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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Poésies politiques

Les hauts faits des jésuites et leurs droits a la reconnaissance des français

DIALOGUE VERSIFIÉ EN MANIÈRE D’INSTRUCTIONS DONNÉES PAR LE POËTE BEUGLANT A SON AMI CADET-ROUSSEL — 1826 —

Gérard de Nerval· 88 vers

AIR : Je loge au quatrième étage.

Beuglant, je rʼviens d’la Grenouillère,Et j’te trouve ici tout à point ;Tu vas éclaircir ma lumièreSur eun’ question qu’est z’un grand point :Tu lis, car t’es homme d’conduite ;Quand on cherche un savant, te vʼlà !J’entends partout le nom d’jésuite :Parl’-moi donc un peu d’ces gens-là.

Un jésuite ! apprends donc, mon homme,Qu’c’est un moine insoumis aux lois,Qui ne rʼçoit d’instructions que d’Rome,Et qu’est l’plus grand ennʼmi des rois :Sa morale est un peu fantasque ;Les vertus n’sont rien à ses yeux ;Mais c’est en en prenant le masqueQu’il fait tant de dupʼs en tous lieux.

L’grand ennʼmi des rois ! ça m’tracasse ;C’est des mots que j’n’entends pas bien :Aux rois, quoi qu’tu veux qu’un moin’ fasse ?Son pouvoir doit z’êt’ moins que rien.Je m’rappell’ pourtant c’te vermineQu’on appʼlait, j’erois, les capucins,A qui l’costum’ donnait la mineQu’avont souvent les assassins.

Des assassins !… Sans conséquence,Tu viens, ma foi, d’prononcer l’mot :Voilà comment, sans que t’y pense,T’attache aux jésuites l’grelot ;Eh bien, ces moines, pour combattre,Grâce aux doctrines d’un Guignard,Le vaillant, le grand Henri-Quatre,N’ont eu besoin que d’un poignard.

Beuglant, ah ! j’frémis de t’entendre !C’est par eux que l’premier BourbonAu fond d’la tombe a pu descendre !Quoi ! c’est z’eux qu’ont tué c’roi si bon !Mill’ tonnerrʼs ! tout mon sang se glace,Quand sous l’règn’ d’un pʼtit-fils d’Henri,On voit rʼnaître et rentrer z’en grâceUn ordr’ si justement flétri !

Quand cʼte société régicideProscrivait un roi si chéri,Déjà, sous son fer parricide,L’dernier Valois avait péri.Plus tard, par son ordre suprême,Un bras pervers, mais chancelant,Encore sur Louis quinzième,Essaya son poignard sanglant.

Ainsi, de c’te perfide engeance,Les vils suppôts rʼnaiss’ donc toujours !En vain l’sang des rois dʼmand’ vengeanceD’ceux qu’la Franc’ maudit tous les jours !Ah ! quel est donc l’mauvais génieQui protég’ ces enfants d’l’enfer !Quel est l’ docteur. de Béthanie,Qui veut dans leurs mains rʼmett’ le fer ?

De partout chassés pour leurs crimes,Désignés par les potentatsQu’ils voulaient rendre leurs victimes,Comme les fléaux des États,Quand tous les peuples les connaissent,Sous un ciel par eux rembruni,En vain en France ils reparaissent :Leur règne est à jamais fini.

J’t’entends avec plaisir, mon homme,Et j’augur’ bien d’ta prédiction ;Dans mes esprits tu rʼmets du baume :J’vois pâlir la congrégation.J’avons tous besoin qu’on s’accordePour maintʼnir la paix et l’union,Et je n’voulons pas qu’la discordeServ’ des hypocritʼs l’ambition.

Va, nous rirons tous par la suite,L’jésuitism’ n’aura pas d’succès,D’autant plus qu’pour se fair’ jésuite,N’faut et’ ni chrétien ni Français.Mon ami, bois à l’espérance,Bois à la franchise d’not’ roi,A la santé des pairs de France,Qui rʼpouss’ toujours un’ mauvais’ loi !

Si les jésuit’ n’ont rien à rʼfrire,Mon cher Beuglant, en vérité,J’boirons d’bon cœur et j’pourrons rire ;Mais j’propose aussi z’eunn’ santé :Quand tant d’grands homm’ z’en miniatureVeul’ nous priver d’nos plus beaux droits,Honneur à la magistratureQui soutient si dignʼment nos lois !

88 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources