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un seul est le mot juste.

Poésies d’Humilis, 1881· Poésies d’Humilis

Le Corps et l’Âme

Germain Nouveau· terza rima classique, alexandrins, 88 vers

Dieu fit votre corps noble‖ et votre âme charmante.Le corps sort de la terre‖ et l'âme aspire aux cieux ;L'un est un amoureux‖ et l'autre est une amante.

Dans la paix d'un jardin‖ vaste et délicieux,Dieu souffla dans un peu‖ de boue un peu de flamme,Et le corps s'en alla‖ sur ses pieds gracieux.

Et ce souffle enchantait‖ le corps, et c'était l'âmeQui, mêlée à l'amour‖ des bêtes et des bois,Chez l'homme adorait Dieu‖ que contemplait la femme.

L'âme rit dans les yeux‖ et vole avec la voix,Et l'âme ne meurt pas,‖ mais le corps ressuscite,Sortant du limon noir‖ une seconde fois.

Une flèche est légère‖ et les éclairs vont vite,Mais le mystérieux‖ élan de l'âme est telQue l'ange, qui veut bien‖ lutter contre elle, hésite.

Dieu fit suave et beau‖ votre corps immortel :Les jambes sont les deux‖ colonnes de ce temple,Les genoux sont la chaise‖ et le buste est l'autel.

Et la ligne du torse,‖ à son sommet plus ample,Comme aux flancs purs de vase‖ antique, rêve et courtDans l'ordre harmonieux‖ dont la lyre est l'exemple.

Pendant qu'un hymne à Dieu,‖ dans un battement court,Comme au cœur de la lyre‖ une éternelle phrase,Chante aux cordes du cœur‖ mélodieux et sourd.

Des épaules, planant‖ comme les bords du vase,La tête émerge, et c'est‖ une adorable fleurNoyée en une longue‖ et lumineuse extase.

Si l'âme est un oiseau,‖ le corps est l'oiseleur.Le regard brûle au fond‖ des yeux qui sont des lampesOù chaque larme douce‖ est l'huile de douleur.

La mesure du temps‖ tinte aux cloisons des tempes ;Et les bras longs aux mains‖ montant au firmamentOnt charitablement‖ la sûreté des rampes.

Le cœur s'embrase et fond‖ dans leur embrasement,Comme sous les pressoirs‖ fond le fruit de la vigne,Et sur les bras croisés‖ vit le recueillement.

Ni les béliers frisés‖ ni les plumes de cygne,Ni la crinière en feu‖ des crieurs de la faimN'effacent ta splendeur,‖ ô chevelure insigne,

Faite avec l'azur noir‖ de la nuit, ou l'or finDe l'aurore, et sur qui‖ nage un parfum farouche,Où la femme endort l'homme‖ en une mer sans fin.

Rossignol vif et clair,‖ grave et sonore moucheFrémis ou chante au bord‖ des lèvres, douce voix !Douce gloire du rire,‖ épanouis la bouche !

Chaque chose du corps‖ est soumise à tes lois,Dieu grand, qui fais tourner‖ la terre sous ton geste,Dans la succession‖ régulière des mois.

Tes lois sont la santé‖ de ce compagnon lesteDe l'âme, ainsi qu'un rythme‖ est l'amour de ses pas,Mais l'âme solitaire‖ est joyeuse où Dieu reste.

La souffrance du corps‖ s'éteint dans le trépas,Mais la douleur de l'âme‖ est l'océan sans borne ;Et ce sont deux présents‖ que l'on estime pas.

Oh ! ne négligez pas‖ votre âme ! L'âme est morneQue l'on néglige, et va‖ s'effaçant, comme au jourQui monte le croissant‖ voit s'effacer sa corne.

Et le corps, pour lequel‖ l'âme n'a pas d'amour,Dans la laideur, que Dieu‖ condamne, s'étiole,Comme un fou relégué‖ dans le fond d'une cour.

La grâce de votre âme‖ éclôt dans la parole,Et l'autre dans le geste,‖ aimant les frais essors,Au vêtement léger‖ comme une âme qui vole.

Sachez aimer votre âme‖ en aimant votre corps,Cherchez l'eau musicale‖ aux bains de marbre pâle,Et l'onde du génie‖ au cœur des hommes forts.

Mêlez vos membres lourds‖ de fatigue, où le hâleDe la vie imprima‖ son baiser furieux,Au gémissement frais‖ que la Naïade exhale ;

Afin qu'au jour prochain‖ votre corps glorieux,Plus léger que celui‖ des Mercures fidèles,Monte à travers l'azur‖ du ciel victorieux.

Dans l'onde du génie,‖ aux sources sûres d'elles,Plongez votre âme à nu,‖ comme les bons nageurs,Pour qu'elle en sorte avec‖ la foi donneuse d'ailes !

Dans la nuit, vers une aube‖ aux divines rougeurs,Marchez par le sentier‖ de la bonne habitude,Soyez de patients‖ et graves voyageurs.

Que cette jeune sœur‖ charmante de l'étudeEt du travail tranquille‖ et gai, la Chasteté,Parfume vos discours‖ et votre solitude.

La pâture de l'âme‖ est toute vérité ;Le corps, content de peu,‖ cueille une nourritureDans le baiser mystique‖ où règne la beauté.

Puisque Dieu répandit‖ l'homme dans la nature,Sachez l'aimer en vous,‖ et d'abord soyez douxA vous-mêmes, et doux‖ à toute créature.

Si vous ne vous aimez‖ en Dieu, vous aimez-vous ?

Versification

Forme
Terza rima classique (terza rima)
Rimes
29(aba) b
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a charmante / amante féminine, classiqueb cieux / délicieux / gracieux masculine, classiqueb flamme / l'âme / femme féminine, classiqueb bois / voix / fois masculine, classiqueb ressuscite / vite / hésite féminine, classiqueb tel / immortel / l'autel masculine, classiqueb temple / ample / l'exemple féminine, classiqueb court / sourd masculine, classiqueb phrase / vase / extase féminine, classiqueb fleur / l'oiseleur / douleur masculine, classiqueb lampes / tempes / rampes féminine, classiqueb firmament / embrasement / recueillement masculine, classiqueb vigne / cygne / insigne féminine, classiqueb faim / fin masculine, classiqueb farouche / mouche / bouche féminine, classiqueb voix / lois masculine, classiqueb geste / leste / reste féminine, classiquec mois / pas masculine, classiquea trépas / pas masculine, classiqueb borne / morne / corne féminine, classiqueb jour / d'amour / cour masculine, classiqueb s'étiole / parole / vole féminine, classiqueb essors / corps / forts masculine, classiqueb pâle / hâle / exhale féminine, classiqueb furieux / glorieux / victorieux masculine, classiqueb fidèles / d'elles / d'ailes féminine, classiqueb nageurs / rougeurs / voyageurs masculine, classiqueb habitude / l'étude / solitude féminine, classiqueb Chasteté / vérité / beauté masculine, classiqueb nourriture / nature / créature féminine, classiqueb doux / aimez-vous masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

88 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies d’Humilis et Vers Inédits, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1924· numérisation poesies.net· Sources