Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Poésies diverses
De Ramsgate a Anvers
A cette côte anglaiseJ’ai donc fait mes adieux,Et sa blanche falaiseS’efface au bord des cieux !
Que la mer me sourie !Plaise aux dieux que je soisBientôt dans ta patrie,O grand maître anversois !
Rubens ! à toi je songe,Seul peut-être et pensifSur cette mer où plongeNotre fumeux esquif.
Histoire et poésie,Tout me vient à traversMa mémoire saisieDes merveilles d’Anvers ;
Cette mer qui sommeilleEst belle comme aux joursOù, riante et vermeille,Tu la peuplais d’Amours.
Ainsi ton seul génie,Froid aux réalitésDe la mer d’Ionie,Lui prêtait les clartés,
Lorsque la nef doréeAmenait autrefoisCette reine adoréeQui s’unit aux Valois.
Fleur de la renaissance,Honneur de ses palais, —Qu’attendait hors de FranceLe coupe-tête anglais !
Mais alors sa fortuneBravait tous les complots,Et la cour de NeptuneLa suivait sur les flots.
Tes grasses néréidesEt tes tritons pansusS’accoudaient tout humidesSur les dauphins bossus.
L’Océan qui moutonneRoulait dans ses flots vertsLa gigantesque tonneDu Silène d’Anvers.
Pour ta Flandre honorée,Son nourrisson divinA sa boisson ambréeDonna l’ardeur du vin ! —
Des cieux tu fis descendreVers ce peuple enivré,Comme aux fêtes de Flandre,L’Olympe en char doré.
Joie, amour et délire,Hélas ! trop expiés !Les rois sur le navireEt les dieux à leurs pieds ! —
Adieu, splendeur finieD’un siècle solennel !Mais toi seul, ô génie !Tu restes éternel.
1846.
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources