Poésies d’Humilis, 1881· Poésies d’Humilis
Volupté
Plaisir, bourreau des cœurs,‖ vendeur juré des âmes,Ah ! trop longtemps tu pris‖ le masque de l'amourAu vestiaire impur‖ des romans et des drames !
Voyageant sous son nom‖ et suivi par ta courDe Lovelaces fous‖ et de Phèdres navrées,Plaisir, tyran cruel,‖ voici venir ton tour !
Ah ! trop longtemps tu fis,‖ dans tes mornes Caprées,Des corps humains liés‖ à tes rouges poteauxDe blancs Saint-Sébastiens‖ pleins de flèches dorées ;
Et depuis trop longtemps,‖ roulé dans tes manteaux,Tu te glisses le soir‖ dans les tavernes saoules,Où tu mets les hoquets‖ et les coups de couteaux.
Renard caché qui mord‖ le ventre obscur des foules,N'es-tu pas las d'errer‖ épié dans tes nuitsPar le crime dans l'ombre‖ horrible où tu te coules ?
Père des sommeils lourds‖ et des mornes ennuis,N'es-tu pas las de boire‖ au fond des yeux la vie,Comme un soleil brutal‖ boit l'ombre dans un puits ?
— Tout ce qui vient de Dieu,‖ tout ce qui fait envie :La grâce des fronts purs,‖ la force des lutteurs,L'intelligence, lampe‖ à Dieu même ravie,
Jusqu'à la voix qui vibre‖ au gosier des chanteurs,Jusqu'au trésor de pleurs‖ qui tremble au cœur des femmes,Tu fais passer sur tout‖ tes souffles destructeurs.
Tu donnes jusqu'au goût‖ des souffrances infâmes,Et les petits enfants,‖ qui baissent leurs cils noirs,Pâlissent au passage‖ effrayant de tes flammes.
Tu glanes des savants‖ aux plis de tes peignoirs,Et tu domptes le cœur‖ des rudes capitaines,Rien qu'avec le parfum‖ que jettent tes mouchoirs.
Tu traites les vertus‖ d'atroces puritaines,Mais leur cœur réfléchit,‖ comme un lac de cristal,La force et la douceur‖ des étoiles hautaines.
Cependant, dur geôlier‖ dont le poignard brutalNe se laisse fléchir‖ par les cris de personne,Tu peuples la prison‖ autant que l'hôpital.
Tu te dis bon vivant,‖ tu t'assieds sur la tonne,Ton verre dans la main,‖ tu chantes, et pourtantAux hideurs que tu fais‖ la science s'étonne.
Tu couves tous les fruits‖ d'un air inquiétant ;Ton appétit funèbre‖ engloutirait le monde,Pourvoyeur de la mort,‖ qui n'est jamais content.
Que t'importe ! Tu ris‖ sous ta perruque blonde,Ou bien tu vas prêcher‖ la modération,Rhéteur païen, leurré‖ par ta propre faconde.
Fils lugubre de l'homme,‖ et sa punition,Ennemi de l'amour,‖ tu rêves la conquêteDe sa gloire, et maudis‖ sa noble passion…
Versification
- Forme
- Terza rima classique (terza rima)
- Rimes
- 16(aba) b
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a âmes / drames féminine, classiqueb l'amour / cour / tour masculine, classiqueb navrées / Caprées / dorées féminine, classiqueb poteaux / manteaux / couteaux masculine, classiqueb saoules / foules / coules féminine, classiqueb nuits / ennuis / puits masculine, classiqueb vie / envie / ravie féminine, classiqueb lutteurs / chanteurs / destructeurs masculine, classiqueb femmes / infâmes / flammes féminine, classiqueb noirs / peignoirs / mouchoirs masculine, classiqueb capitaines / puritaines / hautaines féminine, classiqueb cristal / brutal / l'hôpital masculine, classiqueb personne / tonne / s'étonne féminine, classiqueb pourtant / inquiétant / content masculine, classiqueb monde / blonde / faconde féminine, classiqueb modération / punition / passion masculine, classiqueb conquête / tête féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies d’Humilis et Vers Inédits, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1924· numérisation poesies.net· Sources