Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Poésies diverses
Rêverie de Charles Vi
Que de soins sur un front la main de Dieu rassembleEt donne pour racine aux fleurons du bandeau !Pourquoi mit-il encor ce pénible fardeauSur ma tête aux pensers sombres abandonnée,Et souffrante, et déjà de soi-même inclinée ?Moi qui n’aurais aimé, si j’avais pu choisir,Qu’une existence calme, obscure et sans désir :Une pauvre maison dans quelque bois perdue,De tapis de lierre et de mousse tendue ;Des fleurs à cultiver, la barque d’un pêcheur,Et de la nuit sur l’eau respirer la fraîcheur ;Prier Dieu sur les monts, suivre mes rêveriesPar les bois ombragés et les grandes prairies,Des collines le soir descendre le penchant,Le visage baigné des lueurs du couchant ;Quand un vent parfumé nous apporte en sa plainteQuelques sons affaiblis d’une ancienne complainte.Oh ! ces feux du couchant, vermeils, capricieux,Montent, comme un chemin splendide, vers les cieux !Il semble que Dieu dise à mon âme souffrante : «Quitte le monde impur, la foule indifférente,Suis d’un pas assuré cette route qui luitEt viens à moi, mon fils !… et n’attends pas la nuit ! »
1842.
23 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources