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un seul est le mot juste.

Les Vivants et les Morts, 1913· II Les climats

Un soir a Vérone

Anna de Noailles· 15 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 60 vers

Le soir baigne d'argent‖ les places de Vérone ;Les cieux roses et ronds,‖ rayés d'ifs, de cyprès,Font à la ville une couronneDe tristes et verts minarets.

Sur les ors languissants‖ du palais du Concile,On voit luire, ondoyer‖ un manteau duveté :Les pigeons amoureux, dociles,Frémissent là de volupté.

L'Adige, entre les murs‖ de brique qu'il reflète,Roule son rouge flot,‖ large, brusque, puissant.Dans la ville de JulietteUn fleuve a la couleur du sang !

— O tragique douceur‖ de la cité sanglante,Rue où le passé vit‖ sous les vents endormis :Un masque court, ombre galante,Au bal des amants ennemis.

Je m'élance, et je vois‖ ta maison, Juliette !Si plaintive, si noire,‖ ainsi qu'un froid charbon.C'est là que la fraîche alouetteT'épouvantait de sa chanson !

Que tu fus consumée,‖ ô nymphe des supplices !Que ton mortel désir‖ était fervent et beauLorsque tu t'écriais : « Nourrice,Que l'on prépare mon tombeau !

« Qu'on prépare ma tombe‖ et mon funèbre somme,Que mon lit nuptial‖ soit violet et noir,Si je n'enlace le jeune hommeQui brillait au verger ce soir !… »

— Auprès de ta fureur‖ héroïque et plaintive,Auprès de tes appels,‖ de ton brûlant tourment,La soif est une source vive,La faim est un rassasiement.

Hélas ! tu le savais,‖ qu'il n'est rien sur la terreQue l'invincible amour,‖ par les pleurs ennobli ;Le feu, la musique, la guerre,N'en sont que le reflet pâli !

— Ma sœur, ton sein charmant,‖ ton visage d'aurore,Où sont-ils, cette nuit‖ où je porte ton cœur ?La colombe du sycomoreSoupire à mourir de langueur…

Là-bas un lourd palais,‖ couleur de pourpre ardente,Ferme ses volets verts‖ sous le ciel rose et gris ;Je pense au soir d'automne où DanteÉcrivit là le Paradis ;

La céleste douceur‖ des tournantes collinesEmplissait son regard,‖ à l'heure où las, pensifs,Les anges d'Italie inclinentLe ciel délicat sur les ifs.

Mais que tu m'es plus chère,‖ ô maison de l'ivresse,Balcon où frémissait‖ le chant du rossignol,Où Juliette qui caresseSuspend Roméo à son col !

Ah ! que tu m'es plus cher,‖ sombre balcon des fièvres,Où l'échelle de soie‖ en chantant tournoyait,Où les amants, joignant leurs lèvres,Sanglotaient entre eux : « Je vous ai ! »

— Que l'amour soit béni‖ parmi toutes les choses,Que son nom soit sacré,‖ son règne ample et complet ;Je n'offre les lauriers, les roses,Qu'à la fille des Capulet !

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (30 de 8, 30 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a Vérone / couronne féminine, classiqueb cyprès / minarets masculine, classiquea Concile / dociles féminine, non classiqueb duveté / volupté masculine, classiquea reflète / Juliette féminine, classiqueb puissant / sang masculine, non classiquea sanglante / galante féminine, classiqueb endormis / ennemis masculine, classiquea Juliette / alouette féminine, classiqueb charbon / chanson masculine, classiquea supplices / Nourrice féminine, non classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea somme / homme féminine, classiqueb noir / soir masculine, classiquea plaintive / vive féminine, classiqueb tourment / rassasiement masculine, classiquea terre / guerre féminine, classiqueb ennobli / pâli masculine, classiquea d'aurore / sycomore féminine, classiqueb cœur / langueur masculine, classiquea ardente / Dante féminine, classiqueb gris / Paradis masculine, classiquea collines / inclinent féminine, non classiqueb pensifs / ifs masculine, classiquea l'ivresse / caresse féminine, classiqueb rossignol / col masculine, classiquea fièvres / lèvres féminine, classiqueb tournoyait / ai masculine, non classiquea choses / roses féminine, classiqueb complet / Capulet masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.8

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources