Petits châteaux de Bohême, 1853· Premier château· Odelettes
La grand’mère
Voici trois ans qu’est morte ma grand’mère, –La bonne femme, – et, quand on l’enterra,Parents, amis, tout le monde pleuraD’une douleur bien vraie et bien amère.
Moi seul j’errais dans la maison, surprisPlus que chagrin : et, comme j’étais procheDe son cercueil, – quelqu’un me fit reprocheDe voir cela sans larmes et sans cris.
Douleur bruyante est bien vite passée :Depuis trois ans, d’autres émotions,Des biens, des maux, – des révolutions, –Ont dans les cœurs sa mémoire effacée.
Moi seul j’y songe, et la pleure souvent ;Depuis trois ans, par le temps prenant force,Ainsi qu’un nom gravé dans une écorce,Son souvenir se creuse plus avant !
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Petits châteaux de Bohême, Paris, E. Didier, 1853· numérisation gallica.fr· Sources