combats,Roulait sur la funèbre cendreDes cités que tu dévoras :Partout où surgit ta lumière,Le sol en ses flancs palpita,Le soleil quitta l’hémisphère,Et long-tems la foudre éclata.
IV
Messager de ta course ardente,Un arc-en-ciel te précédait ;Toujours son écharpe éclatanteDe trois couleurs se composait :Elles n’ont point été terniesPar l’Envie au souffle empesté ;Car elles brillaient réunies,Sous la main de la Liberté.
V
La première était empruntéeA l’éclat des célestes feux ;Une autre à la lune argentée ;La troisième à l’azur des cieux :Nobles couleurs !… céleste emblème !…Qui souvent aux yeux des mortelsParaît, comme un songe qu’on aime,Et qui vient des lieux éternels !
VI
Astre pur ! étoile des braves !Tu tombas au jour des revers ;Et bientôt des peuples esclaves,La chaîne enceindra l’univers ;Car, depuis ta chute profonde,Notre vie est un poids impur,Et le destin promis au monde,Pâlit dans un lointain obscur.
VII
La liberté, loin des esclaves,S’assied sur de nobles tombeaux ;Le trépas est grand pour les bravesQui succombent sous ses drapeaux.Liberté ! dans nos jours moins sombres,Puissions-nous voir briller la loi…Ou rejoindre les nobles ombresDes guerriers qui sont morts pour toi !
Versification
- Forme
- 7 huitains (huitains)
- Rimes
- 7(ababcdcd)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 7 huitains
- Mots à la rime
- a gloire / victoire féminine, classiqueb morts / bords masculine, classiquec lumière / terre féminine, classiqued immortel / ciel masculine, classiquea âmes / flammes féminine, classiqueb clarté / l’éternité masculine, classiquec royaumes / hommes féminine, classiqued audacieux / cieux masculine, équivalentea répandre / cendre féminine, classiqueb combats / dévoras masculine, classiquec lumière / l’hémisphère féminine, classiqued palpita / éclata masculine, classiquea ardente / éclatante féminine, classiqueb précédait / composait masculine, classiquec ternies / réunies féminine, classiqued empesté / Liberté masculine, classiquea empruntée / argentée féminine, classiqueb feux / cieux masculine, classiquec emblème / aime féminine, classiqued mortels / éternels masculine, classiquea braves / esclaves féminine, classiqueb revers / l’univers masculine, classiquec profonde / monde féminine, classiqued impur / obscur masculine, classiquea esclaves / braves féminine, classiqueb tombeaux / drapeaux masculine, classiquec sombres / ombres féminine, classiqued loi / toi masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Élégies nationales et satires politiques, Libraires du Palais-Royal, 1827· numérisation poesies.net· Sources