Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vivants et les Morts, 1913· II Les climats

Palerme s’endormait…

Anna de Noailles· strophes variées, alexandrins, 44 vers

Palerme s'endormait ;‖ la mer TyrrhénienneRépandait une odeur‖ d'âcre et marin bétail :Odeur d'algues, d'oursins,‖ de sel et de corail,Arome de la vague‖ où meurent les sirènes ;Et cette odeur, nageant‖ dans les tièdes embruns,Avait tant de hardie‖ et vaste violence,Qu'elle semblait une âpre‖ et pénétrante offenseA la terre endormie‖ et presque sans parfums…

Le geste de bénir‖ semblait tomber des palmes ;Des barques s'éloignaient‖ pour la pêche du thon ;Je contemplais, le front‖ baigné de vapeurs calmes,La figure des cieux‖ que regardait Platon.On entendait, au bord‖ des obscures terrasses,Se soulever des voix‖ que la chaleur harasse :Tous les mots murmurés‖ semblaient confidentiels ;C'était un long soupir‖ envahissant l'espace ;Et le vent, haletant‖ comme un oiseau qu'on chasse,En gerbes de fraîcheur‖ s'enfuyait vers le ciel…— Creusant l'ombre, écrasant‖ la route caillouteuse,L'indolente voiture‖ où nous étions assisS'enfonçait dans la nuit‖ opaque et sinueuse,Sous le ciel nonchalant,‖ immuable et précis ;C'était l'heure où l'air frais‖ subtilement pénètreLa pierre au grain serré‖ des calmes monuments ;Je n'étais pas heureuse‖ en ces divins momentsQue l'ombre enveloppait,‖ mais j'espérais de l'être,Car toujours le bonheur‖ n'est qu'un pressentiment :On le goûte avant lui,‖ sans jamais le connaître…Dans un profond jardin‖ qui longeait le chemin,Des chats, l'esprit troublé‖ par la saison suave,Jetaient leurs cris brûlants‖ de vainqueurs et d'esclaves.Sur les ployants massifs‖ d'œillets et de jasmins,On entendait gémir‖ leur ardente querelleComme un mordant combat‖ de colombes cruelles…— Puis revint le silence,‖ indolent et puissant ;La voiture avançait‖ dans l'ombre perméable.Je songeais au passé ;‖ les vagues sur le sableAvec un calme effort,‖ toujours recommençant,Déposaient leur fardeau‖ de rumeurs et d'aromes…Les astres, attachés‖ à leur sublime dôme,De leur secret regard,‖ fourmillant et pressant,Attiraient les soupirs‖ des yeux qui se soulèvent…— Et l'espace des nuits‖ devint retentissantDu cri silencieux‖ qui montait de mes rêves !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
5[abba] 3[abab] 3[aa] 1[abbaba]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a Tyrrhénienne / sirènes féminine, non classiqueb bétail / corail masculine, classiquec embruns / parfums masculine, classiqued violence / offense féminine, classiquea palmes / calmes féminine, classiqueb thon / Platon masculine, classiquec terrasses / harasse féminine, non classiqued confidentiels / ciel masculine, non classiquee l'espace / chasse féminine, classiquef caillouteuse / sinueuse féminine, classiqueg assis / précis masculine, classiqueh pénètre / l'être / connaître féminine, classiquei monuments / moments / pressentiment masculine, classiquej chemin / jasmins masculine, non classiquek suave / d'esclaves féminine, classiquel querelle / cruelles féminine, non classiquem puissant / recommençant masculine, non classiquen perméable / sable féminine, non classiqueo d'aromes / dôme féminine, classiquep pressant / retentissant masculine, classiqueq soulèvent / rêves féminine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 2.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources