Œuvres complètes (poésies), 1826‑1846· Fragments de Faust
Chambre de marguerite
MARGUERITE, seule, à sa quenouille.
Une amoureuse flammeConsume mes beaux jours ;Ah ! la paix de mon âmeA donc fui pour toujours !
Son départ, son absence,Sont pour moi le cercueil ;Et loin de sa présenceTout me paraît en deuil.
Alors, ma pauvre têteSe dérange bientôt ;Mon faible esprit s’arrête,Puis se glace aussitôt.
Une amoureuse flammeConsume mes beaux jours ;Ah ! la paix de mon âmeA donc fui pour toujours !
Je suis à ma fenêtre,Ou dehors, tout le jour,C’est pour le voir paraître,Ou hâter son retour.
Sa marche que j’admire,Son port si gracieux,Sa bouche au doux sourire,Le charme de ses yeux ;
La voix enchanteresseDont il sait m’embraser,De sa main la caresse,Hélas ! et son baiser.
D’une amoureuse flammeConsumant mes beaux jours ;Ah ! la paix de mon âmeA donc fui pour toujours !
Mon cœur bientôt se presse,Dès qu’il le sent venir ;Au gré de ma tendressePuis-je le retenir ?
O caresses de flamme !Que je voudrais un jourVoir s’exhaler mon âmeDans ses baisers d’amour !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Michel Lévy frères, 1877· numérisation gallica.fr· Sources