Petits châteaux de Bohême, 1853· Premier château· Odelettes
Fantaisie
Il est un air pour qui je donneraisTout Rossini, tout Mozart et tout Weber ;Un air très-vieux, languissant et funèbre,Qui pour moi seul a des charmes secrets.
Or, chaque fois que je viens à l’entendre,De deux cents ans mon âme rajeunit :C’est sous Louis treize… Et je crois voir s’étendreUn coteau vert que le couchant jaunit,
Puis un château de brique à coins de pierre,Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,Ceint de grands parcs, avec une rivièreBaignant ses pieds, qui coule entre des fleurs.
Puis une dame, à sa haute fenêtre,Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens…Que, dans une autre existence peut-être,J’ai déjà vue ! – et dont je me souviens !
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Petits châteaux de Bohême, Paris, E. Didier, 1853· numérisation gallica.fr· Sources