Élégies nationales et satires politiques, 1826· Poésies diverses
Prière de Socrate
O toi, dont le pouvoir‖ remplit l’immensité,Suprême ordonnateur‖ de ces célestes sphères,Dont j’ai voulu jadis,‖ en ma témérité,Calculer les rapports‖ et sonder les mystères ;Esprit consolateur,‖ reçois du haut du cielL’unique et pur hommageD’un des admirateurs‖ de ton sublime ouvrage,Qui brûle de rentrer‖ en ton sein paternel !
Un peuple entier, guidé‖ par un infâme prêtreAccuse d’être athée,‖ et rebelle à la foi,Le philosophe ardent,‖ qui seul connaît ta loi,Et bientôt cesserait de l’être,S’il doutait un moment de toi.
Oh ! comment, voyant l’ordre‖ où marche toute chose,Pourrais-je, en admirant‖ ces prodiges divers,Cet éternel flambeau,‖ ces mondes et ces mers,En admettre l’effet,‖ en rejeter la cause.
Oui, grand Dieu, je te dois‖ le bien que j’ai goûté,Et le bien que j’espère ;À m’appeler ton fils‖ j’ai trop de voluptéPour renier mon père.
Mais qu’es-tu cependant,‖ être mystérieux ?Qui jamais osera‖ pénétrer ton essence,Déchirer le rideau‖ qui te cache à nos yeux,Et montrer au grand jour‖ ta gloire et ta puissance !
Sans cesse dans le vague,‖ on erre en te cherchant.Combien l’homme crédule‖ a rabaissé ton être !Trop bas pour te juger,‖ il écoute le prêtre,Qui te fait, comme lui,‖ vil, aveugle et méchant.
Les imposteurs sacrés,‖ qui vivent de ton culte,Te prodiguent sans cesse‖ et l’outrage et l’insulte ;Ils font de ton empire‖ un éternel enfer,Te peignent, gouvernant‖ de tes mains souverainesUn stupide ramas‖ de machines humaines,Avec une verge de fer.
À te voir de plus près‖ en vain il veut prétendre,Le sage déraisonne‖ en croyant te comprendre,Et, d’après lui seul te créant,En vain sur une base,‖ il t’élève, il te hausse : —Mais son être parfait‖ n’est qu’un homme étonnant,Et son Jupiter un colosse.
Brulant de te connaitre,‖ ô divin créateur !J’analysai souvent‖ les cultes de la terre,Et je ne vis partout‖ que mensonge et chimère :Alors, abandonnant‖ et le monde et l’erreur,Et cherchant pour te voir‖ une source plus pure,J’ai demandé ton nom‖ à toute la nature,Et j’ai trouvé ton culte‖ en consultant mon cœur.
Ah ! ta bonté sans doute‖ approuva mon hommage,Puisqu’en toi j’ai goûté‖ le plaisir le plus pur,Qu’en toi, pour expirer,‖ je puise du courageDans l’espoir d’un bonheur futur !Réveillé de la vie,‖ en toi je vais renaître,A tous mes ennemis‖ je pardonne leurs torts,Et puisque je me crois‖ digne de te connaître,Je descends dans ton sein,‖ sans trouble et sans remords.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1(ababcddc) 1(abbab) 2(abba) 2(abab) 1(aabccb) 1(aabcbc) 1(abbacca) 1(ababcdcd)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (47 de 12, 6 de 8, 3 de 6)· profil 6, 8, 6+6
- Strophes
- 4 quatrains, 2 huitains, 2 sizains, 1 quintil, 1 septain
- Mots à la rime
- a l’immensité / témérité masculine, classiqueb sphères / mystères féminine, classiquec ciel / paternel masculine, classiqued hommage / ouvrage féminine, classiquea prêtre / l’être féminine, classiqueb foi / loi / toi masculine, classiquea chose / cause féminine, classiqueb divers / mers masculine, classiquea goûté / volupté masculine, classiqueb j’espère / père féminine, classiquea mystérieux / yeux masculine, classiqueb essence / puissance féminine, classiquea cherchant / méchant masculine, classiqueb être / prêtre féminine, classiquea culte / l’insulte féminine, classiqueb enfer / fer masculine, classiquec souveraines / humaines féminine, classiquea prétendre / comprendre féminine, classiqueb créant / étonnant masculine, classiquec hausse / colosse féminine, classiquea créateur / l’erreur / cœur masculine, classiqueb terre / chimère féminine, équivalentec pure / nature féminine, classiquea hommage / courage féminine, classiqueb pur / futur masculine, classiquec renaître / connaître féminine, classiqued torts / remords masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Élégies nationales et satires politiques, Libraires du Palais-Royal, 1827· numérisation poesies.net· Sources