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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Fragments de Faust

Cabinet d’étude

Gérard de Nerval· 63 vers

ESPRITS, dans la rue.

Par un puissant sortilége,Ici l’un de nous est prisComme un vieux renard au piège :Restez là, restez, esprits ! —Mais faisons un peu silenceBalançons-nous, balançonsNos ailes d’or en cadence,Et nous le délivrerons !Il est là, c’est notre frère ;Volons donc à son secours !Car il employa toujoursTous ses efforts à nous plaire.

Disparaissez bien viteArceaux noirs et poudreux,Et que l’azur des cieuxUn instant nous visite !Des nuages épais.Percez, percez les voiles,Scintillantes étoiles,Par vos tendres reflets.Ah ! déjà ces murs sombresOnt semblé s’agiter,Et vers les cieux monterComme de vaines ombres.De cités, de passants,La campagne se couvre,Et notre œil y découvreDes fleurs, des bois, des champs,Et d’épaisses feuilléesOù les tendres amantsPromènent leurs pensées.

Mais plus loin sont couvertsLes longs rameaux des treilles,De bourgeons, pampres verts,Et de grappes vermeilles ;Sous de vastes pressoirsElles roulent ensuite,Et le vin à flots noirsBientôt s’y précipite.Le lac étend ses flotsA l’entour des montagnes ;Dans les vastes campagnes,Il serpente en ruisseaux.Partout, l’oiseau timide,Cherchant l’ombre et le frais,S’enfuit d’un vol rapideAu milieu des marais,Vers la retraite obscureDe ces nombreux îlotsDont la tendre verdureS’agite sur les flots.Là, de chants d’allégresseLa rive retentit ;D’autres chœurs, là, sans cesse,La danse nous ravit :Les uns gaîment s’avancentAutour des coteaux verts,De plus hardis s’élancentAu sein des flots amers :Tous, pour goûter la vie,Tous cherchent dans les cieuxUne étoile chérieQui s’allume pour eux.

63 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources