Poésies d’Humilis, 1881· Poésies d’Humilis
Immensité
Voyez le ciel, la terre‖ et toute la nature ;C'est le livre de Dieu,‖ c'est sa grande écriture ;L'homme le lit sans cesse‖ et ne l'achève point.Splendeur de la virgule,‖ immensité du point !Comètes et soleils,‖ lettres du feu sans nombre !Pages que la nuit pure‖ éclaire avec son ombre !Le jour est moins charmant‖ que les yeux de la nuit.C'est un astre en rumeur‖ que tout astre qui luit.Musique d'or des cieux‖ faite avec leur silence ;Et tout astre immobile‖ est l'astre qui s'élance.Ah ! que Dieu, qui vous fit,‖ magnifiques rayons,Cils lointains qui battez‖ lorsque nous sommeillons,Longtemps, jusqu'à nos yeux‖ buvant votre énergie,Prolonge votre flamme‖ et sa frêle magie !La terre est notre mère‖ au sein puissant et beau ;Comme on ouvre son cœur,‖ elle ouvre le tombeau,Faisant ce que lui dit‖ le Père qui regarde.Dieu nous rend à la Mère,‖ et la Mère nous garde ;Mais comme le sillon‖ garde le grain de blé,Pour le crible, sur l'aire‖ où tout sera criblé :Récolte dont le Fils‖ a préparé les granges,Et dont les moissonneurs‖ vermeils seront les anges.La nature nous aime,‖ elle cause avec nous ;Les sages l'écoutaient,‖ les mains sur leurs genoux,Parler avec la voix‖ des eaux, le bruit des arbres.Son cœur candide éclate‖ au sein sacré des marbres ;Elle est la jeune aïeule ;‖ elle est l'antique enfant !Elle sait, elle dit‖ tout ce que Dieu défendA l'homme, enfant qui rit‖ comme un taureau qui beugle ;Et le regard de Dieu‖ s'ouvre dans cette aveugle.Quiconque a le malheur‖ de violer sa loiA par enchantement‖ soi-même contre soi.N'opposant que le calme‖ à notre turbulence,Elle rend, au besoin,‖ rigueur pour violence,Terrible à l'insensé,‖ docile à l'homme humain :Qui soufflette le mur‖ se fait mal à la main.La nature nous aime‖ et donne ses merveilles.Ouvrons notre âme, ouvrons‖ nos yeux et nos oreilles :Voyez la terre avec‖ chaque printemps léger,Ses verts juillets en flamme‖ ainsi que l'oranger,Ses automnes voilés‖ de mousselines grises,Ses neiges de Noël‖ tombant sur les églises,Et la paix de sa joie‖ et le chant de ses pleurs.Dans la saveur des fruits‖ et la grâce des fleurs,La vie aussi nous aime,‖ elle a ses heures douces,Des baisers dans la brise‖ et des lits dans les mousses.Jardin connu trop tard,‖ sentier vite effacéOù s'égarait Virgile,‖ où Jésus a passé.Tout nous aime et sourit,‖ jusqu'aux veines des pierres ;La forme de nos cœurs‖ tremble aux feuilles des lierres ;L'arbre, où le couteau grave‖ un chiffre amer et blanc.Fait des lèvres d'amour‖ de sa blessure au flanc ;L'aile de l'hirondelle‖ annonce le nuage ;Et le chemin nous aime :‖ avec nous il voyage ;La trace de nos pas‖ sur le sable, elle aussi.Nous suit ; elle nous aime,‖ et l'air dit : « me voici ! »Rendons-leur cet amour,‖ soyons plus doux aux chosesCoupons moins le pain blanc‖ et cueillons moins les rosesNous parlons du caillou‖ comme s'il était sourd,Mais il vit ; quand il chante,‖ une étincelle court…Ne touchons rien, pas même‖ à la plus vile argile,Sans l'amour que l'on a‖ pour le cristal fragile.La nature très sage‖ est dure au maladroit,Elle dit : le devoir‖ est la borne du droit ;Elle sait le secret‖ des choses que vous faites ;Elle bat notre orgueil‖ en nous montrant les bêtes,Humiliant les bons‖ qui savent leur bonté,Comme aussi les méchants‖ qui voient leur cruauté.Grâce à la bonté, l'homme‖ à sa place se range,Moins terre que la bête,‖ il est moins ciel que l'angeDont l'aile se devine‖ à l'aile de l'air bleu.Partout où l'homme écrit « ‖Nature », lisez « Dieu ».
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 36((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a nature / écriture féminine, classiqueb point masculine, classiquec nombre / ombre féminine, classiqued nuit / luit masculine, classiquee silence / s'élance féminine, classiquef rayons / sommeillons masculine, classiqueg énergie / magie féminine, classiqueh beau / tombeau masculine, classiquei regarde / garde féminine, classiquej blé / criblé masculine, classiquek granges / anges féminine, classiquel nous / genoux masculine, classiquem arbres / marbres féminine, classiquen enfant / défend masculine, classiqueo beugle / aveugle féminine, classiquep loi / soi masculine, équivalenteq turbulence / violence féminine, classiquer humain / main masculine, classiques merveilles / oreilles féminine, classiquet léger / l'oranger masculine, classiqueu grises / églises féminine, classiquev pleurs / fleurs masculine, classiquew douces / mousses féminine, classiquex effacé / passé masculine, classiquey pierres / lierres féminine, classiquez blanc / flanc masculine, classiquea nuage / voyage féminine, classiqueb aussi / voici masculine, classiquec choses / roses féminine, classiqued sourd / court masculine, classiquee argile / fragile féminine, classiquef maladroit / droit masculine, classiqueg faites / bêtes féminine, classiqueh bonté / cruauté masculine, classiquei range / l'ange féminine, classiquej bleu / Dieu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies d’Humilis et Vers Inédits, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1924· numérisation poesies.net· Sources