Les Vivants et les Morts, 1913· II Les climats
Un soir en flandre
Ah ! si d'ardeur ton cœur expire,Si tu meurs d'un rêve hautain,Descends dans le calme jardin,Ne dis rien, regarde, respire ;
Le parfum des pois de senteurOuvre ses ailes et se pâme ;Le ciel d'azur, le ciel de flamme,Est sombre à force de chaleur !
Demeure là, les mains croisées,Les yeux perdus à l'horizon,A voir luire sur les maisonsLes toits aux pentes ardoisées.
Des coqs, chantant dans le lointain,Soupirent comme des colombes,Sous la chaleur qui les surplombe.Le soir semble un brumeux matin.
Douceur du soir ! le hameau fume,La rue est vive comme un quaiOù le poisson est débarqué ;Un pigeon flotte, blanche écume.
Vois, il n'y a pas que l'amourSur la profonde et douce terre ;Sache aimer cet autre mystère :L'effort, le travail, le labour ;
Des corps, que la vie exténue,S'en viennent sur les pavés bleus ;Les bras, les visages caleuxSont emplis de joie ingénue.
Un homme tient un arrosoir ;Ce plumage d'eau se balanceSur les choux qui, dans le silence,Goûtent aussi la paix du soir.
Il se forme au ciel un nuage ;Regarde les bonds, les sursauts,De quatre tout petits oiseaux,Qui volent sur le ciel d'orage !
Un œillet tremble, secouéD'un coup vif de petite trique,Quand le lourd frelon électriqueA sa tige reste cloué.
Par la vapeur d'eau des rivièresLes prés verts semblent enlacés ;Le soir vient, les bruits ont cessé ;— Étranger, mon ami, mon frère,
Il n'est pas que la passion,Que le désir et que l'ivresse,La nature aussi te caresseD'une paisible pression ;
Les rêves que ton cœur exhaleTe font gémir et défaillir ;Éteins ces feux et viens cueillirLe jasmin aux quatre pétales.
Abdique le sublime orgueilDe la langueur où tu t'abîmes,Et vois, flambeau des vertes cimes,Bondir le sauvage écureuil !
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a expire / respire féminine, classiqueb hautain / jardin masculine, classiquea senteur / chaleur masculine, classiqueb pâme / flamme féminine, classiquea croisées / ardoisées féminine, classiqueb l'horizon / maisons masculine, non classiquea lointain / matin masculine, classiqueb colombes / surplombe féminine, non classiquea fume / écume féminine, classiqueb quai / débarqué masculine, classiquea l'amour / labour masculine, équivalenteb terre / mystère féminine, classiquea exténue / ingénue féminine, classiqueb bleus / caleux masculine, classiquea arrosoir / soir masculine, classiqueb balance / silence féminine, classiquea nuage / d'orage féminine, classiqueb sursauts / oiseaux masculine, classiquea secoué / cloué masculine, classiqueb trique / électrique féminine, classiquea rivières / frère féminine, classiqueb enlacés / cessé masculine, non classiquea passion / pression masculine, non classiqueb l'ivresse / caresse féminine, classiquea exhale / pétales féminine, classiqueb défaillir / cueillir masculine, non classiquea orgueil / écureuil masculine, classiqueb t'abîmes / cimes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.9
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vivants et les morts, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1913· numérisation inlibroveritas.net· Sources