Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Fragments de Faust
Les remparts
Dans un creux du mur, l’image de la Mater dolorosa ; des pots de fleurs devant.
MARGUERITE met dans les pots des fleurs fraîches.
Incline, ô mère de douleur,Vers moi ton gracieux visage ;Le glaive dans le cœur,Tu regardes ton fils qui meurt avec courage.A son père céleste adressant un soupir,Tu lui demandes de venirAu supplice cruel que ton amour partage.
Qui souffrira,Qui sentiraLe noir chagrin qui me déchire ?…Le doute de mon cœur, comme son désespoir,Ce qu’il craint et ce qu’il désire,Toi seule, hélas ! peux le savoir.
En quelque lieu que je puisse être,Dans mon cœur je sens naîtreUne affreuse douleur :Si je suis seule une heureJe pleure, pleure, pleure,Et je sens se briser mon cœur.
Les deux vases de ma fenêtre,Je les arrosai de mes pleurs,Et puis, voyant le jour renaître,Je t’apportai ces fleurs.
Du matin la lueur brillantePerçait à peine au sein des nuits,Lorsque sortant de ma couche brûlante,Je vins te confier mon trouble et mes ennuis.Le sort cruel me décourage ;Ah ! prends pitié de mon malheur :Incline, ô mère de douleur,Vers moi ton gracieux visage !
31 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources