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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes de l’Amour, 1924

CLXXIV. « Le hasard et les jours passent d’un pied rapide »

Anna de Noailles· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Le hasard et les jours‖ passent d’un pied rapide,On ne sait ce qui vient‖ ni ce qui va cesser ;La place où bat mon cœur‖ peut soudain être aride,La chance est brève, hélas !‖ et tu n’es pas pressé !

Et tu ne te dis pas,‖ sous les cieux monotonesOù tout est triste, amer,‖ médiocre, décevant :« J’irai vers cette femme‖ en ce matin d’automne,« J’aborderai ces yeux‖ plus larges que le vent !

« J’aborderai ce cœur‖ qui n’a pas eu la crainte« De confier ses vœux,‖ ses plaintes et ses pleurs.« Visage démuni‖ sans réserve et sans feinte,« Où le trop vif amour‖ insinuait sa peur !

« Puisqu’elle m’a tout dit,‖ bien qu’étant grave et fière,« Je pourrai demeurer‖ simple et silencieux,« Et faire un don naïf,‖ à cette âme plénière,« Des secrètes beautés‖ qu’elle voit dans mes yeux.

« Je la devine bien,‖ et je n’ai pas eu même« À chercher quel était‖ son épuisant souci :« Sa voix m’a tristement‖ annoncé qu’elle m’aime,« Comme on dit que l’on meurt‖ et que c’est bien ainsi !

« Jamais le cœur puissant‖ qui pâlit son visage« N’a tenté de goûter‖ sur le mien son repos ;« M’aimant, elle s’éloigne,‖ et son front net et sage« Renferme le courage‖ isolé des héros !

« Puissante et délicate,‖ usant de tendre ruse,« Elle va sans faiblir‖ vers un but périlleux ;« Malgré son pas joyeux,‖ jamais rien ne l’amuse« Que le tragique espoir‖ que l’on a d’être heureux ! »

— Non tu ne te dis pas :‖ j’allégerai sa peine,Je ne laisserai pas‖ languir ce cœur de feu,J’apporterai le lot‖ de ma tendresse humaineÀ ce doux corps surpris‖ de ne pas être deux.

Non tu ne te dis pas :‖ que puis-je craindre, en somme,Puisque rien ne me nuit‖ en son plaintif désir ?Cette compagne insigne‖ et songeuse des hommes,Serai-je la seule âme‖ à ne pas l’accueillir ?

Sur le globe sans joie‖ où deux races existent,Celle des morts, hélas !‖ et celle des vivants,As-tu vraiment voulu‖ rendre toujours plus tristeLe cœur le plus rêveur‖ et le moins décevant ?

Viens, parfum ! viens, chaleur !‖ azur ! air ! nourriture !Amour, répands sur moi‖ l’unique illusion,Puisque l’indifférente‖ et moqueuse NatureProtège les humains‖ pendant la passion !

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a rapide / aride féminine, classiqueb cesser / pressé masculine, non classiquea monotones / d’automne féminine, non classiqueb décevant / vent masculine, classiquea crainte / feinte féminine, classiqueb pleurs / peur masculine, non classiquea fière / plénière féminine, classiqueb silencieux / yeux masculine, classiquea même / m’aime féminine, classiqueb souci / ainsi masculine, classiquea visage / sage féminine, classiqueb repos / héros masculine, classiquea ruse / l’amuse féminine, classiqueb périlleux / heureux masculine, classiquea peine / humaine féminine, classiqueb feu / deux masculine, non classiquea somme / hommes féminine, non classiqueb désir / l’accueillir masculine, classiquea existent / triste féminine, non classiqueb vivants / décevant masculine, non classiquea nourriture / Nature féminine, classiqueb illusion / passion masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 1.6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes de l’Amour, Paris, ARTHÈME FAYARD et Cie, ÉDITEURS, 1924· numérisation wikisource.org· Sources